Réussir porc 27 juillet 2004 à 11h40 | Par Claudine Gérard

Interview - « Il faut segmenter le marché du porc »

Renaud Layadi est intervenu au cours de l´AG d´Uniporc pour convaincre les éleveurs bretons de segmenter leur offre, rompre avec l´isolement social de la filière, et miser sur le lien au terroir, bref de refonder leur projet économique.

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Renaud Layadi, économiste, ne craint pas de bousculer le « paysage porcin ». Les éleveurs assistant à l´assemblée générale d´Uniporc Ouest, le 28 mai dernier, l´ont compris.
Analysant les marchés mondiaux, il prévoit que « L´Europe ne restera pas une forteresse agricole, car elle ne souhaite plus être une puissance alimentaire. » En particulier dans le domaine du porc, il souligne les changements relativement récents, avec l´émergence de pays tels que le Brésil. Et entrevoit pour l´avenir un développement de la Pologne, « idéalement située, pouvant disposer à l´avenir de capitaux américains. La Pologne sera le cheval de Troyes des USA en Europe ».
Alors, que faire ? Trois solutions, pour Renaud Layadi : miser sur les marchés mondiaux et comprimer encore les coûts, « ce qui paraît difficile dans l´état d´organisation actuelle de la filière et la physionomie des pays producteurs émergents », privilégier des moyennes gammes destinées au marché européen, marginalement aux marchés asiatiques, ou tabler sur le haut de gamme en allant chercher les 25 à 30 % de consommateurs prêts à payer une production de qualité porteuse d´image « car l´Europe est vieille et riche, elle a un consentement à payer ! », affirme-t-il. Pour les dix années à venir, Renaud Layadi prévoit donc que le marché mondial du porc sera composé de trois types de gammes : une production mondialisée, des gammes « moyennes européennes », et une production de terroir.
Pour lui, la production mondialisée ne nous concernera plus. Elle intéressera le Brésil, les USA ou la Pologne, sera constituée de ventes « domestiques » et d´exportations vers les pays tiers selon des principes respectant les accords de l´OMC. Ce sera un marché risqué, de gros industriels, ponctué de « purges » par les prix. Ce marché pourrait représenter à terme 25 à 30 % de la production mondiale.
Le deuxième marché annoncé par l´économiste sera un marché de gammes « moyennes », plus adapté à nos possibilités. Il s´agit d´un marché de type industriel, de qualité, fortement tracé, sans lien au sol, dans lequel des bassins porcins comme la Bretagne, l´Espagne, le Danemark, ou les Pays-Bas peuvent être des acteurs majeurs. « C´est la principale position de repli de la production européenne, qui représentera de 45 à 60 % du marché du porc. Ce qui ne signifie pas toutefois que ce marché sera de tout repos. On peut s´attendre là aussi à des mécanismes de déséquilibre ponctuel offre-demande, car des phénomènes d´encombrement demeurent probables. » Enfin, Renaud Layadi estime que les 15 à 25 % du marché restant répondront à une demande de gammes hautes, avec un fort lien au sol, un respect impératif de l´environnement et des paysages. Elles seront assorties d´assurances « non OGM », de races rustiques et locales, dans des régions fortement identifiées, « et dans cette gamme, la Bretagne a incontestablement une carte extraordinaire à jouer ! », assure-t-il, constatant que, sur ce marché, il n´y a aujourd´hui aucun opérateur significatif.

« La Bretagne ne pourra pas affronter le marché mondial »
Concrètement, pour la Bretagne, Renaud Layadi écarte d´emblée la possibilité pour la Bretagne d´affronter le marché mondial, en concurrence avec le Brésil ou les USA. « Ce serait une stratégie économiquement et socialement suicidaire. » Restent donc pour la région deux types de productions possibles. Il intitule la première, majoritaire en volume, « de type industriel propre, fonctionnant de manière extra territoriale, selon des modalités de normalisation environnementale ». Plus en détail, il le décrit comme une production de milieu de gamme, répondant aux besoins actuels des industries agro-alimentaires, qui conserve et développe les acquis en terme de technicité, d´économies d´échelle. C´est-à-dire des élevages comme il en existe déjà, mais dont la taille sera plus grande, et qui seront dirigés par des « capitaines d´industries avec des salariés ». De manière complémentaire, il juge vital le développement d´un type d´élevage de mode familial, qui échappe à la globalisation, avec un fort lien au territoire et à l´environnement, qui s´en « sortira » par les innovations produit, les nouvelles gammes.
Mais attention, l´économiste préconise de rester très professionnel et de continuer à valoriser le capital-technicité des filières bretonnes. Faisant allusion aux filières « bio », il déplore que « la maladie infantile des filières jeunes, c´est. le bazar et l´inorganisation ». Et recommande pour finir de ne pas déroger à trois règles de base : continuer à segmenter le marché du porc « qui est le seul que je connaisse à n´avoir aucune différenciation-produit digne de ce nom », miser sur le lien à l´environnement et au territoire et travailler l´image. Enfin, rompre l´isolement social de la filière et imaginer des partenariats, « même les plus audacieux ». Tout cela fait évidemment penser à la démarche Cochon de Bretagne. « C´est une idée que j´ai lancée il y a plusieurs années. Le concept est excellent et j´y crois. Mais il va falloir lui donner du contenu. On se prend à rêver de ce que sera le potentiel de ce type de marque lorsque la Bretagne aura levé son hypothèque environnementale ! »

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