Réussir porc 06 septembre 2007 à 14h59 | Par Claudine Gérard

Cours des matières premières - Il est urgent de répercuter les hausses de coûts de production

Face à l´augmentation générale et durable du coût des matières premières, il n´y a pas d´autre issue que de répercuter les hausses de coût de production des viandes jusqu´au consommateur final. Tous les maillons de la filière le réclament.

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« Nous sommes dans l´incapacité à résister à une telle conjoncture de prix » affirmait Jean-Michel Serres au cours de l´assemblée générale de l´interprofession Inaporc, le 4 juillet, à Paris. A cette date, les rumeurs les plus folles circulaient sur le prix des céréales de la campagne en cours. Finalement, celles-ci se sont négociées à près de 200 euros la tonne, soit, pour le blé, 46 % de plus que la campagne précédente calculent les syndicats d´alimentation animale Coop de France Nutrition animale et le Snia. Quant aux protéines, malgré une parité euro-dollar qui nous est favorable, leur prix flambe aussi, et le tourteau de soja est en hausse de 20 % par rapport à l´année passée.
Les raisons de cette conjoncture sont connues : la demande mondiale va croissante, certains épisodes climatiques ont perturbé les rendements, sécheresse en Ukraine, Russie. « Ce qui justifie que les prévisions de récolte mondiales ont été revues à la baisse », précisait Xavier Beulin, président de la Fop, Fédération française des producteurs d´oléagineux et protéagineux, invité à l´AG d´Inaporc.

Mais, surtout, c´est le débouché en bio carburants qui dope les prix des céréales, pour la production d´éthanol, et des oléagineux, pour la production d´huiles. On sait qu´en Europe, les projets d´usines se multiplient afin d´atteindre les objectifs, en particulier ceux d´incorporation de biodiesel : 5,5 % d´incorporation minimale en Europe à l´horizon 2010 et, en France, 7,56 % en 2010 et 10 % en 2015. Jean-Michel Serres, qui a dirigé le groupe de travail « Energie » d´Inaporc, calcule qu´en 2010, la France produira 3,2 millions de tonnes de biodiesel et 1 million de tonnes de bioéthanol, ce qui mobiliserait 1,5 million d´hectares de colza, et 320 000 tonnes de tournesol et 345 000 ha de blé, maïs ou betterave. Soit 18 % de la surface consacrée aux grandes cultures
L´augmentation de la demande mondiale, les aléas climatiques, et les débouchés énergétiques aux USA sont à l´origine de la flambée des matières premières. ©Réussir

La faute aux Américains
Mais ce scénario, c´est pour 2010 ! Et la flambée actuelle des céréales et oléo-protéagineux n´est pas liée aux bio carburants européens, mais aux Américains, et en particulier au « débouché éthanol » du maïs qui explose. La production d´éthanol-maïs qui a porté sur 30 millions de tonnes en 2003 est estimée à 110 millions de tonnes en 2015. Sachant que les États-Unis produisent 40 % du maïs dans le monde, les cours se sont envolés, entraînant dans leur sillage une hausse mondiale des autres matières : blé, orge., conjoncture qui est prévue pour durer.
Les productions animales, et particulièrement les viandes blanches, subissent de plein fouet cette envolée des coûts alimentaires. Et les co-produits issus des débouchés énergétiques des matières premières, ne pourront pas compenser à eux seuls ces hausses.

En France, les prévisions pour 2010 font état d´environ 3,5 millions de tonnes de tourteau (essentiellement de colza) qui seront issus de la trituration des graines. Ils pourront se substituer au soja, et réduire notre dépendance protéique. « Nous pourrions voir notre déficit protéique sensiblement réduit et dépasser un taux d´autosuffisance de 50 % », souligne Xavier Beulin qui qualifie cette situation de « prouesse ». Mais on sait que les taux d´incorporation de ces tourteaux dans les formules ont des limites que les fabricants d´aliments connaissent. Quant au bioéthanol, il sera à l´origine de drèches dont la composition reste très méconnue, et dont le débouché pourrait se limiter aux aliments pour bovins. Enfin, la crainte des professionnels de l´alimentation animale est de voir ces co-produits suivre la même courbe de prix que les matières premières dont ils sont issus.
La porte ouverte aux contrats ?
Les responsables d´Inaporc s´inquiètent donc légitimement de ce contexte matière première, et surtout de la volatilité des cours : « Cette volatilité fait peur car elle nous plonge dans l´inconnu et nous rend vulnérables », souligne Guillaume Roué. Des pistes d´action sont avancées par les responsables d´Inaporc. Tout d´abord, « ne rien s´interdire dans les formules », à savoir les graisses animales et, pourquoi pas, les farines animales. D´autre part, Jean-Michel Serres demande de mobiliser toutes les surfaces en jachère et suggère de s´intéresser au marché à terme : il s´agirait de contractualiser les achats de matières premières, et, pourquoi pas, la vente des porcs : « Nous devons nous interroger sur l´intérêt de contractualiser au moins une partie de notre production », annonce-t-il avant d´exiger une nécessité absolue de répercuter les coûts de production jusqu´au consommateur. La demande est unanime. Coop de France Nutrition Animale et le Snia, les deux syndicats de fabricants d´aliment complet le disent d´une même voix : « La hausse des coûts de production doit être inévitablement répercutée tout au long de la filière, jusqu´au consommateur final. »
Le CRP breton et son président, Fortuné Le Calvé, tirent la sonnette d´alarme : « Les éleveurs ne peuvent être la variable d´ajustement. La filière toute entière doit répercuter l´augmentation des coûts de production. » Même inquiétude de la part d´Initia qui calcule que l´augmentation du coût alimentaire sera de 19 euros par porcs au premier semestre 2008. Initia « sollicite des organisations régionales et nationales, et notamment Coop de France, afin qu´elles organisent la tenue exceptionnelle et en urgence des états généraux de la filière porcine en y invitant les représentants de la distribution et de l´Etat ». Elle demande que la distribution prenne en compte cette évolution et accepte de la répercuter sur le prix de la viande.
Les professionnels s´inquiètent de la politique du gouvernement qui s´est engagé sur l´amélioration du pouvoir d´achat des Français, donc la réduction des prix à la consommation.

Il faut relativiser la hausse du coût pour le consommateur
Mais le CRP calcule qu´une augmentation du prix de porc de 20 centimes n´aurait pour conséquence qu´une hausse de 2,8 centimes sur la tranche de jambon ou 10 centimes sur la côte de porc. De Même, Xavier Beulin souligne que « si, en moyenne, un Français dépense 14 % de son budget dans l´alimentation, seulement 4 % de ce budget va dans le prix de la matière première : lait, viande. ». Jugeant toutefois qu´il sera bien difficile de répercuter les hausses de coûts de production à la distribution : « Avec nos 200 abattoirs, nos 350 salaisons, nous, Français, sommes plutôt mal armés pour ré impacter sur le produit transformé le juste retour de l´impact de la flambée des prix des matières premières. Nous devons améliorer nos schémas, restructurer, consolider la filière, de la collecte des céréales aux réseaux de distribution. » Jacques Lemaître le rejoint, déplorant l´immobilisme des la profession : « Depuis la parution du rapport Porry, qu´avons nous fait ? Nous ne sommes pas en ordre de marche pour affronter la distribution. »

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