Réussir porc 29 juillet 2003 à 10h20 | Par C. Gérard

Employeur, un vrai métier - « Définir le projet d´entreprise et le faire partager aux salariés »

Armelle Calmet, juriste à la FDSEA du Finistère depuis 1987, est connue et reconnue pour son expérience en matière de relations employeurs/salariés dans le domaine agricole. Elle nous livre ses conseils de management des salariés, et détaille les avantages d´un système d´intéressement bien conçu.

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Quelles sont les clés du succès de la relation entre l´employeur et ses salariés ?
Armelle Calmet : Je résumerais en disant, qu´avant tout, l´employeur doit définir le projet de son entreprise, faire partager ce projet à son ou ses salariés, et mettre en place les outils qui permettront de mesurer la réalisation de ce projet.
Concrètement, et pour un élevage de porcs, qu´entendez vous par ces « projets » ?
Ils peuvent être très divers. Ce peut être un projet de type plutôt commercial comme, par exemple, l´adhésion à la démarche Cochon de Bretagne. L´élevage aura alors des obligations nouvelles comme celles de mettre en place des démarches de traçabilité, de modifier les méthodes de travail... Pour d´autres, le projet sera plus technique, axé sur les performances... Le projet permet de définir les rôles respectifs de chacun, de créer des repères. Bien évidemment, en fonction des événements, par exemple des contraintes environnementales nouvelles, ce projet peut être modifié. Mais cela vaut pour toute entreprise, et dans n´importe quel secteur d´activité.
©D.Poilvet

L´éleveur doit savoir déléguer même s´il n´emploie qu´un seul salarié.

Précisément, ne doit-on pas considérer l´entreprise porcine » comme une entité particulière ?
Il n´y a aucune raison pour cela. D´ailleurs, je constate que les éleveurs de porcs, par exemple, peuvent toujours avoir un regard sur ce qui est fait dans d´autres productions agricoles, et dans d´autres professions. Il faut arrêter de penser que la tomate est bien différente du porc, et réciproquement. Il y a toujours à apprendre en étant curieux de ce qui se fait ailleurs. Les problématiques « employeurs » sont souvent les mêmes et les solutions transposables d´une entreprise à l´autre.

La particularité est, toutefois, qu´un élevage de porcs a un nombre très restreint de salariés.
contrairement à une entreprise par exemple de maraîchage.

C´est effectivement une particularité qui explique que l´aspect humain devient très important. Le fait que l´employeur travaille tous les jours avec un ou deux salariés explique qu´on peut vite tomber dans le domaine du passionnel. Je recommande de conserver des barrières, de ne pas mélanger les genres et tomber trop vite dans une relation trop amicale. Par exemple, je ne pense pas que le déjeuner en commun soit une bonne chose. Très vite, le ou les salariés se trouvent trop impliqués dans la vie privée de l´employeur. La situation peut aboutir à un certain « enfermement » du salarié dans l´univers restreint de l´élevage.
Cela signifie-t-il que l´employeur doive se comporter en « patron » ?
Oui, au sens où il dirige l´entreprise ; Mais pour autant, il doit savoir déléguer, même si l´élevage n´emploie qu´un seul salarié. Et déléguer signifie créer de l´autonomie au salarié, mais aussi savoir contrôler et suppose de savoir donner des informations claires, ce qui peut amener une remise en cause de certaines pratiques. Ceci est vrai même lorsque l´élevage ne compte qu´un salarié. A l´inverse, il ne s´agit pas de se décharger en laissant travailler seule une équipe de salariés. Je crois que le système de l´intéressement peut contribuer à atteindre ces objectifs.

Vous êtes régulièrement consultée pour aider les employeurs
qui veulent mettre en place un système d´intéressement pour leurs salariés. Que conseillez vous ?

Je commencerais par préciser que l´intéressement n´est pas obligatoire, mais qu´il présente, à mes yeux, beaucoup d´avantages. D´abord, il doit servir de cadre de travail. Il oblige l´employeur à définir des objectifs, principalement technico-économiques, de vérifier s´ils sont atteints. Et, surtout, il permet au salarié ou à l´équipe de se repositionner face à des objectifs. L´important dans un tel système est de savoir animer les salariés autour de ce système d´intéressement. D´ailleurs, le salarié doit pouvoir à tout moment calculer lui même le niveau de son intéressement par rapport aux résultats techniques et économiques auxquels il a facilement accès par le biais des outils dont il se sert régulièrement : GTTT, GTE...

On pourrait penser que le système d´intéressement concerne davantage les grandes entreprises ?
Pas du tout, et je considère à l´inverse qu´il s´agit d´un outil bien adapté aux petites entreprises, donc aux élevages. D´ailleurs, il est intéressant de constater qu´en France, sur 15 000 entreprises appliquant le principe de l´intéressement en 1999, et cela n´a pas du changer depuis, ce sont celles de 1 à 9 salariés qui ont versé le plus haut niveau de primes : 10 240 F en moyenne contre 6 240 F pour l´ensemble de ces entreprises.
Pour l´employeur, donc pour l´éleveur de porc, le système de l´intéressement est avantageux à plusieurs titres. D´abord, il ne paye pas de cotisations patronales ni salariales, sauf la CSG et le CRDS qui ne représentent que 8 % du salaire. Ensuite, ces sommes viennent en déduction des sommes imposables comme les salaires si elles sont placées par le salarié sur un plan d´épargne souscrit par l´entreprise auprès d´un établissement financier. Pour le salarié aussi, ces sommes ne sont pas imposables comme le salaire. Enfin, outre ces considérations fiscales, j´ajoute que un intéressement bien conçu, c´est-à-dire bien bâti par les deux parties - employeur et salarié - devient un véritable outil de travail. Il oblige en effet à des écrits, comptes-rendus, réunions régulières, qui participent à l´animation des salariés. Sans cette animation qui doit accompagner le système d´intéressement, celui-ci perd de son intérêt.
Plus récemment, certains éleveurs se sont orientés vers les PEE, Plans d´épargne entreprise.
Peuvent-ils remplacer ces systèmes d´intéressement ?

Je ne le crois pas parce que ce système fait l´impasse sur ce qui, précisément, fait la force de l´intéressement, à savoir la motivation des salariés, et l´animation qu´il suscite. En effet, le PEE fonctionne ainsi : pour se constituer un portefeuille de valeurs mobilières, le salarié effectue un versement, et l´employeur peut réaliser un versement complémentaire qu´on appelle abondement. Celui-ci, comme dans l´intéressement, n´est pas soumis aux cotisations sociales. Mais la grande différence, est que cet abondement n´est en rien formalisé. C´est-à-dire qu´il est laissé à l´appréciation de l´employeur, et soumis à aucun calcul en relation avec les « performances » des salariés. On passe donc généralement à côté d´un « outil » de motivation des hommes et des femmes qui « subissent » le niveau de versement, voire de non versement de l´employeur, sans pouvoir agir d´aucune manière, sachant que, on le comprend facilement, le niveau d´abondement de l´employeur sera très dépendant de la conjoncture économique. Or, je considère qu´à l´inverse, c´est en période de cours bas que la performance technique doit être encore plus que jamais un objectif. Et l´intéressement aux résultats peut contribuer à l´atteindre.
Extrait du dossier « Employeur, un vrai métier » de Réussir Porcs Juillet-Août 2003

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