Réussir porc 28 septembre 2006 à 16h41 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Echanges mondiaux - « L´échec à l´OMC peut mener à des accords bilatéraux » estime H. Marouby du pôle économie de l´Ifip

Suite à l´arrêt des négociations à l´OMC, Hervé Marouby, ingénieur au pôle économique de l´Ifip (ex-ITP), analyse les conséquences possibles sur le commerce de la viande de porc.

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Pourquoi, selon vous, les négociations de l´OMC ont-elle été suspendues ?
Hervé Marouby - Il y avait trop d´enjeux, trop de dossiers et trop de pays autour de la table. Les objectifs étaient sans doute trop ambitieux, trop maximalistes de part et d´autre, pas assez pragmatiques. Des pays fortement exportateurs, comme le Brésil, avaient des exigences trop fortes pour l´accès aux marchés.
Beaucoup accusent les USA, considérant qu´ils n´ont pas accepté de compromis ?
H. M. - Effectivement, les USA n´ont pas cédé sur certaines positions de soutien à leur agriculture, en particulier dans le domaine des productions végétales. Même le plus puissant pays agricole du monde ne peut s´affranchir de soutiens à ses producteurs face aux pays émergents qui ont des avantages de coûts de production évidents. Les États-Unis ne peuvent ignorer la pression de leurs producteurs et renoncer à leur mécanisme de soutien, qu´il s´agisse de coton ou de blé. Mais ceci est vrai pour d´autres bassins de production dans le monde.
Pourrait-on en dire autant de l´UE ?
H. M. - La réforme de la PAC a été réfléchie dans le contexte des négociations de l´OMC : soutiens directs, découplage des aides. L´UE a fait des propositions réelles et a accepté l´ouverture de l´accès aux marchés et la diminution des droits à l´importation quasiment de moitié, proposant en contrepartie des contingents tarifaires pour protéger certains de ses produits qualifiés de sensibles.
Quelles peuvent être les conséquences de ce blocage des négociations à l´OMC ?
H. M. - Les discussions peuvent éventuellement reprendre, mais il faudra encore beaucoup de temps pour avancer. A moins que les pays ne se mettent d´accord sur un minima de questions.
En revanche, on peut imaginer plus sûrement l´émergence d´accords bilatéraux entre pays : il en existe déjà, par exemple entre l´Union européenne et le Chili en matière de porc. Certes, les quantités sont faibles. Mais les accords de libre-échange qui concernent environ 4 000 tonnes de viande de porc à droit de douane nul en est un exemple. D´autres accords bilatéraux existent, entre le Mexique et le Japon. De nouveaux accords d´ouverture de marchés agricoles sans droits de douane pourraient se formaliser, avec des contreparties industrielles. Ils auront une incidence forte sur le commerce du porc.

Quels pays pourraient tisser de tels accords ?
H. M. - L´UE en a déjà instauré avec la Roumanie et la Bulgarie, par exemple, mais ceux-ci sont inscrits dans l´entrée prévue de ces pays dans l´Union européenne. Le Canada serait en passe de négocier avec des pays d´Asie. Mais il faut aussi se rappeler que l´UE et le Mercosur (Brésil, Argentine.) avaient bien avancé vers des accords commerciaux de libre-échange. L´arrêt des négociations à l´OMC pourrait relancer les discussions. Celles-ci portaient sur environ un million de tonnes de céréales, 500 000 tonnes d´éthanol, 100 000 tonnes de boeuf, 12 000 tonnes de porc, et surtout 500 000 tonnes de volaille, qui pouvaient bénéficier de droits de douane réduits de moitié.
Le porc semble en fait peu concerné dans ces projets d´accords comparativement à la volaille ?
H. M. - Effectivement, les volumes sont sans commune mesure avec ceux de viande de volaille. En outre, les pays potentiellement exportateurs doivent satisfaire des exigences sanitaires de l´UE qui, pour l´heure, constituent une barrière : statut sanitaire des élevages (fièvre aphteuse.) et agrément des abattoirs sont des contraintes qui bloquent aujourd´hui l´essentiel des flux. Quelques abattoirs des États-Unis et du Canada sont aujourd´hui agréés et répondent aux exigences européennes pour pouvoir exporter.
Même en gagnant ce challenge sanitaire, leurs coûts seraient-ils assez bas pour être compétitifs ?
H. M. - Les importations européennes dans le cadre des contingents tarifaires vont se développer. Certains produits, certaines pièces, même sans diminution des protections douanières, pourraient devenir compétitifs, en particulier en provenance du Canada ou des États-Unis, à certaines périodes, favorisés par des prix bas ou un taux de change avantageux. Même sans accord à l´OMC, les échanges se sont clairement mondialisés, c´est un fait. Pour le commerce du porc, la question est aujourd´hui de savoir si l´Union européenne, qui exporte 7 % de sa production vers les pays tiers, pourra garder ses positions et résister.

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