Réussir porc 20 octobre 2005 à 17h11 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Filière - « Nous devons obtenir une assurance revenu », affirme Jean-Michel Serres, président de la FNP

Après l´intervention de Dominique de Villepin au Space, Jean-Michel Serres a exprimé sa déception et ses craintes pour l´élevage porcin, et réclame la mise en place d´une réelle assurance revenu pour les producteurs.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Vous avez publiquement déclaré être déçu par les propos du Premier ministre et inquiet quant à la loi d´orientation agricole.
Pourtant, le ministre a fait des avancées concrètes ?
Jean-Michel Serres : Certes, les annonces faites en matière de bio-carburant ou d´imposition du foncier non bâti nous concernent en tant qu´éleveur de porcs, car nous ne sommes pas des productions hors-sol.
Mais ma déception porte sur l´absence de mesures à portée significative en termes de gestion des risques. Or, chacun sait que nous subissons des variations de prix importantes, et que l´OMC nous prépare à une concurrence plus vive.

Concrètement, qu´attendiez-vous en terme de gestion des crises ?
J.-M.S. : Il faudrait d´abord qu´une partie du résultat de l´élevage puisse rester dans l´entreprise et soit défiscalisée pour assurer un minimum de trésorerie et pouvoir penser à investir. De 1989 à 1993, la capacité interne de financement des investissements était de 10 centimes d´euro par kilo de carcasse. De 1999 à 2003, elle a chuté à 0,6 centime d´euro !
D´autre part, je n´ai rien noté qui aille vers une assurance revenu. Les Canadiens ont su mettre en place un dispositif pour leurs éleveurs afin de réguler les revenus en période de crise. Depuis cinq ans, cette assurance représente en moyenne 6 centimes d´euros par kilo, avec une participation de l´État de 2 quand le producteur en met 1. En Espagne, quelque chose de comparable se prépare. Et si les Espagnols mettent autant de moyens qu´ils l´ont fait pour l´assurance récolte - 200 millions d´euros contre 10 millions en France - nous avons de quoi être inquiets.

Concrètement, que proposez vous en termes d´assurance revenu ?
J.-M.S. : Une part de la modulation des aides européennes pourrait financer un dispositif de gestion des crises, comme cela est prévu dans les accords de Luxembourg. La ligne est inscrite et cela pourrait représenter 90 millions pour la France. Pourquoi ne pas utiliser ces fonds pour avoir un effet levier, amorcer la pompe, et faire en sorte que les éleveurs s´engagent dans un système d´assurance revenu qui les mettrait à l´abri des crises ? Je reste convaincu qu´il existe un train de mesures à mettre en oeuvre pour dégager la capacité de nos élevages à investir. Parmi celles-ci, le niveau des seuils des dotations pour l´investissement, les DPI, et pour les aléas, les DPA, doivent être revus à la hausse.
La future loi d´orientation agricole sera discutée au Parlement les 7 et 8 octobre. Nous allons faire du lobbying auprès des parlementaires, mais, compte tenu du délai, je ne suis pas optimiste.

Proposez-vous ces mesures de garanties de revenu dans la crainte des négociations à l´OMC ?
J.-M.S. : Nous sommes en effet pessimistes quant à l´issue des négociations. Concernant les restitutions, la discussion ne porte plus sur leur maintien, mais sur l´échéance de leur suppression ! Même si elles portent sur peu de volumes, ces restitutions ont un impact positif en période de crise. Leur suppression va tirer encore les prix vers le bas.
Concernant le prix du porc, que vous inspirent les derniers événements au Marché du porc breton ?
J.-M.S. : Les deux maillons les plus faibles de la filière qui se battent entre eux, c´est suicidaire. Nous n´avons pas les moyens de nous faire la guerre. La FNP reste très attachée à une cotation du prix du porc. Nous avons besoin d´une référence hebdomadaire. La supprimer coûterait très cher aux producteurs. Et nous avons besoin d´une vision régulière et précise des prix payés dans les autres bassins européens, notamment en Allemagne, qui devient le marché directeur. Mais avouons qu´il est difficile d´y voir clair. Et qu´un prix sortie abattoir serait encore plus intéressant. Et concernant notre organisation porcine française, nous connaissons nos points faibles : dispersion de la filière, manque de valorisation et d´innovations. On sait ce qu´il faut faire, mais pas comment y aller, et le plus collectivement possible.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui