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Les rations tout foin peuvent faire chuter le TB

Au Gaec des Muguets
en Haute-Savoie. Risque
de fermentations ruminales
altérées et teneur élevée
en acides gras insaturés :
les rations à base de foin
ne protègent pas des risques
de chute de TB.

Des vaches nourries au foin qui accusent des chutes de taux butyreux. Tel est le paradoxe auquel est confronté le Gaec des Muguets, en Haute-Savoie. Pas si surprenant à y regarder de près tant les rations à base de foin ne sont pas une absolue garantie de fermentations ruminales stables.

Début 2011, le Gaec des Muguets (95 vaches pour 850 000 litres de lait produit) décide de changer de fournisseur d’aliment, auquel il achète du mash, afin d’optimiser le coût de revient de la ration. Dans le même temps, les éleveurs augmentent la distribution de concentré aux deux robots dans le but d’accroître la fréquentation. L’effet est spectaculaire: une semaine après ce changement, le TB a chuté de 38,5 grammes par litre à 34,5. À l’opposé du but espéré, la fréquentation des robots a baissé et des problèmes sanitaires sont apparus après quelques semaines (cellules, boiteries).

Quelques mois plus tard, en octobre 2011, le Gaec revient chez son premier fournisseur mais pas exactement avec le même mash car l’impératif économique reste. Le TB remonte entre 37 et 38. Il n’a pas retrouvé son niveau initial mais l’état sanitaire s’est nettement amélioré.

Il faut tout faire pour limiter le tri par les vaches

Située dans l’avant-pays savoyard, l’exploitation est engagée dans l’IGP tomme de Savoie.

Au menu quotidien des vaches, dans la mélangeuse : foin de luzerne (1,5 kg de 1re coupe et 4 kg de 2e coupe) ; foin ventilé (2,5 kg de 1re coupe et 1,5 kg de regain) ; 2,1 kg de mash ; 4 kg de maïs moulu (ou ensilage d’épis pendant l’hiver); 2 kg d’orge ; 2 kg de tourteau à 41 % de MAT; 600 g de mélasse. De l’aliment VL est donné au robot (de 2 kg à 4,5 kg par vache).

« On distribue une fois par jour et on ne repousse pas, indique Frédéric Rannard, l’un des cinq associés. Le fait de repousser donnait l’occasion aux vaches de trier encore un peu plus. » Le tri. C’est bien là où le bât blesse avec le foin. « Le tri est au coeur du comportement des vaches. Il faut tout faire pour le limiter », explique Yves Debeauvais, vétérinaire spécialisé en vaches laitières.

Les rations à base de foin, très sèches, sont particulièrement faciles à trier. D’autant plus ennuyeux qu’elles sont fréquemment acidogènes car fortement complémentées avec des céréales. En outre, avec ces rations sèches, si le système d’abreuvement est déficient, les vaches ne boivent pas suffisamment, exposant encore plus le rumen à l’instabilité. Et, enfin, on peut avoir « une fibrosité insuffisante avec des foins très précoces ». Bref, ces rations sont souvent à la limite de l’instabilité ruminale, voire de l’acidose. Un rien peut les faire basculer.

« La distribution de ces rations et le mode d’accès à l’auge est d’une très grande importance. Il faut donner de petites quantités très souvent », poursuit le vétérinaire.

Et quand on distribue à la mélangeuse? « Il faudrait que l’ingestion soit répartie de la façon la plus homogène possible sur la journée, et les vaches libres de s’organiser. »

Le système de circulation feed first surexpose l’auge

Alors, que s’est-il passé au Gaec des Muguets quand le mash a été changé ? Pourquoi cette chute brutale du TB? « On donne une ration très sèche, très facile à trier, avec du maïs très fin. Elle est distribuée une seule fois par jour, dans une auge creuse où les vaches peuvent trier. Toutes les conditions sont réunies pour que le rumen soit instable », résume Yves Debeauvais.

Le système de circulation des animaux, imposé par les robots (de type feed first) aggrave le phénomène parce qu’il « surexpose l’auge ». Quand elles sortent de la stalle, les vaches franchissent une porte intelligente qui les renvoie vers la table d’alimentation. Pour aller se coucher, elles doivent passer une deuxième porte. Elles ont tout le loisir d’aller boulotter plutôt que d’aller se reposer, action plus contraignante. « La façon dont les vaches s’organisent dans la journée pour aller manger, se reposer, etc, est fondamentale. Le robot génère une contrainte qui pèse sur leur organisation mais aussi sur le système d’alimentation. »

L’acide linoléique également en cause dans la chute du TB

Pour autant, si les fermentations ruminales sont à l’évidence altérées, au moins à certaines périodes, ce n’est pas suffisant pour expliquer les chutes du TB. On a longtemps considéré qu’elles étaient provoquées par un manque de fibres dans la ration. Les choses paraissent aujourd’hui plus complexes.

