Réussir porc 17 décembre 2004 à 11h25 | Par Claudine Gérard

Elevage porcin - Dans le Finistère, une exploitation où les roseaux complètent le traitement biologique du lisier

Chez David Lelay, à Lothey (29), le traitement biologique du lisier est complété par une roselière et un champ d´infiltration. Résultat : pas d´épandage ni d´irrigation et une valorisation de toutes les fractions du lisier.

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C´est « en grande pompe » que David Lelay, naisseur-engraisseur à Lothey, a officiellement présenté sa station de traitement de lisier au public, le 24 septembre. Cette réalisation va permettre à cet élevage de 800 truies de valoriser la totalité du lisier produit, sans épandage de lisier ou d´effluent issu de la station de traitement. Cette « performance » est rendue possible grâce à un traitement biologique avec séparation de phase, complété par une filtration sur lit de roseau et champ d´infiltration. En fin de traitement, l´élevage produira un compost qui sera commercialisé, et du ray-grass qui alimentera un troupeau de bovin voisin. Rien de plus !
Tout d´abord, le lisier subit un traitement biologique devenu désormais « classique », avec une centrifugation en tête. Le refus de séparation qui titre alors 30 à 35 % de M.S. tombe dans un couloir de compostage d´une cinquantaine de mètres. La première originalité de l´élevage de Rossivin est d´avoir investi dans un retourneur automatisé (plus de 76 000 euros). Celui-ci assure l´oxygénation du compost. La montée en température de 70 à 80ºC permet le séchage (55 % de MS) et l´hygiénisation du produit.
La fraction liquide en sortie de centrifugeuse est dirigée vers la station biologique composée d´un bassin d´aération largement dimensionné pour traiter les 17 000 m3 annuels, et d´un bassin de décantation. Les boues issues de cette décantation sont recyclées en tête de traitement pour être à nouveau centrifugées (8 % d´incorporation dans le lisier frais). Quant à l´effluent liquide, il ne sera pas destiné à l´irrigation, mais subira ce traitement additionnel encore jamais vu dans le domaine de l´élevage et proposé ici par SET Environnement(1). Le procédé consiste à faire percoler l´effluent à travers un lit de sable planté de roseaux, puis, après plusieurs passages, et jusqu´à l´obtention d´un liquide quasiment totalement épuré, diriger celui-ci vers un champ d´infiltration.
La station de traitement biologique est largement dimensionnée pour traiter les 170 000 m3 de lisier. Elle comporte un bassin d´aération et un bassin de décantation. ©C. Gérard

Chez David Lelay, l´effluent issu du décanteur est d´abord dirigé dans un bassin de stockage de 470 m3, qui sert de réserve. Lorsque les conditions météorologiques sont favorables, ce liquide est dirigé vers la roselière de 310 m2. Elle est composée de trois filtres de sable et d´une plantation de roseaux, à raison de 4 pieds au m2. L´effluent est apporté dans cette roselière au moyen de canalisations en surface munies de déflecteurs. « L´effluent qui percole au travers du lit de sable subit un traitement » naturel de nitrification/dénitrification. Les roseaux, grâce à la fonction mécanique de leurs racines, maintiennent des voies de circulation des eaux dans le filtre. Avec le sable, leurs racines sont également un support au développement d´une flore favorable au traitement de la pollution résiduelle », détaille Thierry Bonte, directeur de Set Environnement. Le liquide recircule dans la roselière autant de fois qu´il faudra pour atteindre un taux suffisamment bas en N. Alors, il est dirigé vers l´ultime étape de ce système, qui est un champ d´infiltration, encore appelé « prairie humide ».
La roselière de 310 m2 est composée de trois lits de sable d´1 m, plantés de roseaux à raison de 4 pieds au m2. L´effluent y circule plusieurs fois, jusqu´à totale épuration.©C. Gérard

D´une surface de 6000 m2, il s´agit d´une prairie de ray grass implantée sur un sol limoneux profond d´1,5 m. L´eau, « épurée et conforme », y est appliquée via des sprinklers placés tous les 20 mètres. Mais pas n´importe quand. Car, pour que l´eau percole lentement et soit totalement absorbée par le ray grass, une station météo commande les apports en fonction des conditions climatiques : pas d´apport si la température est négative, s´il a plu dans l´heure qui a précédé, ou si la pluviométrie des 24 dernières heures a dépassé 5 mm ! Pour boucler la boucle, l´herbe sera fauchée.
En faisant ces choix, dont le montant s´élève à 650 000 euros, dont 76 000 euros pour la roselière, David Lelay entend satisfaire plusieurs objectifs.
Le premier est de piloter un élevage de 800 truies et 4100 places d´engraissement sans générer de nuisances, dans cet environnement du bassin versant de l´Aulne, très sensible. Mieux, il s´agit de ne rien épandre du tout.
« Les 25 hectares de la SARL sont en herbe, et je me suis refusé à recourir à l´irrigation des effluents de station », précise l´éleveur. Le deuxième objectif est de faire du lisier un produit qui, après traitement, pourra être valorisé en totalité. L´éleveur entend commercialiser lui même son compost « si possible à des clients très exigeants, demandeurs d´un produit de qualité et régulier, que je suis à même de fournir avec mon installation ». Quant à la fraction liquide, elle se réduit à cette eau propre qui percole dans la prairie, dont le ray-grass servira à alimenter un troupeau de bovins voisin, l´éleveur se réservant aussi la possibilité d´introduire l´herbe dans le compost pour des besoins précis.
La centrifugeuse Guinard piège 85 % des particules solides sans utilisation de polymères et sépare le lisier en une phase liquide et un produit solide à composter. ©C. Gérard

Troisième objectif : prouver ce qu´il dit. David Lelay n´a rien laissé au hasard pour pouvoir réaliser une comptabilité-matière des plus fines. Il a fait poser des drains et un puisard dans le champ d´infiltration afin de pouvoir réaliser des prélèvements d´eau à 1,5 m de profondeur et vérifier qu´elle est conforme aux caractéristiques imposées par l´administration. De plus, chaque coupe de ray-grass sera pesée et analysée. Dernier objectif, convaincre l´administration du bien fondé de sa démarche. L´éleveur s´est engagé à détruire la roselière et le champ d´infiltration si les analyses ne confirmaient pas le fonctionnement attendu. « Et de procéder alors à l´irrigation de l´effluent, comme il est pratiqué ailleurs. »
Accompagné dans sa démarche par le Cemagref et l´Agence de l´eau, il dispose d´un an pour fournir toutes les analyses nécessaires pour que l´administration reconnaisse le bon fonctionnement du procédé. Et espère légitimement obtenir alors l´autorisation de rapatrier les places d´engraissement qu´il possède à une dizaine de km de là, afin que la SARL de Rossivin soit ce que l´éleveur veut définitivement en faire : un élevage « durable, qui s´inscrit dans une logique économique, sociale et environnementale ».
Le refus de centrifugeuse en compostage est placé dans un couloir d´une cinquantaine de mètres, muni d´un retourneur automatisé, visible au fond du couloir. ©C. Gérard

(1) Set Environnement - 35350 La Gouesnière - Tél. 02 99 58 26 44.

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