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Acidification des lisiers porcins : pourquoi cette technique suscite-t-elle autant de questions ?

Une étude de la chambre d’agriculture de Bretagne montre que l’acidification des lisiers est reconnue pour ses atouts environnementaux. Mais elle suscite des interrogations sur ses effets et sa mise en œuvre.

L’acidification des lisiers et digestats à l’épandage a fait ses preuves pour réduire les émissions d’ammoniac et limiter ses principaux impacts : eutrophisation et acidification.

Mais une enquête menée auprès de 31 participants (agriculteurs, conseillers et acteurs du secteur) met en évidence des opinions partagées entre intérêt agronomique et mise en application.

1-Des performances agro-environnementales reconnues mais discutées

Sur le plan agronomique, la réduction de la volatilisation de l’ammoniac apparaît comme le bénéfice le plus largement reconnu. Pour les participants, cet effet est souvent considéré comme factuel et non discutable. En revanche, les avis sont plus nuancés concernant l’impact sur les rendements ou sur la maîtrise de la fertilisation. Certains estiment que les bénéfices restent comparables à des pratiques déjà existantes. Plusieurs évoquent par exemple l’enfouissement comme une option privilégiée. D’autres rappellent que les effets agronomiques peuvent varier selon les cultures ou les périodes : l’impact positif est parfois observé sur maïs, mais sans vraiment voir de « différence sur d’autres périodes ou céréales ».

2-Des interrogations persistantes sur la vie du sol

La question des effets sur les sols constitue un autre point de vigilance important pour les participants. Les impacts sur le statut acido-basique et sur la biologie du sol suscitent des avis mitigés et de nombreuses interrogations. L’idée d’apporter de l’acide sulfurique dans les effluents interpelle certains agriculteurs. « L’acide sulfurique fait peur, surtout sur le long terme », résume l’un d’eux. D’autres soulignent le manque de recul scientifique sur les effets cumulés de la pratique. Plusieurs participants évoquent également la situation de sols déjà naturellement acides. Dans ces contextes, l’apport d’acide peut paraître contre-intuitif : certains agriculteurs rappellent qu’ils doivent régulièrement chauler leurs parcelles pour corriger le pH. L’absence de visibilité sur les effets à long terme renforce ces inquiétudes.

3-Praticité, sécurité et acceptabilité : les principaux freins

C’est toutefois la question de la mise en œuvre qui suscite les réactions les plus nombreuses. Les participants pointent d’abord les aspects économiques : coût élevé du matériel, achat de l’acide, organisation du chantier ou encore éventuelle hausse des assurances. Le recours à une prestation apparaît comme une option pour tester la technique sans investissement individuel (Cuma ou ETA). La logistique de l’épandage interroge également. Pour certains, la technique apparaît comme une source de complexité supplémentaire dans des exploitations déjà contraintes par le temps. Mais le principal frein évoqué concerne la sécurité liée à la manipulation de l’acide. Plusieurs participants imaginent des scénarios d’accident ou de transport routier. Au-delà des risques techniques, l’acceptabilité sociale de la pratique est aussi questionnée. « Aujourd’hui, c’est compliqué quand tu passes avec un pulvé, alors de l’acide… », estime un participant.

Marie Couasnon, marie.couasnon@bretagne.chambagri.fr

« Une motivation à s’équiper encore très limitée »

 

Marie Couasnon, Chambre d’agriculture de Bretagne

L’intention d’adopter la technique d’acidification des lisiers reste faible parmi les acteurs du monde agricole interrogés dans cette enquête. Aucun n’a indiqué qu’il utiliserait directement l’acidification pour l’épandage. Les réponses se répartissent entre refus, hésitation et absence d’opinion. Pour les plus ouverts, l’adoption serait envisageable sous certaines conditions, notamment si l’équipement est porté collectivement par une structure comme une Cuma ou une entreprise de travaux agricoles.

Plusieurs participants soulignent également la nécessité de disposer de davantage de retours d’expérience avant de se positionner. Dans l’immédiat, beaucoup préfèrent attendre des résultats complémentaires ou comparer la technique à d’autres solutions disponibles, comme les inhibiteurs de nitrification ou les pratiques d’enfouissement.

Côté web

L’étude complète est disponible sur le site de la chambre d’agriculture de Bretagne

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