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Ensilage : 5 clés pour bien utiliser ses conservateurs

Les conservateurs ont démontré leur efficacité, mais encore faut-il les employer correctement pour bien valoriser cet investissement. Voyons pourquoi, parfois, l’effet espéré n’est pas là.

1 Mettez-vous toutes les chances de votre côté ?

« Les additifs ont une action certaine sur la conservation des fourrages, affirme Anthony Uijttewaal, d’Arvalis. Les résultats obtenus en leur absence se montrent plus aléatoires. » Techniquement, le bénéfice porte sur la préservation de la matière organique et la valeur alimentaire du fourrage. Mais ne vous leurrez pas pour autant, les conservateurs ne sont pas des produits miracles. Ils ne se substituent pas aux bonnes pratiques de récolte et de réalisation d’un silo, notamment un tassage de qualité. Leur objectif est de maintenir une valeur la plus proche possible de celle du fourrage récolté. Mais si celui-ci est de valeur médiocre, ou si la récolte ou le stockage sont inadaptés, il est illusoire d’espérer obtenir un bon produit final grâce au conservateur. Demandez-vous s’il n’est pas finalement plus pertinent de recourir à un conservateur sur un fourrage de haute qualité pour maintenir son potentiel, plutôt que sur un fourrage récolté au mauvais stade dans de mauvaises conditions...

2 Optez-vous pour un conservateur adapté au fourrage ?

« Il existe plusieurs types de conservateurs qui se distinguent par leur rôle et leur mode d’action », rappelle Anthony Uijttewaal. Certains accélèrent l’acidification naturelle de l’ensilage, d’autres améliorent la stabilité aérobie. « Il faut se poser les bonnes questions au départ, expose Christophe Michaut, de Perstorp. On n’utilise pas le même type d’acidifiants organiques pour traiter du foin, de l’enrubanné ou de l’ensilage. Le choix du conservateur se raisonne en fonction des caractéristiques de la matrice végétale (teneur en sucres, pouvoir tampon), des conditions de récolte (taux de matière sèche) et de l’objectif recherché (acidification, stabilité aérobie). »

L’acide formique est un accélérateur d’acidification et réduit fortement le développement des bactéries pathogènes nuisibles (butyriques et endobactéries). L’acide propionique est un autre acide organique, il contribue à la baisse du pH et joue aussi le rôle de stabilisateur antifongique en permettant de retarder les échauffements. « Pour le foin ou les enrubannés secs (ceux que l’on avait prévu de récolter en foin initialement mais qui ne sèchent pas suffisamment…), le principal risque tient au développement de moisissures. Il faut dans ce cas privilégier un conservateur à base d’acide propionique. Par contre, pour un méteil riche en protéine ou un ensilage de luzerne, plus humides, c’est plutôt le risque de pourriture qui guette. Une formule contenant de l’acide formique est alors plus appropriée. »

De leur côté, les inoculants biologiques à base de bactéries lactiques présentent un intérêt sur des fourrages ressuyés à préfanés qui ont concentré suffisamment de sucres. « Si les sucres sont limitants, rien ne sert d’ajouter des bactéries pour baisser le pH, elles manqueront de substrat », prévient Anthony Uijttewaal. Et, par ailleurs, un fourrage sec (type foin) va à l’encontre même du développement des bactéries lactiques.

3 Employez-vous la bonne dose ?

Quand on apporte un conservateur, mieux vaut taper fort et ne pas chercher à réduire les doses préconisées pour espérer une réponse efficace. « Travailler à demi-dose, c’est comme ne rien faire car on ne maîtrise pas la vitesse de fermentation, estime Christophe Michaut. Il est dommage d’investir dans un conservateur sans être sûr du résultat. » Attention aux fausses économies.

Le dosage doit aussi s‘adapter en fonction des conditions de récolte. « Pour un foin très sec par exemple, on recommande 3 à 4 kg/t alors qu’il faut viser 6 à 7 kg/t pour un foin à 20 % d’humidité. »

Lors de l’application, il n’est pas toujours évident de parvenir au bon dosage. « Pour les acides et les bactéries lactiques une fois diluées dans l’eau, il faut appliquer un certain volume par tonne de fourrage brut, indique Anthony Uijttewaal. Sur l’ensileuse, le réglage de l’applicateur se fait en litres par heure. » Ainsi faut-il essayer d’apprécier le rendement ainsi que le débit de chantier pour appliquer la quantité recommandée.

4 Appliquez-vous le produit de façon homogène ?  

Le respect des doses est une chose, mais encore faut-il appliquer le conservateur de façon homogène dans la masse de fourrage. « L’application par pulvérisation sur chaque couche étalée sur le silo est à proscrire, juge Anthony Uijttewaal. La meilleure façon de l'appliquer est de l'incorporer dans les réservoirs prévus à cet effet sur les ensileuses. » La solution contenant l’additif est ensuite pulvérisée en fines gouttelettes au niveau de l’accélérateur de l’ensileuse, ce qui permet une application homogène au cœur du flux de récolte. Or, si les presses et les ensileuses sont équipés de série de kit de distribution dans les pays nordiques, ce n’est pas encore le cas partout en France. « C’est d’autant plus essentiel pour les conservateurs antifongiques car il suffit qu’une petite partie du fourrage ne soit pas traitée pour que les moisissures se développent et plombent le reste du fourrage. La croissance fongique s’autoamplifie », signale Christophe Michaut. Il faut également bien placer les buses pour qu’elles diffusent le produit uniformément sur le fourrage récolté. « Appliquer sur l’andain avec une rampe placée à l’avant du tracteur ne permet pas un traitement efficace. Il est impératif de "sprayer" au cœur du flux de fourrage, après le peigne du pick-up. »

5 Respectez-vous bien les précautions d’emploi ?

« Les additifs biologiques sont par définition des êtres vivants et nécessitent le respect de certaines précautions, insiste Anthony Uijttewaal. Le stockage des produits doit se faire dans un endroit frais et sec. Pour la dilution, mieux vaut utiliser préférentiellement une eau peu, voire non chlorée de façon à préserver les bactéries apportées. Pour éviter la sédimentation dans la cuve de l’applicateur, préparez les additifs par demi-journée de travail, en homogénéisant bien avant incorporation dans la cuve. »

Le saviez-vous ?

Les conservateurs acides ont mauvaise presse. Le risque de corrosion du matériel est souvent évoqué. « Cela était vrai il y a trente ans quand on utilisait encore de l’acide propionique pur, rétorque Christophe Michaut, de Perstorp. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui car les formules intègrent désormais des acides tamponnés ou estérifiés. » Les produits sont d’ailleurs soumis réglementairement à des tests de corrosivité pour vérifier qu’ils ne vont pas attaquer prématurément le matériel.

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