Réussir porc 10 juin 2005 à 16h46 | Par Dominique Poilvet

Alimentation des porcs - Une étude réalisée par l´ITP montre que le maïs humide fait des gras de bonne qualité

Nourrir les porcs avec 72 % de maïs ne pose aucun problème de qualité des tissus gras pour la transformation. Une étude réalisée par l´ITP dans 12 élevages utilisateurs de maïs humide le prouve.

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La plupart des cahiers des charges imposent des contraintes maximales d´incorporation de maïs dans les formules afin de ne pas altérer la qualité des gras à la transformation. « Ces contraintes sont totalement injustifiées pour le maïs humide », affirme Julien Albar, qui présentait une étude réalisée par l´ITP lors d´une journée Airfaf à Pau le 4 mars dernier. Selon les conclusions de cette étude, il est possible de nourrir les porcs avec 72 % de maïs et d´obtenir une qualité des tissus gras conforme aux exigences de la transformation.
Cette limitation de l´incorporation du maïs s´appuie sur la nécessité de limiter le taux d´acide linoléique à 14,6 gramme par kilo d´aliment à 86 % de matière sèche (1,7 % de la matière sèche), un seuil nullement remis en cause par l´ITP. L´acide linoléique est un acide gras insaturé qui a la particularité de donner des gras mous, huileux, sensibles à l´oxydation et donc au rancissement. Ces gras de mauvaise qualité se rencontrent quand le taux d´acide linoléique dépasse 15 % du total des acides gras présents dans les tissus adipeux des porcs.

Or, le maïs contient beaucoup d´acide linoléique (deux à trois fois plus que le blé ou l´orge). En théorie, c´est donc une matière première à risque qu´il convient de limiter pour éviter une détérioration de la qualité des tissus gras. « En théorie seulement car, dans la France entière, beaucoup d´éleveurs travaillent avec des formules à plus de 70 % de maïs humide sans que le gras des porcs issus de ces élevages pose des problèmes de qualité », précise Julien Albar.

Un taux d´acide linoléique au-dessous du seuil critique
Une affirmation qu´il démontre par des chiffres sans équivoque issus d´une enquête réalisée dans 12 élevages (1) qui utilisent du maïs humide à plus de 65 % dans leurs formules charcutiers. Sur 144 prélèvements de tissus adipeux réalisés sur des animaux présentant le plus de risque d´obtenir des gras de mauvaise qualité (des femelles les plus maigres), seulement 8 présentaient un taux d´acide linoléique dépassant 15 % du total des acides gras. Le taux d´acide linoléique moyen de l´ensemble des prélèvements n´est que de 11,8 %, largement au dessous du seuil critique.
A la lecture des analyses chimiques des maïs et des formules alimentaires utilisées, on comprend tout de suite pourquoi les gras sont d´aussi bonne qualité : « alors que les tables de formulation Inra indiquent un taux d´acide linoléique dans le maïs de 17,8 g/kg à 86 % de matière sèche, les valeurs analysées sur les maïs utilisés chez ces éleveurs ne sont que de 13,5 g/kg seulement », note Julien Albar. Les aliments reconstitués ne contiennent que 1,17 % d´acide linoléique, contre 1,45 % en théorie.

« Nous nous situons donc loin au-dessous du seuil des 1,46 % au delà duquel la qualité des gras se détériore », constate-t-il. Il faut cependant souligner que les formules utilisées sont exemptes d´autres matières premières riches en acide linoléique : « de forts taux d´incorporation de maïs ne doivent pas être associés à des matières premières « à risque » telles que les huiles ou les graines d´oléagineux, comme le tournesol », précise Julien Albar. De plus, il semblerait que les variétés de maïs utilisées dans le Sud-Ouest de la France contiennent moins d´acide linoléique que celles cultivées dans le nord. « Un classement des maïs selon leur teneur en matière grasse, ou plus précisément selon leur teneur en acide linoléique permettraient aux formulateurs d´utiliser des valeurs plus précises que celles actuellement disponibles. »
Dans certains cas, les teneurs en acide linoléique des maïs seraient surestimés. ©D. Poilvet

Les qualités des gras sont également différents selon que le maïs est utilisé en sec ou en humide. « Pour des taux d´utilisation de maïs identique, les porcs nourris avec du maïs sec ont des teneurs d´acide linoléique dans leur gras de bardière supérieures à celles des porcs nourris avec du maïs humide, sans pour autant dépasser le seuil des 15 % », indique Jean-Georges Cazaux, chercheur à l´Adaeso. Il semblerait donc que le séchage des grains à la récolte augmente la disponibilité de l´acide linoléique du maïs.
La conduite d´élevage des porcs dans le Sud-Ouest peut aussi expliquer des taux d´acide linoléique inférieurs : « L´alourdissement des carcasses, une alimentation plus libérale des femelles, l´utilisation de génétiques moins conformées et la prise en compte dans certains cahiers des charges d´une épaisseur de lard minimale sont des facteurs favorables à une amélioration de la qualité des gras », ajoute Julien Albar.

Cette étude ne remet donc nullement en cause la teneur en acide linoléique maximale des aliments (1,7 % de la matière sèche). Les chercheurs ont, par contre, voulu prouver que la limitation du maïs imposée dans certains cahiers des charges est souvent injustifiée, surtout quand les éleveurs utilisent le maïs humide avec uniquement du tourteau de soja et du CMV.


(1) 4 élevages en Aquitaine, 3 en Rhône-Alpes, 2 en Alsace, 1 en Poitou-Charentes, 1 en Pays de la Loire, 1 en Bretagne.

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