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À LA SCEA BOUSCAUD
« J’AI MIS DEUX ANS POUR METTRE AU POINT MON HYDROCURAGE »

Une fosse à deux compartiments qui
permet d’accentuer le phénomène naturel de décantation, c’est
la clé de ce système d’hydrocurage. Un dispositif original qui assure
un bon nettoyage des couloirs en une minute trente.

Cela fait maintenant sept ans que la SCEA Bouscaud, à Saint Aubin des Châteaux en Loire-Atlantique, nettoie les couloirs de la stabulation de ses 65 laitières par hydrocurage. Un hydrocurage original par son dispositif de traitement du mélange déjections/ eau, plus simple que les autres systèmes rencontrés habituellement (gravitaire ou avec séparateur de phases mécanique). Ce dispositif qu’il a mis au point à force de persévérance se rapproche de ceux utilisés en station d’épuration. Il est très simple, peu coûteux en investissement et en fonctionnement, et marche très bien à condition de respecter scrupuleusement certaines règles. Car l’hydrocurage, sous une apparence de simplicité, exige d’être très technique, et une simple erreur de positionnement de pompe par exemple peut gripper le fonctionnement.

SIMPLE ET PEU COÛTEUX

Gérard Bouscaud le sait très bien. « J’ai vraiment galéré les deux premières années », annonce-t-il d’entrée de jeu. Mais cet éleveur observateur et astucieux est parvenu petit à petit à rectifier le tir. Et aujourd’hui, son système de chasse d’eau lui donne satisfaction. Une simple pression sur un bouton deux fois par jour, et les deux couloirs sont nettoyés ! Le liquide de la réserve situé en amont du bâtiment et stocké dans un silo de 3,50 mètres de diamètre et 6 mètres de haut est libéré. Les 25 m3 dévalent alors les deux couloirs de 50 mètres de long en 1 minute 30, formant une vague de 20 cm de haut qui entraîne dans sa course les déjections.

Le mélange fraction liquide/déjections arrive alors directement en aval du bâtiment dans une fosse. Cette fosse est l’étape clé du système où se passe la séparation des phases liquides et solides. Après décantation pendant quatre heures, 25 m3 de liquide repartent grâce à une pompe de transfert vers le silo en amont du bâtiment, prêts à servir pour la prochaine vague. Précisons que l’hydrocurage est réalisé seulement avec la fraction liquide des déjections, sans ajout d’eaux fluviales des toitures.

BIEN POSITIONNER LES POMPES

Revenons sur ce qui se passe dans la fosse. Celle-ci est séparée en deux parties par un mur plein. L’eau chargée des déjections arrive dans le premier compartiment, le plus grand (1 450 m3), où se produit une décantation verticale et horizontale : les éléments lourds se déposent au fond, une partie de la matière organique après fermentation forme une croûte en surface, les boues fines restent au fond et la partie liquide se trouve sous la croûte dans les 50 à 60 premiers centimètres.

Une pompe hacheuse de transfert commandée par une horloge, située à l’opposé de l’arrivée de la vague et immergée à miprofondeur, permet 4 heures après l’arrivée de la vague d’amener le liquide dans le deuxième compartiment beaucoup plus petit. « Il faut absolument que la distance entre l’arrivée et le transfert soit la plus grande possible pour que la paille ait le temps de remonter. La fosse doit aussi être suffisamment profonde (2,70 m ici) », insiste l’éleveur, fort de son expérience. Son astuce, c’est d’avoir installé un treuil au niveau de la pompe qui permet de régler son positionnement. Gérard Bouscaud ajuste ainsi deux-trois fois dans l’année sa profondeur d’immersion en fonction du niveau de remplissage de la fosse. « Cela permet de toujours pomper la partie la plus liquide », explique-t-il.

Le niveau du petit compartiment reste, lui, quasi-constant toute l’année. C’est dans ce deuxième compartiment qu’est placée la pompe de transfert vers le silo de réserve. Elle est positionnée sur un trépied à un mètre de profondeur, à l’opposé de l’arrivée du liquide dans le compartiment. « L’objectif est d’accentuer le phénomène naturel de décantation, résume Samuel Gasnier, conseiller de La Noëlle environnement- Terrena, qui est le fournisseur des différents équipements. La clé, c’est de positionner les points de pompage à l’opposé des arrivées et d’ajuster la hauteur du point de pompage dans le premier compartiment. »

UN TRANSFERT EFFICACE DE LA FRACTION LIQUIDE

« Au départ, explique Gérard Bouscaud, les deux compartiments étaient séparés par un filtre avec trous et il n’y avait pas la première pompe. Mais le transfert ne se faisait pas ou très peu : la paille colmatait les trous. J’ai alors agrandi les ouvertures, mais la paille passait dans le deuxième compartiment, et le transfert était trop rapide. On a usé quelques pompes de transferts ! » Grâce à l’oxygénation biquotidienne due à la chasse d’eau, le lisier stocké dans la fosse n’a pas d’odeur. « Je l’épands à l’implantation des maïs et des blés, et sur prairies. » Avant la vidange de la fosse, il suffit de malaxer le lisier en deux points pendant 1 heure 30. « Le seul inconvénient est qu’il faut laisser au minimum 50 à 60 cm de lisier au fond de la fosse. »

Mais l’hydocurage ne convient pas à tous les élevages. Il ne faut pas trop de paille : « au maximum 2 kg par vache et par jour », précise Samuel Gasnier. À la SCEA Bouscaud, les logettes dos à dos sont paillées à 1,3 kg/VL/jour. Pour qu’il fonctionne bien, il faut respecter un certain nombre de recommandations en termes de pente, de taille de silos, de sections de tuyaux… pour avoir une hauteur de vague adéquate. « Mon bâtiment, qui date de 1985, se prêtait bien à l’hydrocurage : il avait suffisamment de pente. Je n’avais pas besoin de refaire les bétons, ce qui aurait été nécessaire pour installer un racleur hydraulique », explique Gérard Bouscaud.

DES VACHES TRÈS PROPRES

L’autre avantage qui l’a convaincu : « c’est la propreté des vaches: la vague lave vraiment les bétons, et les bétons ne s’abîment pas comme avec un racleur et ne glissent pas. » Annette Bouscaud, très réticente au départ, est devenue aujourd’hui une adepte de l’hydrocurage. « J’avais peur comme beaucoup de mettre les vaches dans l’humidité, et des mammites, reconnaît-elle. En fait, ce n’est pas du tout çà. Je suis très contente. Les vaches sont très propres. Nous n’avons jamais eu de problème de gel. Quand il fait très chaud, la vague permet de rafraîchir le bâtiment. Et pendant que je trais en 1 heure-1 heure 1/4, Gérard a le temps de faire tout le reste du travail. » ■

 

LE COÛT

Estimation actuelle (hors fosse nécessaire avec la mise aux normes) :

■ 2 pompes : 6 000 €HT ;

■ 1 silo : 3 000 €HT ;

■ 1 compresseur : 1 500 €HT ;

■ 2 électovannes: 1 500 €HT ;

■ Total : 12 000 €HT. Nettement inférieur à un séparateur de phases mécanique (60 000 à 80 000 €HT)

 

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