Réussir porc 02 septembre 2010 à 14h05 | Par C.Gérard

Conditions climatiques et spéculation - L’envolée du prix des céréales met les filières animales sous pression

La hausse brutale du cours des céréales début juillet va obliger les fabricants d’aliment à revoir leurs tarifs, avec un impact évident sur les coûts de production des éleveurs.

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Début juillet, la vague de canicule qui a frappé l’Europe de l’Est, la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan et les fortes pluies en Ukraine, Bulgarie, Roumanie, mais aussi Canada, où l’on prévoit une chute de 20 % des récoltes, ont conduit à une révision à la baisse des prévisions de récoltes mondiales. Au 16 août, les autorités russes prévoyaient une baisse de la récolte de céréales d’un tiers à pour se situer à 60-65  Mt contre 97 Mt en 2009, et l’Ukraine prévoit une production de 42 Mt au lieu de 46 Mt l’an dernier. Or, la région de la Mer Noire est devenue un opérateur de poids dans le commerce international. Avec 14 % des volumes mondiaux échangés d’origine russe d’après Agritel, ce pays est le 3eme acteur mondial. Le 5 août, Vladimir Poutine a annoncé la mise en place dun embargo sur les exportations de blé et produits dérivés jusqu’au 31 décembre, ceci dans le but d’empêcher l’inflation des prix intérieurs russes.

Tous ces éléments ont conduit à la crainte d’une pénurie de céréales au niveau mondial. Réel danger ou panique injustifiée ?

La plupart des observateurs relativisent l’impact de ces aléas climatiques à l’Est. Par ailleurs, les Etats-Unis anoncent de belles récoltes en volume et en qualité et, se disposent à compenser les défaillances du bassin de la Mer Noire auprès des pays importateurs. Contrairement à 2007, les stocks mondiaux ne sont pas au plus bas.Jean-Michel Adenot, directeur de la coopérative Garun-Paysanne (22) fait les comptes:  entre juin 2007 et juin 2008, les stocks mondiaux de céréales étaient estimés à 63 jours et l’on parlait de pénurie. En juin 2009, ils étaient de 77 jours et les prix baissaient. Et pour juin 2011, les estimations sont de 76 jours « donc pas de quoi justifier une envolée des prix ! ». De même, mi-août, le CIC (Conseil international des céréales), prévoyait, malgré la baisse de la moisson mondiale 2010, un stock de report des céréales de 192 Mt, le deuxième le plus élevé de ces 5 dernières années.

D’abord un phénomène de spéculation

« Comme en 2007, ce sont surtout les spéculateurs qui font flamber les cours , déplore Hervé Vasseur, président de l’Association des fabricants d’aliments bretons (Afab),  « Le marché des actions n’étant pas très bon, ils s’orientent donc vers les matières premières, et en particulier les céréales. » . Or, le marché boursier des grains impacte directement le marché physique, y compris français. Ce qui explique la progression du cours « blé rendu Rouen » de 125 €/q début juillet à plus de 200 € début août. « Le blé a presque doublé en quatre semaines. C’est du jamais vu ! »  renchérit le fabricant. Même en 2007, cela n’était  pas arrivé aussi vite. De plus, le blé entraîne dans son sillage les autres céréales (triticale, seigle, orge), le maïs et même le soja. Tout est bon pour spéculer. « Les enseignements de la crise de 2007 n’ont pas été tirés, loin s’en faut »  regrette Hervé Vasseur. « Rien n’a été fait pour mettre le holà aux spéculations sur les matières premières alimentaires. »

Les fabricants d’aliment le dos au mur

Les fabricants d’aliments qui ont l’habitude de lisser leurs achats de matières premières avec des échéances plus ou moins lointaines, sont aujourd’hui impuissants face à de telles variations en période de récolte où ils sont peu couverts. Fin juillet Coop de France pronostiquait un surcoût de 20 € en aliment porcs.  «  Au bout de leurs possibilités en termes de compression de marge et de facilités de trésorerie aux éleveurs, les fabricants d’aliments n’auront pas d’autres possibilités que de répercuter rapidement ces hausses sur leurs tarifs d’aliment » avertit Coop de France Pôle Animal qui réclame la remise sur le marché des stocks d’intervention d’orge constitués l’hiver dernier. Coop de France demande que ces stocks, 5,6 Mt en Europe et 1 Mt en France, soient mis à disposition de l’industrie de l’alimentation animale par la Commission européenne, à prix coûtant, « de manière à atténuer l’envolée des cours céréaliers pour le bénéfice des filières animales. t Evoquant le rôle de l’intervention, plusieurs ditigeants d’usines d’aliment du bétail protestent   « Autant il était logique que l’intervention joue son rôle de filet de sécurité lorsque les céréales flirtaient avec les 100 €/t, autant il est illogique de créer une rétention de produit totalement artificielle. » _courant juge Jean-Michel Adenot.

En tout état de cause, Coop de France, qui représente les coopératives impliquées dans les filières de production de viandes et de la nutrition animale réclame, pour l’équilibre économique des filières," une meilleure valorisation aval des produits animaux et une distribution de la hausse inéluctable des prix au consommateur.

 

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