Réussir porc 01 mars 2007 à 15h58 | Par Claudine Gérard

Conduite d´élevage - Augmenter la surface par porc améliore les performances mais pas l´ambiance, ni le bénéfice

Des essais de l´Ifip montrent que, généralement, augmenter les surfaces en post-sevrage ou en engraissement améliore les croissances des porcs. Dans l´état actuel des choses, pourtant, les conséquences sur le bien-être, les émissions polluantes et la rentabilité sont telles que l´intérêt est nul.

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Augmenter la surface par porc en engraissement se traduit en moyenne par un gain de croissance de 24 g/j pour 0,1 m2 supplémentaire entre 0,66 m2 et 1,0 m2 par porc. En post-sevrage, l´augmentation des surfaces au-delà du niveau réglementaire (0,35 m2 contre 0,30 m2 par porcelet) entraîne une augmentation de 3 % des croissances. A l´inverse, à ce stade, une réduction des surfaces (0,26 m2 contre 0,30 m2) pénalise de 3,5 à 5 % les croissances. « Ce qui prouve à nouveau que le respect des normes de chargement est essentiel pour conserver de bonnes performances », souligne Valérie Courboulay, ingénieur à l´Ifip.
Dans tous les cas, les améliorations de performances constatées avec le respect ou l´augmentation de la surface par animal sont directement liées à une meilleure consommation d´aliment. C´est ce que démontrent les différents essais menés par l´Ifip dans les stations de recherche de Romillé (35) et Villefranche-de-Rouergue (12), essais portant sur 580 porcelets et 1554 porcs charcutiers au total.
L´amélioration des performances liées à l´augmentation de la surface par porc s´explique par l´augmentation des quantités d´aliment consommé. ©C. Gérard

Les chercheurs de l´Ifip ont mesuré que plus les porcs disposent de surface, plus ils multiplient leurs déplacements vers les nourrisseurs, plus ils fractionnent leurs repas, plus ils mangent et plus ils grossissent. A des températures « normales » (20 à 24ºC), le nombre de visites par porc au nourrisseur passe de 38 à 57 quand la surface passe de 0,66 m2 à 1,20 m2. En post-sevrage, ce nombre de visites au nourrisseur passe aussi de 29 à 34 lorsque les animaux disposent respectivement de 0,26 m2 à 0,30 m2. Quant au bien-être des animaux, la réponse est plus mitigée. Les chercheurs constatent que, généralement, les interactions agressives sont limitées à l´établissement de la hiérarchie dans la case. « On peut observer des agressions et donc plus de lésions en fin d´engraissement, quand la surface par animal est réduite, mais ce n´est pas systématique. » Et l´augmentation de la surface par porc n´entraîne pas une modification de leur activité. Tout au plus, les chercheurs constatent que plus la surface par porc est importante, moins ils observent de porcs assis, suite au dérangement par d´autres porcs.
Réduire la surface par porcelet de 0,30 m2 à 0,26 m2 pénalise les croissances de 3,5 à 5 %. ©C. Gérard

Ces résultats n´autorisent pas les chercheurs à préconiser une augmentation de la surface par porc, du moins avec le type de bâtiment conventionnel, sur caillebotis intégral, et ceci pour plusieurs raisons. Tout d´abord, les « réponses » aux augmentation de surface varient selon les conditions. Par exemple, en engraissement, lorsque la température est aux alentours de 20ºC, augmenter la surface par porc n´améliore que très peu les résultats (ce qui n´est pas le cas lorsque la température est de 24 ºC). D´autre part, en post-sevrage, si la réponse est nette pour les mâles castrés, elle l´est beaucoup moins pour des femelles. Par ailleurs, l´augmentation de la surface par porc a des effets plutôt négatifs sur l´environnement. Si la réduction de la densité (0,68 à 0,97 m2 par porc) provoque une diminution des poussières de 25 %, elle entraîne aussi une augmentation des émissions d´ammoniac de 28 % par porc produit. « Réduire le nombre de porcs par case pour une surface de préfosse identique revient à augmenter la surface d´échange par animal entre le lisier et l´air, donc la concentration en ammoniac », commentent les chercheurs.
Enfin, l´analyse économique est imparable. Comptons d´abord le surcoût d´investissement : l´Ifip a chiffré que l´augmentation des surfaces de 50 % en post-sevrage et engraissement (soit 1 m2/porc en finition) entraîne un investissement supplémentaire de 2,68 centimes d´euro par kilo de carcasse dans le cas d´investissement à neuf, « soit trois fois plus que le coût du passage des truies en groupe sur caillebotis », calcule Valérie Courboulay qui a rédigé la synthèse de l´étude. Ajoutant à cette somme l´impact sur les temps de lavage et de désinfection. il est impossible de rentabiliser le gain lié à de meilleures croissances, gain que l´Ifip évalue à seulement 0,6 centime d´euro/kg de carcasse.
Pour toutes ces raisons, les auteurs concluent : « Au-delà de la forte contrainte économique, l´augmentation des surfaces pour les animaux à l´engrais, dans les conditions actuelles de production, entre en totale contradiction avec la recherche d´une maîtrise des émissions polluantes par porc, pour un gain limité en termes de bien-être. Des bâtiments de conception nouvelle quant à la gestion des lisiers seraient à développer ».

En savoir plus
Synthèse des travaux publiés dans Techni Porc, vol 29, Nº 6, 2006.
« Le point sur les effets de la densité en post-sevrage et engraissement ».
Contact : Valérie Courboulay : valerie.courboulay@ifip.asso.fr

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