Réussir porc 08 février 2005 à 15h14 | Par Claudine Gérard

Fabrication d´aliment à la ferme - Une analyse de l´Airfaf 44 montre que fabriquer son tourteau de colza n´est pas toujours rentable !

Fabriquer son tourteau de colza à la ferme est techniquement possible. Mais l´intérêt économique est discutable, d´autant qu´il faut alors valoriser deux produits : le tourteau et l´huile !

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Les graines de colza ou de colza peuvent être traitées à la ferme pour obtenir du tourteau et de l´huile. La démonstration en a été faite à Bierné, le 17 novembre dernier, à l´initiative de l´Airfaf des Pays de la Loire. Michel Huaulmé, éleveur à Bouère (53) est venu faire fonctionner une presse Täby, acquise par la Cuma de Mayenne. Pour cet éleveur de bovins, il s´agissait en l´occurrence de réaliser un tourteau de tournesol. Mais le même procédé s´applique à la graine de colza. A savoir le passage dans une vis sans fin de la graine qui se sépare en deux fractions : un tourteau dit « gras », car il contient environ 18 % d´huile (contre environ 2 % pour un tourteau classique), et de l´huile. Trois kilos de graines donnent environ 2 kg de tourteau gras et 1 kg d´huile. Avec la presse présentée, le rythme est de 24 à 40 kg de graines traitées à l´heure.
Le tourteau gras peut-être utilisé dans l´alimentation animale, contribuant à une certaine « autonomie protéique », comme le souligne Laurent Alibert, ingénieur à l´ITP : « En formulation, on retiendra que 100 tonnes de tourteau de colza gras sont équivalentes à 78 tonnes de blé + 40 tonnes de soja. »
L´ITP confirme que ce tourteau de colza gras peut être incorporé dans les formules à hauteur de 10 % pour les truies et les porcelets 2e âge, et 12 % pour les porcs charcutiers, « sous réserve qu´il n´y ait pas de maïs dans la formule, car le risque de dépasser le taux maximum d´acide linoléique, donc d´avoir des gras mous, devient très fort ».
Quant à l´huile, elle trouve un débouché comme carburant pour le tracteur. Elle doit auparavant décanter pendant environ trois semaines après sa sortie de presse, puis être reprise par une pompe et filtrée avant son stockage. Michel Huaulmé incorpore régulièrement 30 % de cette huile (de tournesol) dans le fuel sans aucun problème de fonctionnement du tracteur. « Il faut que le moteur soit chaud. L´hiver, on peut être amené à baisser ce taux d´incorporation. Mais on peut aussi fonctionner avec deux réservoirs et, quand le moteur est suffisamment chaud, ne fonctionner qu´à l´huile ! »
Techniquement, l´opération ne pose donc pas de problème. Mais économiquement, elle doit être réfléchie. « Car, n´oubliez pas, que vous avez deux produits à valoriser ! », répète Laurent Alibert qui rappelle aux éleveurs que l´opération doit être rentable pour eux. Et il calcule : l´investissement génère un amortissement d´environ 2500 euros par an, « et ceci quel que soit le volume de graines à traiter ».
Deux produits à valoriser, le tourteau gras et l´huile
Pour un élevage de 100 truies, la consommation maximale de tourteau gras sera de 100 tonnes. Soit 150 tonnes de graines à traiter (ou encore 50 ha !). Dans ces conditions, les charges annuelles s´élevant à 2550 euros (voir détail dans le tableau), le coût de traitement est de 17 euros par tonne de graine. Laurent Alibert analyse alors diverses situations de prix respectifs de la graine de colza à la récolte, du blé, et du tourteau de soja. Et il constate que la fabrication de son tourteau de colza n´a d´intérêt que si la graine de colza n´est pas chère (200 euro à la récolte), et le blé et le soja sont tous les deux chers (respectivement 120 et 195 à 220 euros). Dans ces conditions et dans ces conditions seulement, l´huile peut être valorisée à un prix inférieur au fuel, et s´avère donc économiquement intéressante comme carburant.
« Car voilà le problème ! Que fait-on de l´huile ? Si elle est revient plus chère que le fuel, il faut trouver un débouché, éventuellement alimentaire, auprès de fafeurs voisins », prévient Laurent Alibert qui souligne que, même aujourd´hui, dans un contexte de produits pétroliers chers, la fabrication de son tourteau de colza est au mieux équivalente, mais le plus souvent plus coûteuse que le recours au soja et. au fuel. « L´autonomie protéique, d´accord, mais pas à n´importe quel prix », répétera-t-il, avant de conclure que la solution est peut-être dans l´octroi de subventions à l´utilisation de bio-carburants !
Source : Laurent Alibert

Avec un fuel agricole à 430 euros les 1000 litres, un blé à 100 euros et un soja à 195 euros, la graine, qui est aujourd´hui à environ 200 euros peut être valorisée sous forme de tourteau gras et d´huile. Mais si la graine augmente (de 25 euros) ou que le fuel baisse, il n´y a plus d´intérêt économique à produire l´huile, sauf en trouvant un débouché alimentaire.

Le tourteau « gras » obtenu à la ferme est plus riche en huile qu´un tourteau maigre, donc plus énergétique mais moins riche en matières azotées et acides aminés.

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