Réussir porc 30 mai 2016 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Contractualisation, mode d’emploi

Le groupement Syproporcs aide ses adhérents à analyser les offres de contractualisations à la fois pour leurs approvisionnements et pour la vente de leurs porcs charcutiers.

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Certains éleveurs fabricants à la ferme se sont déjà couverts sur plus d’un an en tourteau de soja
Certains éleveurs fabricants à la ferme se sont déjà couverts sur plus d’un an en tourteau de soja - © D. Poilvet

« Le prix proposé par mon fournisseur d’aliment pour des livraisons différées et le contrat proposé pour vendre mes porcs charcutiers permettent-ils d’assurer la pérennité de mon exploitation ? » Pour François Guilllard, spécialiste des marchés au groupement Syproporcs, c’est la question que doit se poser chaque éleveur qui veut souscrire à des contrats pour s’affranchir de la volatilité des marchés, aussi bien pour ses approvisionnements que pour ses ventes. Une question que se posent régulièrement les adhérents du groupement réunis trois à quatre fois par an dans chaque département, afin d’analyser les conditions de marché et les offres qui leur sont proposées. « Pour y répondre, les éleveurs doivent connaître précisément leur coût de production en fonction du prix de leurs aliments, qu’ils soient achetés ou bien fabriqués à la ferme. Un préalable nécessaire pour ensuite calculer la marge qu’ils peuvent dégager sur les prochains mois, indépendamment des cours des matières premières et du MPB. »

En cette fin d’hiver, François Guillard avait invité le groupe finistérien au centre de formation de Saint-Segal pour faire le point sur la conjoncture. Sur la table, les offres du contrat Swapp mis en place entre Syproporcs et Herta, qui garantit à la fois à l’éleveur et au salaisonnier un prix du porc fixe sur une durée déterminée. La proposition de prix pour la période allant de janvier à juin 2016 était de 1,26 euro, hors plus-values d’abattoir. « Avec un prix cadran à 1,11 €/kg depuis trois mois, l’offre est tentante », souligne le technicien. Mais la cotation de Plérin va-t-elle augmenter ? Le cheptel espagnol est en pleine expansion et le marché russe est toujours fermé, ce qui limite les espoirs de hausse. Mais la production recule en Pologne et en Allemagne, et les marchés asiatiques sont prometteurs. « Difficile dans ces conditions de prédire ce que va faire le marché du porc breton dans les semaines qui viennent ».

Du côté des approvisionnements, des contrats à livraisons différées sont proposés à 235 €/tonne pour des aliments croissance. Pour les éleveurs fabricants à la ferme, les contrats de tourteau de soja sur 6 mois ont fortement baissé. Les céréales aussi. « Les marchés de matières premières sont caractérisés par l’abondance, tant les disponibilités sont fortes », souligne François Guillard. Les prix semblent donc être au plus bas, et ne pourront sans doute qu’augmenter dans les prochains mois. Une conjoncture a priori favorable à une contractualisation de ses achats sur plusieurs mois. "Certains éleveurs fabricants à la ferme se sont déjà couverts sur plus d’un an en tourteau de soja", confirme le technicien.

François Guillard, spécialiste des marchés Syproporcs : " Les éleveurs  doivent connaître précisément leur coût de production en fonction du prix de leurs aliments."
François Guillard, spécialiste des marchés Syproporcs : " Les éleveurs doivent connaître précisément leur coût de production en fonction du prix de leurs aliments." - © D. Poilvet

" Contractualiser pour s’affranchir de l’incertitude "

À titre d’exemple, François Guillard élabore un tableau à double entrée simulant le coût de production d’un élevage théorique avec des performances techniques dans la moyenne (2,8 d’indice, 25 porcs produits par truie), et avec 0,55 €/kg de charges fixes et opérationnelles hors aliment (voir tableau). « En combinant trois prix du porc et trois prix de l’aliment prévisibles, nous déterminons quelles sont les situations favorables et celles qui ne le sont pas. » À partir de ce constat, il compare les résultats de la simulation avec les propositions de contrats faites aux éleveurs. "À ce jour, ils permettent d’obtenir une situation équilibrée pour cet élevage théorique". L’éleveur décide alors s’il contractualise pour sécuriser sa marge, ou bien s’il tente de gagner plus en restant sur les marchés spot, en espérant un prix d’aliment plus bas ou un prix du cadran plus élevé. Mais dans cette dernière hypothèse, il peut aussi perdre de la marge si le cadran baisse ou si le prix des aliments augmente. "Dans l’instant immédiat, personne ne sait quelle tournure peuvent prendre les marchés, tellement ils sont incertains et volatils. L’intérêt de contractualiser est de s’affranchir de cette incertitude. » Tout en rappelant que la contractualisation n’est pas un moyen de gagner plus d’argent par rapport à une rémunération basée sur le MPB, mais qu’elle permet avant tout de sécuriser sa trésorerie en période difficile. "Il ne faut pas oublier qu’un contrat de type Swapp proposé par Syproporcs et Herta repose sur une relation de confiance entre les deux parties, et que chacun doit y retrouver ses intérêts sur le long terme », conclut-il.

- © Infographie Réussir

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