Réussir porc 27 février 2004 à 11h23 | Par Armelle Puybasset

Elevage porcin - Des solutions pour mieux maîtriser les odeurs et gérer la qualité de l´air

Pression du voisinage ou contrainte réglementaire, la profession se mobilise pour limiter les nuisances olfactives des élevages et améliorer la qualité de l´air.

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Le problème des nuisances olfactives des porcheries est de plus en plus important. Depuis quelques années, une part croissante de la population « non agricole » choisit de s´installer en campagne loin des grosses agglomérations. La cohabitation entre l´éleveur et son voisinage est parfois difficile. Et les conflits liés à des problèmes d´odeurs peuvent aller jusqu´au refus ou même à l´arrêt de l´autorisation d´exploiter. L´éleveur est donc amené à mettre en place des solutions techniques pour réduire les désagréments liés aux odeurs. « Or, ce n´est pas un sujet facile, explique Nadine Guingand de l´ITP (1), car la perception d´odeur n´est pas toujours en relation avec la production d´odeurs. » L´institut, qui travaille depuis plusieurs années sur la mesure des odeurs, a identifié 130 composants responsables d´odeurs. « Il n´y a donc pas une odeur mais des odeurs qui peuvent être différemment perçues. Par ailleurs, la perception varie en fonction des conditions de diffusion liées aux conditions atmosphériques et à la topographie. Tous ces éléments rendent la question des odeurs difficile ».
©D. R.


En plus de ce frein technique, il y a un frein psychologique : une personne peut avoir l´impression de sentir une odeur de lisier alors que les vents diffusent dans le sens opposé.
Pour mieux estimer la perception des odeurs, des éleveurs de la région Centre ont mis en place des jurys de population. Une trentaine de voisins habitant autour de l´élevage (jusqu´à 3 km de distance) notent, pendant 3 à 4 semaines, les odeurs qu´ils perçoivent à heure et lieu fixes. Cette étude répétée sur plusieurs années, a permis d´établir un lien entre la perception des nuisances et les activités de l´élevage et d´épandage. Contre toute attente, elle a montré que la gêne était plus importante lorsque les pré-fosses étaient vidées plutôt qu´au moment de l´épandage. « Lors de la deuxième année, nous nous sommes rendu compte que le comportement du voisinage avait évolué, » explique Alain Gaimon, éleveur près de Châteauroux. « Ils mesuraient de façon plus objective l´origine des odeurs et ont réalisé qu´elles ne provenaient pas forcément de l´élevage en cause ».

Ces démarches permettent donc à la fois d´identifier les sources et les conditions d´émission des odeurs mais aussi de favoriser les échanges avec la population.
« La réconciliation des éleveurs avec leur entourage se fera grâce à notre dynamisme et aux efforts entrepris pour montrer que l´on tient compte du voisinage et que nous mettons en place des solutions pour améliorer la maîtrise des odeurs », complète Guy Dartois, éleveur en Côtes-d´Armor et président du groupe de travail Environnement - Qualification des Élevages auprès du ministère de l´Agriculture. Et ces solutions sont nombreuses : système d´évacuation rapide du lisier dans le bâtiment, traitement de l´air, utilisation de produits de désodorisation, couvertures de fosse, aération du lisier...

De nouvelles voies de réduction à l´étude
A l´occasion du Space, plusieurs intervenants régionaux ont présenté leurs études visant à améliorer la maîtrise des odeurs et la qualité de l´air dans les porcheries. Ces études sont menées en collaboration avec l´ITP. La Chambre Régionale d´Agriculture des Pays de la Loire mène actuellement une étude en élevages sur la réelle efficacité de produits désodorisants sur les dégagements d´odeurs. Une gamme importante de produits de désodorisation existe sur le marché et leur composition, leur mode d´action et leur efficacité restent souvent flous. En Normandie, une étude en cours compare les coûts d´installation et les limites des systèmes de traitement de l´air en place (brumisation par vapeur humide ou sèche ou lavage d´air). Enfin, pour les élevages ne disposant pas d´une extraction d´air centralisée, la coopérative Unéal de la région Nord Picardie teste un système de traitement de l´air par salle avec injection de l´air dans des caissons de ventilation installés dans le mur. D´autres voies de réduction des odeurs seront prochainement étudiées : la photocatalyse (oxydation des composés odorants par la lumière) ou encore l´ozonisation (oxydation par l´ozone).

Selon un nouvel arrêté, les élevages vont devoir déclarer annuellement leurs émissions d´ammoniac. En plus de la pression du voisinage, les éleveurs de porcs vont devoir répondre à des obligations réglementaires axées sur la réduction des émissions d´ammoniac. Il s´agit de l´« arrêté du 24 décembre 2002 relatif à la déclaration annuelle des émissions polluantes des installations classées soumises à autorisation » publié au Journal officiel le 7 mars 2003. Il fait suite à une directive datant de 1996 relative à la prévention et à la réduction intégrées de la pollution (IPPC). Son objectif est de rassembler au niveau national les données nécessaires pour remplir le registre européen des émissions de polluants (Eper). L´arrêté concerne les élevages ayant plus de 2000 places de porcs charcutiers (de plus de 30 kg) ou 750 places pour les truies.

Les éleveurs devront remplir cette déclaration dès lors que le seuil réglementaire de 10 000 kg/an d´ammoniac est dépassé. Le document de déclaration, envoyé par les préfectures et/ou la DSV, devra être renvoyé au 1er avril de chaque année. « L´ITP ainsi que d´autres représentants professionnels participant à l´élaboration d´un guide pratique pour cette déclaration. Le calcul des émissions d´amoniac des élevages est basé sur des facteurs d´émission d´ammoniac par type d´animal et l´intégration de certaines voies de réduction des émissions. Les élevages équipés d´un système de lavage d´air pourront peut-être, par exemple, bénéficier d´un abattement. Une prochaine réunion doit avoir lieu prochainement pour valider définitivement le mode de calcul des émissions. La première déclaration devra être remplie avant le 1er avril 2004 », informe Nadine Guingand de l´ITP.



(1) Ce texte est issu des Rencontres techniques organisées par l´ITP au Space 2003.

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