Réussir porc 07 mars 2006 à 10h46 | Par Réussir Porcs (C. Gérard)

Alimentation des porcelets : des essais sérieux restent à mener sur les quantités d´aliment 1er âge

En station expérimentale, les études portant sur les quantités d´aliment 1er âge optimales sont rares. et fournissent des résultats contradictoires. De nouveaux essais, suivant des protocoles sérieux, s´avèrent aujourd´hui nécessaires pour conclure objectivement.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Il est aujourd´hui impossible de s´en remettre aux essais officiels des instituts pour juger de l´intérêt technique et économique des quantités d´aliment 1er âge distribuées aux porcelets, tant les essais sont rares, et tant les conclusions sont partielles ou contradictoires.
En 2001, l´ITP publiait les résultats d´un essai mené par Didier Gaudré à la station de Romillé (1). Cet essai comparait la distribution de l´aliment 1er âge aux porcelets jusqu´à 10, 12 ou 14 kg de poids. Il montrait que l´augmentation des quantités de 1er âge conduisait à une amélioration des croissances des porcelets sur toute la période de post-sevrage, même s´il s´agissait de porcelets lourds au sevrage. D´ailleurs, Didier Gaudré constatait un effet d´autant plus important que les porcelets étaient lourds au sevrage : la différence de croissance était de 49 g/j pour les porcelets les plus légers (7,2 kg au sevrage), et 65 g/j pour les plus lourds (10,4 kg au sevrage) lorsque l´aliment était distribué jusqu´à 10 ou 14 kg.

L´auteur soulignait toutefois que ce phénomène pouvait être lié au protocole puisque les porcelets lourds au sevrage du lot « passage à l´aliment 1er âge à 10 kg de poids » ne recevaient finalement que des quantités infimes de 1er âge. L´indice de consommation et l´homogénéité étaient aussi améliorés, bien que de façon non significative, par l´augmentation de la durée d´alimentation au 1er âge.
Les conclusions des essais n´ont de sens que si la période étudiée va jusqu´à la vente. ©C. Gérard

Mesurer l´impact sur la période sevrage-vente
En revanche, l´intérêt économique d´une distribution prolongée d´aliment 1er âge n´apparaissait pas évident. Sachant que les différences d´indices de consommation étaient minimes, seules les croissances supplémentaires pouvaient compenser le surcoût alimentaire d´un programme de 1er âge jusqu´à 14 kg de poids. Avec les valeurs retenues à l´époque, c´est-à-dire une différence de prix entre l´aliment 1er âge et le 2e âge de 0,40 ?/kg d´aliment, il fallait une valorisation du kilo de poids vif du porcelet de 1,07 à 2,59 ? (selon le poids de sevrage) pour compenser le surcoût alimentaire. Mais ces conclusions ne valent que si l´on considère l´avantage acquis terminé en fin de post-sevrage. Les conséquences sur la période sevrage-vente n´ont pas été étudiées dans cet essai, et Didier Gaudré concluait d´ailleurs que c´est surtout la façon dont se répercute le gain de poids obtenu en fin de post-sevrage sur le poids en fin d´engraissement qui conditionnera l´intérêt ou non de prolonger ou non la distribution de 1er âge.
Des éléments ont été apportés au PFEAM (2) de Bernussou (Aveyron) où Unicor et CCPA ont mené un essai entre février 2004 et mars 2005. Il s´agissait de comparer deux programmes alimentaires en post-sevrage et leurs conséquences jusqu´à la vente des porcs charcutiers. Le régime « témoin » était « classique », avec 2 kg d´aliment starter (Eclaforce), 5 kg d´aliment 1er âge (Eclapro) suivis d´un 2e âge standard à 1,1 % de lysine digestible. Le régime expérimental ne comportait que 4 kg d´Eclapro, suivis d´un 2e âge « déconcentré » en énergie et lysine (0,92 % lysine digestible). Dans cet essai, comme à Romillé, les porcelets recevant plus d´aliment 1er âge ont des croissances supérieures au cours des trois semaines qui suivent le sevrage.
Mais à l´inverse des observations de Didier Gaudré, et bien que recevant un aliment 2e âge moins riche, les porcelets du lot expérimental ont quasiment rattrapé tout leur retard en fin de post-sevrage grâce à une croissance 49-77 jours supérieure de 45 g/j par rapport au lot témoin. En engraissement, les croissances des deux lots sont rigoureusement identiques, ce qui fait qu´au final, les croissances sevrage-vente ne diffèrent pas entre les deux lots. Sachant que le TVM est identique dans les deux lots (61,2), le programme alimentaire expérimental a permis une économie nette de 1,83 ? par porc.
Patrick Sales, formateur en élevage au pôle de Bernussou commente ces résultats : « La conclusion principale de cet essai est que le régime allégé en post-sevrage n´a pas pénalisé les performances à l´abattage. (.) Bernussou affiche des conditions que l´on peut qualifier de moyennes. (.) Dans ces conditions, les porcs ne valorisent pas mieux un aliment haut de gamme qu´un aliment déconcentré puisque le facteur limitant se situera ailleurs. »
Enfin, plus récemment, la station expérimentale des Trinottières, en Vendée, publiait les résultats d´un essai qui avait consisté à comparer l´impact de trois niveaux de distribution d´aliment 1er âge, niveaux comparés à celui de la « règle des 14 kg ». Elle consiste à apporter une quantité d´aliment telle que le poids de sevrage du porcelet additionné du poids d´aliment 1er âge fasse un total de 14. L´essai comparait ainsi la règle des 10, 12 et 14.

Malheureusement, en raison du protocole suivi, il est objectivement impossible de conclure sur cet essai. La variabilité de résultats entre les trois bandes successives qui ont fait l´objet de mesures, le faible nombre de données (pesées par case) sont deux facteurs qui, entre autres, rendent toute conclusion pour le moins contestable. On devra donc patienter, car la station des Trinottières renouvelle actuellement ce même essai, mais avec des pesées individuelles, et un protocole plus rigoureux. Florence Maupertuis annonce la publication des résultats sevrage-vente pour juin. Elle constate déjà que les croissances en nurserie (S à S+28) sont liées à la quantité d´aliment 1er âge distribuée, mais que, les porcelets rattrapant ensuite leur retard, les poids en sortie de post-sevrage (S+49) sont identiques pour les trois conduites alimentaires.
En attendant, les débats se poursuivent et rien n´est prouvé, en tout cas dans les stations officielles.


(1) techni porc, Vol 24 Nº 1.2 001
(2) Pôle de formation en élevage et agro-équipment machinisme, Villefranche-de-Rouergue.

Pour en savoir plus
Voir dossier « Le 1er âge, aliment stratégique » de Réussir Porcs de février 2006.
Quels niveaux nutritionnels, quelles quantités par porcelet, avec ou sans poisson. ? Jamais l´aliment de sevrage n´a autant suscité de prises de positions contrastées entre fabricants. Ce dossier fait le tour de la question au travers de témoignages et reportages. (R. Porcs nº124, 18 pages).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui