Réussir porc 09 août 2005 à 15h36 | Par C. G.

Elevage porcin - L´infertilité d´été est due avant tout à un manque de temps

Une enquête réalisée par Capig auprès de 66 élevages de l´Ouest prouve que les problèmes d´infertilité d´été sont principalement liés au temps que l´éleveur peut consacrer en verraterie-gestante.

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Cent truies par UTH serait le ratio « idéal » pour que l´éleveur prenne le temps nécessaire en verraterie-gestante mais aussi en quarantaine et en maternité, afin de prévenir l´infertilité. C´est, succinctement, la principale conclusion que l´on peut tirer d´une enquête réalisée par les techniciens de Capig dans soixante-six élevages de l´Ouest avec l´appui de Sylviane Boulot de l´ITP. Ils ont été classés sur les critères de fertilité en trois groupes : HH pour ceux qui ont une fertilité supérieure à 90 % en été et en hiver, BB pour ceux dont la fertilité est médiocre quelle que soit la saison, et HB pour les élevages enregistrant une bonne fertilité en hiver, mais pas en été. L´enquête met clairement en évidence que le facteur temps est déterminant dans cette problématique d´infertilité d´été.
Ainsi, le nombre de truies par UTH est de 100 dans les élevages HH contre 110 dans les élevages HB et 130 dans les élevages BB. Ce ratio explique probablement en grande partie les différences observées dans les pratiques d´élevage de ces trois groupes. Les élevages HH pratiquent davantage le nettoyage systématique de la quarantaine que les BB (33 % contre moins de 20 %). Ils lavent davantage la verraterie-gestante entre les bandes, raclent quasiment deux fois par jour derrière les truies, pratiquent plus la détection en dehors des heures de repas que les éleveurs BB, allotent davantage les truies après sevrage et adaptent mieux les quantités d´aliment en fonction de leur état.

Autant de précautions qui prennent du temps, mais qui, visiblement, jouent un rôle majeur dans la prévention des problèmes d´infertilité. « Nous touchons là les limites de la productivité de la main d´oeuvre.
Certes, il faut comprimer les coûts. Mais à vouloir aller trop loin dans le nombre de truies par UTH, on risque d´être en « surchauffe » et ne plus avoir le temps nécessaire pour accomplir les tâches essentielles qui jouent fortement sur la productivité de l´élevage », prévient Pascal Fourchon qui a coordonné l´enquête.
Outre cet aspect de temps de travail, les trois groupes se différencient par d´autres caractéristiques. Les éleveurs HH utilisent majoritairement (85 %) la sergotonine après mise-bas, « ce qui facilite la vidange de la matrice et peut participer à une bonne hygiène du tractus uro-génital », commente Pascal Fourchon. Ces élevages « HH » sont aussi plus nombreux à utiliser de la semence de moins de 48 heures et se déclarent deux fois moins concernés par des manifestations de SDRP que les éleveurs du groupe BB (30 % contre 60 % respectivement).
A l´inverse, l´enquête ne montre aucune incidence du nombre d´inséminations ou de la présence d´un système de refroidissement sur les performances de fertilité. « Mais rappelons que ces élevages se situent en zone océanique », prévient Pascal Fourchon qui estime toutefois que la chaleur n´est sans doute pas la raison majeure de troubles de fertilité en été. « Dans 63 élevages pour lesquels Agrial a analysé l´historique des échographies depuis 2000, nous observons bien une baisse de truies pleines d´août à octobre, mais cette chute n´a finalement pas été différente en 2003, année de la canicule, qu´en 2004, où l´été dans l´Ouest a été vraiment pourri. »
Ces constats faits, l´équipe Capig rappelle que, dans les élevages « à problème », la solution est d´anticiper, notamment en augmentant le nombre de truies à saillir pendant ces périodes délicates, donc le nombre de cochettes à introduire 6 à 8 semaines avant. « Attention, prévient Pascal Fourchon, pour un élevage dont le taux de fertilité chute de 10 % en été, et avec un taux de renouvellement des cochettes « normal » de 20 %, l´éleveur doit augmenter son nombre de cochettes à introduire dans ces bandes de 50 %, et ceci pour 4 à 5 bandes consécutives ! Cette précaution se heurte évidemment à un problème de places et au coût des cochettes supplémentaires.
« Mais ne rien faire coûte encore plus cher ! », prévient Pascal Fourchon. Une étude économique réalisée par Philippe Quérou montre en effet que, dans un élevage de 210 truies productives où la fertilité baisserait de 10 % en été, le fait d´introduire 5 cochettes supplémentaires dans 4 bandes successives représente une charge nette de 2 950 euros. Mais que, ne rien faire constitue un manque à gagner de 9 860 euros (voir tableau ci-dessus). « Anticiper les problèmes est une solution coûteuse. Mais ne pas les prévoir coûte trois fois plus cher ! », prévient-il, déplorant que près de la moitié des élevages « classés » BB n´introduise pas plus de cochettes dans les bandes d´été.
Limiter les coûts de l´infertilité, anticiper coûte moins cher que ne rien faire.
Augmenter le nombre de cochettes à introduire dans les bandes qui seront inséminées pendant l´été a un coût. Mais celui-ci reste trois fois moindre que de subir la situation, et accepter une baisse des ventes de porcs charcutiers 9 mois plus tard, à une période de l´année où les cours sont plutôt favorables. C´est la démonstration chiffrée réalisée par Philippe Quérou, technicien GT Coopagri Bretagne, à partir d´un cas théorique : un élevage de 210 truies productives, qui subit classiquement une chute de fertilité de 10 % pendant la période estivale, soit, pour 4 truies vides par bande, 16 portées manquantes. Le déficit de porcelets est donc de 174 sevrés (donc 161 porcs vendus en moins). Si l´éleveur anticipe en introduisant 20 cochettes de plus sur la période (65 par bande), le manque à gagner passe de 9 860 euros à 2 950 euros.

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