Réussir porc 25 octobre 2006 à 15h00 | Par Claudine Gérard

Anne-Marie Crolais - « L´engagement est une richesse ! »

Après 30 ans de vie syndicale*, Anne-Marie Crolais, éleveuse de porcs dans les Côtes-d´Armor, a décidé de passer le relais. Regards sur des années de militantisme paysan, de défense des producteurs de porcs et conseils aux plus jeunes !

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Quel bilan faites-vous de ces années de syndicalisme ?
Anne-Marie Crolais - L´engagement vaut d´être vécu parce qu´il est indispensable à la défense de nos professions, mais aussi parce que c´est une formidable école de formation et source de richesse personnelle. J´ai moi-même beaucoup reçu, énormément appris au cours de ces années. Le syndicalisme permet de confronter des points de vue, d´avoir des idées. Il m´a, par exemple, permis de sentir très tôt le besoin de la population de venir se ressourcer à la campagne, et l´intérêt de l´agro tourisme qui permet de dégager un revenu supplémentaire et de valoriser notre patrimoine rural, plutôt que le laisser filer aux mains des étrangers.
Mais le syndicalisme, c´est aussi évidemment le moyen de défendre la production en allant voir le monde qui nous entoure. Ce qui se passe à l´extérieur de la porcherie est aussi important que ce qui se passe à l´intérieur. Certes, les producteurs doivent être présents dans leur élevage et travailler pour être toujours meilleur techniquement. Mais ils doivent aussi avoir à l´esprit que leur condition d´éleveur, d´agriculteur, est complètement liée à ce qui se passe « à côté ! ».

C´est pourquoi je demande aux éleveurs, aux plus jeunes, de ne pas rester cloîtrés dans leur élevage, ne pas vivre sous les néons. Ils doivent aller voir le monde tel qu´il est, pas comme ils voudraient qu´il soit.
Quel conseil donneriez vous à ceux qui prendront la relève ?
Ne pas s´enfermer dans un ghetto. Nous devons défendre notre profession au sein de la famille paysanne. Nous, producteurs de porcs, sommes peu nombreux dans la population agricole. Nous devons veiller à ne pas avoir une attitude trop sectorielle et ne pas nous isoler à la fois des autres productions agricoles, mais aussi du reste du monde rural. Il est essentiel que nous puissions ouvrir nos portes à la population. Je le fais chaque vendredi de l´été pour les touristes et, croyez -moi, ils repartent conquis.
Anne-Marie Crolais : « Le monde agricole gagnerait en image s´il y avait plus de femmes pour le représenter. » ©C. Gérard

Vous avez été quasiment la seule femme dans un monde d´homme. Comment l´avez-vous vécu ?
Souvent difficilement ! Le milieu porcin est un milieu misogyne. Les femmes sont très actives dans les exploitations, mais très peu présentes dans les instances. Pourtant, la production gagnerait à leur laisser les rènes. Tout d´abord parce qu´elles sont plus positives, plus constructives que les hommes, et parce qu´elles ont des compétences indiscutables dont on ne parle pas assez. Ensuite, je crois que la présence de plus de femmes donnerait une image de la production à la fois plus représentative de ce qu´elle est, mais aussi plus douce, moins arrogante. Mais c´est à nous, les femmes, de nous faire notre place et nous imposer par nos compétences et notre dynamisme.
Vous avez toujours défendu l´exploitation familiale. Pensez-vous que ce modèle se justifie encore ?
Il n´y a pas de modèle unique. L´essentiel est de maintenir un système de production où les hommes et les femmes restent responsables de leur outil de travail. L´installation est un choix professionnel et un choix de vie. Il ne s´agit pas de courir après le nombre de cochons. Des élevages de taille modeste peuvent être économiquement viables dans la mesure où les conditions économiques sont réunies pour compenser les handicaps. Les organisations telles que les groupements de producteurs, les coopératives, les Cuma, le MPB. sont à même de faire en sorte que le modèle familial ne soit pas pénalisé. Là encore, il appartient aux éleveurs de défendre leurs outils avec cet objectif d´épanouissement.
Pouvez-vous nous citer l´un de vos meilleurs souvenirs et l´un de vos plus mauvais ?
Mes plus mauvais souvenirs sont ceux où les actions syndicales ont débouché sur de la violence. Même si je suis consciente que, dans certaines conditions, c´était parfois la seule façon de nous faire entendre et qu´il fallait passer par là, j´ai toujours souffert de l´image qu´on laissait derrière nous. De même, j´ai mal vécu les accusations de pollueurs des producteurs de porcs et c´est une des raisons pour lesquelles je m´engage dans la vie politique. Quant aux bons souvenirs, ce sont les grandes avancées que nous avons pu créer, telles que Uniporc, la transparence du marché. Et plus localement, le soutien, la défense des éleveurs auprès de l´administration ou des banques dans le cas de difficultés ou d´installations, restent des moments très forts.

* voir article « Anne-Marie Crolais, femme engagée et volontaire » du 24 octobre 2006.

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