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Maladies bovines : réduire l'invasion de mouches et autres vecteurs volants

Stomoxes, taons, culicoïdes. S'il n'est pas possible de maîtriser la pression des vecteurs de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et de la maladie hémorragique épizootique (MHE), il existe des moyens pour réduire les populations. 

<em class="placeholder">stabulation à logettes robotisée lely grand troupeau au top Côtes d&#039;Armor</em>
Un bâtiment peu accueillant pour les mouches et également favorable à la santé des animaux est : bien agencé et équipé pour permettre des raclages et des nettoyages réguliers et efficaces des sols et des murs. Bénéficie d'une bonne ventilation naturelle et d'une surface suffisante par animal.
© A. Conté - Archives

[Mis à jour le 5 juin]

Depuis notre dernier point sur la lutte contre les mouches, en 2019 - Réagir dès les premières mouches pour éviter la prolifération -, le panel de solutions a peu évolué. Parmi les changements, « certains médicaments, comme les plaquettes auriculaires, ne sont plus commercialisés », indique Lionel Grisot, vétérinaire en Franche Comté et président de la commission Epidémiologie de la SNGTV (Société nationale des groupements techniques vétérinaires). 

Il est admis qu'il n'est pas possible de maîtriser les populations de stomoxes (mouche des étables), culicoïdes et autres vecteurs des maladies qui ont affecté le cheptel bovin français ces dernières années : fièvre catarrhale ovine (FCO) et maladie hémoragique épizootique (MHE), ainsi que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a sévi en 2025. 

« Pour parvenir à réduire la pression de ces insectes, il faut mener une lutte multiple - ou intégrée - qui combine plusieurs mesures de prévention pour contenir les pullulations », résume Lionel Grisot. 

1er levier : la lutte mécanique préventive est indispensable dans tous les cas

« La base des méthodes de prévention est de limiter au maximum l'installation de gîtes larvaires sur le site de l'élevage », expose le vétérinaire. Les larves ont besoin d'humidité, de chaleur et de matière organique pour se développer. « Les gêner passe donc par des bâtiments et leurs abords entretenus et propres, et des sols bien raclés. Ce qui rejoint les préconisations générales favorables à la santé et au bien-être des animaux, notamment vis-à-vis des risques de boiteries. » 

Vigilance sur les litières et le chargement animal 

Les litières accumulées peuvent constituer un facteur de risque. En aire paillée, il est donc préconisé de réaliser un curage régulier, dont la fréquence est à adapter à chaque élevage, en surveillant la température de la litière. Et il convient d'assurer une bonne ventilation du bâtiment pour gêner les mouches.

Une densité animale élevée, en bâtiment ou en extérieur, accroît le niveau de pullulation des mouches et autres vecteurs volants. Attention aussi à la propreté des abreuvoirs et de leurs abords, qui doivent être nettoyés très régulièrement. Dans la nurserie, il convient d'éviter et de nettoyer les restes de lait. Les actions de nettoyage, désinfection et désinsectisation (dans cet ordre), le blanchiment à la chaux, lors d'un vide sanitaire, contribuent à assainir les bâtiments. 

Ventilation et brumisation gênent les culicoïdes et les stomoxes

Les insectes volants sont également gênés par des stabulations bien aérées. « Les évolutions récentes pour améliorer l'ambiance des bâtiments, avec l'ouverture des bardages et la pose de ventilateurs vont dans le bon sens, en gênant les culicoïdes. Par contre, les stomoxes ne sont pas perturbés par davantage de ventilation », précise Lionel Grisot. A la traite ou dans l’aire d’attente, la brumisation gène les mouches et se révèle assez efficace. « Cependant, il faut veiller à ce que la salle de traite ne soit pas trop humide. il est impératif de trouver le bon réglage et il peut être conseillé de ventiler en même temps. » 

Pour la fosse à lisier, « il est préconisé de brasser régulièrement pour perturber le développement des larves et déstabiliser le biotope. Le croûtage est une zone stable qui peut être propice à l'installation des stomoxes et des culicoïdes. Or, le croûtage est une technique pour réduire les émissions d'ammoniac issues du lisier. On ne pourra pas concilier les deux objectifs : il faudra choisir. » 

2e levier : la lutte biologique

« Les prédateurs (acarien mangeur d'oeufs, mouche prédatrice de larves) et les mini guêpes, parasites des mouches, permettent de réduire le nombre de mouches, dont les stomoxes. Ils sont plus sélectifs que les autres moyens de lutte », indique Lionel Grisot : « La lutte biologique fait partie des outils de la lutte intégrée contre les mouches. C'est toujours mieux que de traiter chimiquement. »  

