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Collecte en baisse de 5 à 8 %
Gros coup de frein pour cette fin de campagne

La baisse de la production laitière est plus ou moins
marquée suivant les régions. Elle est importante là
où les hausses avaient été les plus fortes l’an dernier.

En ce début d’année 2009, la menace d’un dépassement de quota incite à freiner des quatre fers. Réformes, vente de vaches en lait, tarissement avancé, diminution des concentrés, veaux nourris au lait entier, dons de lait… Du coup, la collecte est en baisse : - 5 à - 10 % en Bretagne Pays de la Loire sur les derniers mois, de - 5 à - 9 % en Normandie… C’est dans les régions où la production avait le plus fortement augmenté l’an dernier, que le coup de frein est le plus fort. Ailleurs, les baisses sont moins marquées, voire nulles.

Les différences régionales peuvent s’expliquer par des allocations en dur et provisoires plus ou moins importantes suivant les régions. En Poitou- Charentes, outre les redistributions de quota importantes liées à la déprise laitière, les 2,5 % de quotas supplémentaires ont été régionalisés. « On ne donne qu’à ceux qui sont capables de produire leur référence. Ils ont donc reçu 4 % de référence en plus. A cela s’ajoute le fait que les entreprises ont annoncé des prêts de quota de 10 %. Malgré cela, la région sera encore en sous réalisation, à cause des cessations en cours de campagne », développe Claude Guitton, président de la section lait FRSEA Poitou-Charentes.

INQUIÉTUDES POUR LE REVENU

Ces allocations provisoires importantes posent problème à leurs voisins de Bretagne Pays de la Loire, car Eurial Poitouraine a aussi des producteurs sur ce bassin. Or, en Bretagne Pays de la Loire, les entreprises accordent le minimum d’allocation. « On n’a absolument pas besoin de lait supplémentaire! », tempête la FRSEAO. La baisse de la collecte n’est pas uniquement liée à la gestion des quotas en fin de campagne. Quelques régions font remarquer que le grand froid a eu un impact négatif sur la production. Le ramassage du lait a parfois été difficile, quand les chemins étaient gelés.

VERS UNE HAUSSE DES CESSATIONS

Dans le Massif central, où la baisse de la collecte est de 3,5 %,Yannick Fialip, président de la section lait FRSEA, évoque les conséquences des coupures d’électricité dues à la neige. Mais il estime aussi que les éleveurs ont légèrement réduit les apports de concentrés, en réaction à la baisse du prix du lait et au prix encore élevé des aliments.

Les autres régions évoquent aussi l’inquiétude des éleveurs par rapport à leur revenu. Les charges restent élevées. Le prix de l’énergie a certes rebaissé, mais les aliments restent chers. Leur prix commence tout juste à diminuer, et pas dans les mêmes proportions que ceux des céréales. Le prix des engrais, semences… sont élevés, bien au-dessus des prix de 2007. « Si le prix du lait continue de baisser comme on nous le prédit, il pourra impacter sur le maintien des producteurs dans des régions comme les nôtres où on a le choix entre les grandes cultures et le lait », fait remarquer Daniel Perrin, président de la section lait FRSEA Lorraine.

Nadine Darlot, son homologue en Bourgogne, va dans le même sens. « En 2008, des producteurs qui songeaient à arrêter le lait avaient repris confiance grâce au prix. Demain, ils pourraient arrêter. » « Il y aura sans doute plus de cessations à l’automne prochain si les perspectives restent mauvaises », conclut-on en Haute- Normandie et Poitou-Charentes. Des laiteries craignent des problèmes d’approvisionnement pour produire des PGC, si la baisse de la collecte se renforce en février mars.

UNE QUALITÉ TOUJOURS MOYENNE

Pour ce qui est de la qualité du lait, après la dégradation de l’an dernier, « elle tend à s’améliorer, mais n’est pas encore revenue à la normale ». Pourtant, les réformes ont été abondantes pour réduire la production laitière. Mais il reste encore beaucoup de vaches dans les bâtiments. « En moyenne, 40 vaches traites par exploitation, contre 41 l’an dernier », note Alain Bourge, du contrôle laitier d’Ille-et-Vilaine.

« Il y a encore des vaches de réforme dans les stabulations, à cause de problèmes d’écoulement ; les marchands ne courent pas après les animaux, ils demandent des bêtes bien finies. Par ailleurs, dans l’euphorie de l’an dernier, des éleveurs ont inséminé en janvier 2008 des vaches qui auraient dû être réformées.Tout cela peut entretenir des niveaux cellulaires élevés, un risque mammite plus élevé », développe Guillaume Crepel, du contrôle laitier du Nord.

Guillaume Crepel conclut : « Certains éleveurs regrettent d’avoir été si loin pour produire toutes les allocations provisoires de la campagne précédente. Les conséquences sur le troupeau pèsent aujourd’hui: problèmes de qualité du lait, résultats de reproduction moins bons, difficultés à vendre les réformes aujourd’hui… » ■

Quelques entorses à l’accord sur le prix du lait

Globalement, l’accord sur le prix du lait semble suivi. Au jour où nous mettons sous presse (21 janvier), toutes les informations n’étaient pas encore remontées.Voici un aperçu des entorses à l’accord.

■ En Poitou-Charentes, « des petites entreprises, qui ont du mal à suivre l’accord, dérogeraient. Pour le deuxième trimestre, on entend dire que le lait sera payé 280 euros dès avril. Cela nous paraît inconcevable, car il y a eu des investissements, et les charges restent élevées », s’inquiète Claude Guitton, président section lait FRSEA.

■ En Lorraine, « sur novembre et décembre, les coopératives Ermitage et SAS le Francomtois ont appliqué une flexibilité (- 4,50 euros) à laquelle elles n’avaient pas droit, pour s’aligner sur d’autres entreprises de la région (Sodiaal, Lactalis) », indique Daniel Perrin, président section lait FRSEA.

■ En Bretagne Pays-de-la-Loire, « fin 2008, Entremont parlait de payer les 2 % d’allocation provisoire au prix de la valorisation beurre poudre. On n’en entend plus parler, mais des entreprises commencent à dire qu’elles payeront le lait produit audelà du quota et des allocations, au niveau de la valorisation beurre poudre (200 euros pour 1 000 litres). La FNPL est évidemment opposée à ces pratiques qui s’apparentent à un quota A et B rémunérés différemment », insiste Laurent Boussès, FRSEAO.

■ Dans le Massif central, « les éleveurs sont inquiets pour l’URCVL et des petites entreprises de la région. Ils craignent que certaines ferment, et des conséquences sur la collecte », relate Yannick Fialip, président section lait FRSEA.

■ Dans le Nord, Philippe Duez, FRSEA, indique que « Danone et la Prospérité fermière n’ont pas appliqué de baisse supplémentaire au titre de la flexibilité à laquelle elles avaient droit, pour la fin 2008. Et pour le premier trimestre, il est possible qu’elles n’appliquent pas la totalité de la flexibilité à laquelle elles ont droit. La Prospérité fabrique des produits industriels à haute valeur ajoutée, ce qui explique qu’elle puisse payer correctement le lait. Un exemple qui pose la question de la définition de la flexibilité additionnelle dans l’accord interprofessionnel. » 

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