Réussir porc 05 mars 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Enfin une lueur d’espoir ! » observe Daniel Picart, président du MPB

Après l’annonce de la reprise possible des exportations vers la Russie, le président du MPB entrevoit quelques signaux positifs pour les cours du porc.

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Daniel Picart est naisseur-engraisseur à Plouigneau dans le Finistère 
et président du MPB depuis 2011.
Daniel Picart est naisseur-engraisseur à Plouigneau dans le Finistère et président du MPB depuis 2011. - © C. Gérard

. Un accord de principe sur la reprise des échanges commerciaux de produits du porc avec la Russie a été annoncé le 19 janvier par le ministre de l’Agriculture. Une excellente nouvelle ?


Bien entendu, on ne peux que se réjouir de voir enfin la perspective de reprise de nos exportations vers la Russie. L’Europe a enfin accepté que des discussions bilatérales entre des membres de l’UE et la Russie s’instaurent. Nous le réclamions depuis un an, dénonçant l’absurdité de tout risque sanitaire entre deux pays distants de plus de 2500 kilomètres ! Les positions dogmatiques ont dominé au mépris des réalités économiques et sanitaires.


. L’embargo « sanitaire » pourrait donc être levé. Mais pas l’embargo politique que Vladimir Poutine a engagé depuis août dernier ?


Les choses ont changé. Les Russes ont faim. Avec le prix du porc qui s’est embrasé en Russie, les transformateurs sont au bord de la ruine. Le président russe doit aujourd’hui compter avec une très forte pression de la population et des industriels.


. Jacques Lemaître annonçait que l’embargo russe a coûté 20 à 25 euros par porc aux producteurs européens. Le rejoignez-vous sur ces données ?


Difficile de donner des chiffres précis. Mais ce que nous savons, c’est qu’en début d’année 2014, nous étions en droit d’espérer un cours supérieur de 10 % à celui de 2013. La réalité a été une baisse de 10 % ! C’est donc globalement un manque à gagner de 20 % lié au seul embargo russe. L’impact a été double. D’une part il a privé notre aval du débouché des viandes, mais surtout des graisses et abats. Mais il a aussi été psychologique. Et les Allemands se voyant privés d’un gros débouché en Russie ont déversé leur production dans l’UE, selon le principe des vases communicants. Car aucun cochon n’est mort de vieillesse dans les porcheries européennes !


. L’effet psychologique peut aujourd’hui aussi fonctionner dans le bon sens ?


En effet, nous avons des raisons d’espérer, la petite hausse du marché de ce jeudi 21 janvier en est peut-être la preuve. D’abord l’ouverture possible du marché russe sera évidemment positif. Il va constituer un appel d’air que nous attendions. Même si les abats et la graisse ne sont pas des produits à forte marge, ce débouché contribue à la valorisation des carcasses. Mais cela prendra du temps car le protocole doit être signé et les autorités sanitaires russes vont probablement demander un nouvel audit des abattoirs. Or le temps est compté pour les éleveurs et il n’est pas le même pour eux que pour l’administration. La réactivité est indispensable. Mais d’autres signaux nous permettent d’être un peu plus optimistes : la parité euro/dollar, mais aussi la capacité qu’ont eue nos industriels à compenser en partie les volumes perdus en Russie en conquérant d’autres marchés vers les pays tiers, d’ailleurs plus rémunérateurs. Enfin, nous avons le sentiment que les acheteurs au MPB ont pris conscience qu’ils ne peuvent plus demander des cours encore plus bas. Le prix actuel est indigne et les abatteurs et transformateurs prennent peu à peu conscience qu’à continuer leur stratégie, ils vont tuer la ressource. Les éleveurs savent faire leur métier. Les abatteurs et transformateurs doivent avoir la même obligation.


. Vous avez donc confiance dans l’avenir de la production française et la remontée des cours ?


J’ai confiance en l’avenir à condition que la profession arrête de tirer dans tous les sens. Le seul objectif que nous devons avoir est de défendre le prix de notre cochon ! Pour cela, il faudrait plus de porcs apportés au MPB. Seulement 18 % des porcs de la zone Uniporc transitent par le MPB. C’est insuffisant. Et pourquoi pas faire évoluer nos règles, réformer le Marché si cela s’avère nécessaire et positif pour la production ? Nous sommes ouverts à des propositions qui iraient dans ce sens. Mais il appartient aux professionnels et à leurs représentants d’être des forces de proposition en la matière. Nous sommes preneurs de leurs idées, mais nous les attendons toujours…

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