Réussir porc 02 août 2005 à 15h21 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Interview de Denis Manac´h - « Un outil coopératif garantit le débouché des producteurs »

Denis Manac´h est président de Coopagri Bretagne et président
du conseil de surveillance du groupe Socopa. Cette double présidence l´autorise à analyser les relations entre les producteurs et leurs outils d´abattage coopératifs.

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Dans quelle mesure Coopagri Bretagne est-elle impliquée dans l´abattoir Socopa ?
Denis Manac´h : Nous sommes actionnaires de Socopa, via Maine Viande Socopa, que nous formons avec Agrial, Union 7, Cam Mayenne et Cavac. Au total, ces cinq structures possèdent plus de la moitié des actions de Socopa, le reste étant détenu par d´autres groupements, notamment de l´Est de la France. Cap Seine est aussi dernièrement rentrée au capital de Socopa. D´autre part, 70 à 80 % des porcs de Coopagri Bretagne sont abattus à Socopa, le reste étant vendu au cadran ou à d´autres opérateurs régionaux.
Pour un producteur de porc adhérent à Coopagri Bretagne, quel avantage tire-t-il
d´un tel débouché coopératif dans une filière dite « ouverte » ?

D. M. : Tout d´abord, pouvoir commercialiser ses porcs dans la région. C´est une chance que n´ont pas les producteurs d´autres régions, comme dans l´Est de la France. D´autre part, un outil coopératif ne présente pas de risque de délocalisation, alors qu´une entreprise privée peut, comme Doux, le faire. Enfin, un outil coopératif garantit le débouché des producteurs.
Mais en terme de revenu, quel est le bénéfice pour l´éleveur ?
D. M. : Je voudrais tout d´abord souligner que, par définition, une coopérative polyvalente joue la solidarité entre les métiers. Plusieurs productions, si elles avaient dû toujours vivre de leurs propres résultats, auraient aujourd´hui disparu. Voyez par exemple la filière viande bovine !
Par ailleurs, les adhérents profitent des résultats de la coopérative. Cette année, comme nous l´annoncions à notre assemblée générale, le résultat de Coopagri Bretagne va permettre de rémunérer le capital social aux adhérents à hauteur de 4 %.
Les éleveurs peuvent toutefois ne pas comprendre que « leurs outils »
d´abattage fassent autant pression à la baisse sur le prix du porc.

D. M. : Le marché au cadran n´est que le reflet de la valorisation de la viande, avec les amplitudes que cela comporte. Tout le monde critique le marché au cadran et croît connaître le métier des autres. Mais, quand on est au coeur de ces métiers, que c´est compliqué ! L´abattage est un métier de pauvre !
Comme le soulignait le rapport Porry, le problème n´est-il pas lié au manque d´union des abattoirs
qui, dispersés, ne parviennent pas à répercuter des hausses à leurs clients, grande distribution et salaisonniers ?

D. M. : « Bien sûr, si les abattoirs pouvaient s´unir, ils seraient plus forts face à la grande distribution. Mais nous n´en avons pas les moyens. On parle beaucoup d´une plate-forme commune de vente. Mais ce n´est pas évident de la mettre en place. Ce sont tout simplement les fusions industrielles et commerciales d´entreprises qui fonctionneraient le mieux. Car là, on contrôle tout.
Il faut aussi savoir que des restructurations de ce type coûtent cher, et qu´elles doivent être accompagnées d´aides de l´État pour faire en sorte que nos entreprises restent compétitives.
Pour ce qui concerne Socopa, la réponse tient aujourd´hui dans la marque Valtero qui répond aux attentes des consommateurs : des produits pratiques, innovants, modernes.

Cela suffira-t-il à redonner aux élevages la rentabilité nécessaire ?
D. M. : Le prix sera toujours la résultante de l´offre et de la demande. En porc, face à une offre mondiale, à une maîtrise de la production impossible, la seule alternative réside dans la préférence communautaire et dans l´identification française de nos viandes. De plus, avec l´augmentation de la population mondiale et du niveau de vie, la consommation de viande de porc va augmenter. Pourquoi donc ne pas espérer des jours meilleurs ? Il n´y a pas de raison que le porc reste scotché à 1 euro.

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