Par contre, « Actuellement, contrairement à ce qui peut exister pour la lutte contre les moustiques, la technique des insectes stériles n’est pas non plus une piste concluante, développe Lionel Grisot. Cette technologie est extrêmement lourde et implique d’être capable d’élever en laboratoire un très grand nombre d’insectes, puis de les rendre stériles (par irradiation) avant de les relâcher dans l’environnement. C’est par exemple inapplicables pour les culicoïdes, insectes très fragiles, qu’il est impossible de conserver et d’élever à large échelle en laboratoire. En définitive, pour les stomoxes, les taons et les culicoïdes, cette technique s’avère soit inefficace, soit inapplicable. La technique des insectes "incompatibles" est une autre technique qui permet de limiter leur reproduction, mais les expérimentations sur d’autres insectes que les moustiques n'ont pas non plus donné de résultat concluant. » 

3e levier : la lutte chimique, ses difficultés et contraintes

L'emploi des médicaments vétérinaires appliqués sur les animaux (pour-on), à base de pyréthrinoïdes, est une méthode controversée. Comme la rémanence du produit n'est pas longue, il faut renouveler assez fréquemment les applications sur les animaux selon les conditions météorologiques, d'avril à septembre. « Pour les culicoïdes par exemple, il faudrait traiter les animaux tous les dix jours pour obtenir une bonne efficacité. Ce n'est pas envisageable en pratique et une telle utilisation n’est pas durable  : contamination de l'environnement, atteinte d’autres invertébrés terrestres et aquatiques puisque le traitement n’est pas sélectif envers les seuls insectes visés, et création de résistances chez les insectes vecteurs. Autre problématique à considérer : il y a un temps d'attente à respecter avant commercialisation (lait et viande) », soulève Lionel Grisot. La boucle auriculaire, active environ 3 mois (délai d’attente lait nul), n'est actuellement plus commercialisée. Peut-être reviendra t-elle sur le marché.

Appliquer tôt en sortie d'hiver, puis régulièrement en saison

L'application de certains biocides dans les bâtiments (murs, sols) et dans le lisier et fumier peut être efficace pour réduire les populations de larves. « Mais cette lutte est également peu sélective. » 

Il faut utiliser les antiparasitaires externes tôt en saison (parfois dès fin février ou début mars selon les régions) pour une bonne efficacité, et renouveler les applications, par exemple toutes les 3 à 6 semaines pour les effluents. « Or souvent, les éleveurs traitent quand ils voient des mouches en grand nombre : c'est souvent trop tard et le produit sera alors très peu efficace. » Autre contrainte : pour traiter les murs et sols des logements des animaux avec des biocides, il ne faut pas que les animaux soient présents dans les locaux. A noter que la propreté des parois est essentielle pour l’efficacité des insecticides.

L'application d'adulticide dans les bâtiments d’élevage (dès mars, avril) ne présente un intérêt que si le traitement larvicide a été effectué suffisamment tôt et de façon rigoureuse. Le produit s'applique sur les zones  où affectionnent de se poser les premières mouches. Elles privilégient le tour des portes et fenêtres, le haut des murs, les plafonds, les couvercles de seaux accrochés aux poteaux …

4e levier : la lutte mécanique curative, en appoint 

Les pièges collants permettent de capturer dès le printemps les mouches qui ont survécu à l’hiver. Mais leur efficacité est limitée en période d’infestation massive. Les destructeurs électriques électrocutent les mouches attirées par la lumière du néon.

Le saviez-vous ? 

L'élevage en bâtiment ne résout rien

Le bâtiment qui ne laisserait pas entrer les insectes a été testé, disposant d’entrées avec des sas doubles : cela ne fonctionne pas car les insectes parviennent quand même à pénétrer. Il est en revanche possible de limiter, sans l’éviter, l'entrée des insectes en disposant des filets ou des rideaux anti-mouches sur les entrées, les fenêtres et les ouvertures. Le problème est que cela peut réduire considérablement la ventilation du bâtiment. 

Pullulation rapide

Pour empêcher l’emballement estival, il faut agir dès le début du printemps au moment où les mouches qui ont hiverné se réveillent. Car une fois démarré, le processus de multiplication croît de façon exponentielle. Une mouche pond entre 600 et 2200 œufs au cours de sa vie, et son cycle de reproduction s’accélère lorsque la température augmente. Quand il fait chaud et humide, il suffit de quelques jours !

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