Deux conditions sont nécessaires pour perturber la synthèse de la matière grasse dans la mamelle. Premièrement, une fermentation ruminale altérée. Deuxièmement, la présence d’acides gras polyinsaturés (AGPI) dans l’alimentation, essentiellement l’acide linoléique (voir encadré). Or, lorsque le Gaec des Muguets a changé de fournisseur, le nouveau mash contenait une grande proportion de drêches de brasserie, riches en acide linoléique.

En parallèle, l’augmentation de la part de concentré a aggravé l’instabilité ruminale. Ces deux modifications conjuguées ont fait chuter le TB. Le retour à un mash moins riche en drêches et à moins de concentré au robot ont permis au TB de remonter partiellement.

En mai dernier, une rechute est survenue lorsque l’ensilage d’épis de maïs a été remplacé par du maïs moulu, plus riche en acide linoléique et plus acidogène.

Courant août, les éleveurs ont ajouté un point d’abreuvement dans la stabulation et lâché les vaches à l’extérieur. Le TB est nettement remonté. « Les vaches peuvent s’organiser et aller se reposer. Une vache, c’est en se reposant qu’elle valorise sa ration », interprète Yves Debeauvais. La panse fonctionne mieux. Une attention de tous les instants avec des troupeaux en permanence sur la corde raide.

 

L’acide linoléique n’est pas votre ami

Le syndrome de dépression de la matière grasse du lait (DMGL) - nom « officiel » des chutes de TB - sont un phénomène fréquent en élevage laitier. Pendant longtemps, il a été attribué à l’acidose provoquée par un manque de fibres dans la ration.


« Le syndrome de DMGL est multifactoriel et complexe. Pour l’obtenir, une altération des fermentations ruminales doit nécessairement accompagner un apport en acides gras polyinsaturés (AGPI) dans la ration des vaches »
, expliquait Jocelyn Dubuc, de la Faculté vétérinaire de Montréal, lors des dernières journées SNGTV.

Dans le rumen, les AGPI sont normalement transformés en acides gras saturés. L’un de ces AGPI, l’acide linoléique, lorsqu’il est en présence d’une fermentation ruminale altérée, évolue en acides gras trans (pas totalement saturés) qui passent dans la circulation sanguine. « La présence de certains de ces acides gras intermédiaires au niveau de la glande mammaire a un effet fortement inhibiteur sur la lipogenèse (synthèse de la matière grasse par la glande mammaire) », détaillait Jocelyn Dubuc.

L’acide linoléique est présent dans tous les aliments végétaux, mais plus particulièrement dans l’ensilage de maïs (14 g/kg de MS), le maïs grain (34 g), les drêches de brasserie (72 g), la graine de soja (99 g)… Les drêches ont des teneurs variables selon les livraisons et la technologie mise en oeuvre. En revanche, le foin et le tourteau de soja en contiennent peu (4 à 5 g) ainsi que l’orge (7 g) ou la graine de lin.


« Le risque de chute du TB devient important à partir de 200 g par vache et par jour d’acide linoléique »
, estime Yves Debeauvais, vétérinaire. La ration d’été du Gaec des Muguets en contiendrait 240 g dont 135 g provenant des 4 kilos de maïs grain.

Quant à l’altération des fermentations ruminales, les causes sont connues et il n’est pas nécessaire que les vaches soient en acidose subaiguë pour que la synthèse de la matière grasse soit perturbée.

Attention aux mycotoxines

Les mycotoxines, produites par des moisissures, sont aussi une des causes de l’instabilité ruminale. « Les rations à base de foin sont souvent altérées par des champignons dus à un défaut de séchage, ce qui se produit même avec le séchage en grange », affirme Yves Debeauvais. « Il faut accepter de ne pas tout couper, même si la période de beau temps est courte, quitte à perdre de la valeur, mais sécher dans de bonnes conditions », approuve Frédéric Rannard, du Gaec des Muguets. Un capteur de mycotoxines a été ajouté à la dernière formule de mash.

« Des brins de 2 à 2,5 cm »

 

Yves DEBEAUVAIS, vétérinaire spécialisé en vaches laitières :

« La fibrosité de la ration est un point très important pour le bon fonctionnement du rumen. Mais cela ne veut pas dire des tiges de 20 cm de long. Les vaches ne les mangent pas ou si elles les mangent, elles les enroulent et, de toute façon, l’effet sur la rumination est faible. La longueur optimale des brins est sans doute plus proche de 2 à 2,5 cm que de 5 ou 6 cm. Les vaches trient alors moins facilement et cela fait beaucoup plus d’extrémités qui grattent, à condition bien évidemment que la coupe soit franche. »

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