« J’ai passé l’été sans affourager mes brebis » : sorgho, moha et millet, des espèces à semer pour l’été prochain ?
Semées au printemps, les dérobées d’été ont démontré toute leur utilité en cet été particulièrement sec et chaud. Sorgho, moha et millet prennent le relais quand la pousse de l’herbe est à l’arrêt, constituant une ressource à pâturer pour les brebis au cœur de l’été.
Semées au printemps, les dérobées d’été ont démontré toute leur utilité en cet été particulièrement sec et chaud. Sorgho, moha et millet prennent le relais quand la pousse de l’herbe est à l’arrêt, constituant une ressource à pâturer pour les brebis au cœur de l’été.
Sorgho, moha et millet sont des graminées originaires d’Afrique et d’Asie, capables de pousser par temps chaud et sec. Dans des conditions caniculaires comme celles de l’été 2026, ces espèces prennent le relais des prairies quand la pousse de l’herbe est à l’arrêt. Très productives, elles constituent de bonnes ressources à pâturer pour les brebis. Tour d’horizon de ces espèces appelées à devenir de plus en plus communes en France.
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Expérimenter le pâturage du sorgho par les brebis
Eleveur de 330 brebis Préalpes du Sud dans la Drôme, Frédéric Andéol expérimente depuis cinq ans la culture de sorgho fourrager multi-coupe. Installé sur des sols très séchants, l’éleveur est depuis toujours confronté au manque de ressources à pâturer l’été. « La sécheresse est un problème structurel sur l’exploitation », explique celui qui avait l’habitude faire pâturer ses brebis en forêt. Mais les sous-bois commencent eux aussi à montrer leurs limites l’été, sans compter sur la menace de la prédation. « J’ai donc testé différentes espèces pour combler l’absence d’herbe du 20 juin au 20 août. » La chambre d’agriculture de la Drôme cherchait justement des agriculteurs partants pour tester la culture de sorgho.
Installé dans la Drôme sur des sols séchants, Frédéric Andéol expérimente depuis cinq ans la culture de sorgho. Crédit : F. Andéol
Bonne levée du sorgho malgré la sécheresse
Cette année, Frédéric a semé 12 hectares de sorgho autour du 20 mai, dans des conditions assez peu favorables, juste avant la première canicule de l’année. « Le sorgho n’a eu que 20 millimètres de pluie, mais a tout de même fait une levée correcte. Durant tout le premier cycle de production, il n’a pas reçu de pluie. C’est impressionnant comme cette plante est capable de descendre profondément pour chercher de l’eau. »
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Les brebis ont fait un premier passage autour de 60 jours après le semis. « Après ça, par miracle, 70 millimètres de pluie fin juillet ont permis de relancer la pousse. » Le 2e passage des brebis commence fin août… bien plus tardivement que les années précédentes, où il commençait début août. « Les années précédentes, je faisais toujours trois passages. Cette année, tout dépendra de l’arrière-saison. » Frédéric estime le rendement de cette année à six tonnes de matière sèche par hectare. Rendement qui peut monter à dix tonnes durant une année normale, avec trois cycles de production.
Pâturage des brebis au 20 juillet dans du sorgho Sudan-grass. Crédit : F. Andéol
Une économie de travail et de fourrage
Ses 330 brebis pâturent 4 hectares en dix jours. Elles sont gestantes, avec un agnelage fin septembre. « Elles sont restées en bon état tout l’été », assure l’éleveur. Mais après deux mois de sorgho, une petite lassitude s’est fait sentir face à ce menu monotone. « Elles s’arrêtaient pour regarder une prairie naturelle toute proche quand je les rentrais à la bergerie », reconnaît Frédéric, qui envisage de semer du sorgho en mélange avec d’autres espèces l’année prochaine, pour casser cette monotonie. « Bien sûr, les plantes miracles n’existent pas. Mais le sorgho est une plante très productive, et en faire pâturer cet été m’a permis d’économiser du fourrage et du travail. »
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Vigilance sur la toxicité du sorgho pour les brebis
L’éleveur souligne deux points de vigilance : d’une part, l’explosivité de sa production. « Quand je semais un hectare d’un coup, j’étais toujours débordé par la pousse. » D’autre part, sa toxicité. Les variétés précoces, comme le Sudan grass, sont toxiques en-dessous de 50 centimètres, tandis que les variétés hybrides, plus tardives, le sont sous 70 centimètres.
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Pour parer à ces deux problèmes, Frédéric recommande de combiner des variétés précoces et tardives. « Il y a une grande variabilité de précocité entre variétés. Il peut y avoir un écart de 10 à 25 jours. » Semer trois variétés différentes permet d’étaler la pousse du sorgho et ainsi de toujours avoir des parcelles au bon stade.
Parcelle de sorghos hybrides, de variétés porthos et bovital, fin juillet 2026. Crédit : J-P. Manteaux.
« On réalise ainsi une chaîne de pâturage », complète Jean-Pierre Manteaux, conseiller fourrage à la Chambre d’agriculture de la Drôme. « Il est recommandé de semer 60% de la parcelle en précoce et 40% en tardif. Les précoces ont un rendement de 2 à 3 tonnes de matière sèche par cycle. Les tardives ont des rendements encore plus hauts, de 4 à 5 tonnes par cycle, mais ont parfois du mal à atteindre les 70 centimètres. » Le pâturage au filet est un autre indispensable pour éviter le gaspillage.
Moha et millet font leur preuve au Mourier
Le pâturage de moha et de millet a été expérimenté cet été à la ferme du Mourier, en Haute-Vienne. « C’étaient les seules parcelles encore vertes cet été », témoigne Julie Teulade, chargée d’études au Ciirpo. « Ce sont des espèces intéressantes pour répondre au changement climatique, qui poussent avec très peu d’eau. » Moha et millet ont été semés le 22 mai sur un demi-hectare chacun, en pur. Sur chaque parcelle, un lot de 30 brebis a pâturé du 21 juillet, soit 60 jours après implantation, au 16 août. Les brebis n’y ont fait pour l’instant qu’un seul passage, en trois paddocks successifs.
Seuls le moha et le millet étaient encore verts le 16 juillet 2026. Crédit : Ciirpo.
Le test s’est avéré concluant puisqu’aucun autre apport alimentaire n’a été nécessaire pour les brebis, alors à l’entretien. « Ces espèces conviennent bien à des brebis avec des faibles besoins », précise Julie Teulade. « Le pâturage de moha comme de millet a permis de maintenir leur poids et leur état. » En plein cœur de l’été, au 31 juillet, le rendement du millet était de 6,7 tonnes de matière sèche par hectare, avec 25% de matière sèche, et celui du moha à 5,8 tonnes, avec 31% de matière sèche.
Julie Teulade souligne la simplicité technique de ces cultures. « Il suffit de semer, ça pousse tout seul. Rien de plus simple. » Contrairement au sorgho, aucune précaution particulière n’est à prendre. « Ces espèces n’ont aucune toxicité, et on ne retrouve pas de repousses sur la parcelle d’une année sur l’autre. » La disponibilité des semences peut cependant être un problème.
Le saviez-vous ?
En dessous d’une soixantaine de centimètres, le sorgho contient de la dhurrine, une substance toxique pour les brebis, pouvant occasionner des paralysies respiratoires. Pour estimer la hauteur d’un sorgho, et donc sa potentielle toxicité, repérer la feuille entièrement sortie la plus haute. La mesurer sans la toucher, dans l’arrondi. Pour un sorgho précoce, attendre qu’il ait atteint 50 centimètres pour le faire pâturer, et pour un sorgho tardif, 70 centimètres.