Ensilages : quatre raisons de privilégier la coupe courte
Pour la conservation, l’ingestion, la limitation du tri et la valorisation des ensilages par les vaches laitières, mieux vaut récolter des fibres courtes. Le point avec des conseillers fourrage et des nutritionnistes.
Pour la conservation, l’ingestion, la limitation du tri et la valorisation des ensilages par les vaches laitières, mieux vaut récolter des fibres courtes. Le point avec des conseillers fourrage et des nutritionnistes.
La qualité de l’ensilage a des conséquences sur la ration de toute une année. L'enjeu est de taille... et la taille des brins est aussi un enjeu. Il faut clairement demander la bonne longueur de coupe au chauffeur de l'ensileuse, et aller vérifier dès les premières remorques qu’elle est bien respectée.
Pour le maïs, la longueur de coupe est de 8 à 10 millimètres. Pour l’herbe, la longueur de coupe dépend du taux de matière sèche. « Il convient de moduler car avec un fourrage humide, un ensilage doté de brins courts augmente le risque que le silo ne tienne pas et qu’il y ait beaucoup jus », prévient Jean-Yves Lhériau, conseiller indépendant en nutrition. Pour un taux de matière sèche inférieur à 30 %, il faut viser une coupe de 30 à 40 millimètres. Entre 30 et 35 %, l’idéal se situe entre 20 à 30 millimètres. Il sera de 15 à 20 millimètres pour un taux de matière sèche entre 35 à 40 %. Au-delà de 40 %, la coupe peut même descendre en dessous de 15 millimètres. Un bon repère est de garder en tête une longueur de coupe comprise entre 2 et 4 centimètres.
Compter sur la mélangeuse pour réduire la taille des brins dans un second temps n'apparaît pas une bonne solution. « Techniquement, cela peut s’envisager mais c’est long et coûteux, alerte Kévin Poisson, référent technique nutrition et fourrages chez Innoval. Cela prendra beaucoup de temps chaque jour, ce qui aura un coût en carburant et un impact sur l’usure des couteaux. » Le rôle d'une mélangeuse est de mélanger, pas de recouper. « Couper court à la récolte reste le plus efficace et plus économique », confirme également Jean-Yves Lhériau.
1 La taille des brins impacte la conservation de l’ensilage
Le premier bénéfice des brins courts concerne la bonne conservation des valeurs nutritionnelles en facilitant le tassage. Un tassage efficace limite l’air résiduel et favorise un départ rapide en fermentation. À la reprise, le front d’attaque sera aussi plus propre et il y aura moins de pertes.
2 La taille des brins joue sur l’ingestion
Moins les fourrages sont encombrants, plus la vache en ingère. Lui proposer des brins courts favorise l’ingestion et lui fait gagner du temps. « Entre la mastication et la rumination, la vache ramène tout à 1,4 millimètre, qui est la dimension que doivent faire les fibres pour quitter le rumen et poursuivre leur parcours digestif, explique Kévin Poisson. Avec des fibres courtes, on lui facilite le travail. » Avec des fibres longues, il y aura plus d’allers et retours de rumination. Si la mastication permet de produire de la salive, dont le pouvoir tampon est important pour l’équilibre du rumen, maximiser l’ingestion optimise l’apport alimentaire et limite le temps que la vache passe debout au cornadis.
3 Des fibres courtes limitent le tri
Quand les fibres sont courtes et régulières, les vaches ne peuvent pas trier la ration. « Si les vaches trient par exemple du concentré dans des fibres longues, elles restent longtemps debout pour ne pas ingérer beaucoup, prévient Patrice Dubois, directeur de Rhône Conseil Élevage. Elles vont d’abord manger le concentré, puis dans un deuxième temps, les fourrages. Ce qui engendre de grandes variations de valeurs alimentaires. Une ration homogène s'avère plus favorable à la stabilité, donc à l’efficacité ruminale. »
4 Les vaches ruminent quand même
Si la fibrosité chimique de la ration est respectée et que celle-ci est non triable, les vaches ruminent bien même en leur distribuant des fibres courtes. « Il faut un bon niveau de fibres pour que le transit ne soit pas trop rapide et que la flore ruminale ait le temps d’agir, recommande Jean-Yves Lhériau. Si le niveau de NDF [neutral detergent fiber] de l’ensilage est bas, il peut être judicieux d’ajouter 0,3 à 0,5 kilo de paille broyée pour 25 kilos de matière sèche. »
Les brins longs ont, pendant longtemps, eu l’image d’une parade face aux risques d’acidose. « Mais c’est surtout le bon équilibre de la ration qui permet de limiter le risque d’acidose », reconnaît Kévin Poisson. Une ration présente des risques d’acidose si elle affiche une teneur trop faible en fibres et/ou trop élevée en amidon + sucres. Quand le rapport amidon + sucres/fibres est trop élevé, les fermentations s’accélèrent et le pH baisse. Pour prévenir ce risque, il faut veiller au niveau de fibrosité chimique (voir encadré). La taille des brins joue sur la mastication mais dans le rumen, tous les brins sont ramenés à la même taille par la rumination.
Distinguer fibres chimiques et mécaniques
Pour bien raisonner sa ration, il faut faire la différence entre les fibres mécaniques qui traduisent la taille des particules, et les fibres chimiques, reflets de la digestibilité.
- Les fibres mécaniques ou physiques reflètent la taille des particules. L’ingestion de ces fibres, que la vache va devoir mastiquer, stimule la salivation. Le pouvoir tampon de la salive limite les risques de subacidose. Les fibres constituent un matelas fibreux dans le rumen, qui ralentit la descente des particules fines, celles qui fermentent très vite et font baisser le pH. Les fibres mécaniques se quantifient à l’aide d’un tamis Penn State, qui quantifie la proportion des particules en quatre classes de taille : supérieures à 19 mm, entre 8 et 19 mm, entre 4 et 8 mm, inférieures à 4 mm. Pour un bon fonctionnement du rumen, il est conseillé d’avoir moins de 10 % de fibres supérieures à 19 mm et autant d’inférieures à 4 mm.
- Les fibres chimiques traduisent la digestibilité, donc la valeur alimentaire d’une ration. C’est une analyse chimique qui détermine la teneur en parois végétales, digestibles et non digestibles. La teneur en NDF (neutral detergent fiber) traduit le pourcentage d’hémicelluloses et de cellulose brute, qui sont digestibles, et de lignine, qui ne l’est pas. Une ration équilibrée doit contenir au moins 32 % de NDF.
- ou en enca sur le print
Avis d’éleveur : Laurent Hinault, dans les Côtes-d'Armor
« Le réglage de l’ensileuse n'est pas négociable »
« C’est l’alimentation de toute une année qui se joue le jour du chantier d’ensilage, c’est pourquoi je suis très vigilant sur l’éclatage des grains et la longueur de coupe. Le jour de l’ensilage, la consigne est claire : une coupe entre 8 et 10 millimètres. L’entrepreneur avec lequel nous travaillons sait que la longueur de coupe n’est pas négociable. Et je la contrôle dans les premières remorques. Si je suis aussi exigeant, c’est parce qu’un maïs haché fin se tasse mais surtout parce que les vaches le valorisent mieux.
Notre élevage de 225 vaches produit 3 millions de litres de lait. Nous avons beaucoup travaillé sur les rations pour accompagner le développement de la production qui a doublé. Nous sommes passés de deux à quatre robots et de 150 à 225 logettes. Chaque place dans le bâtiment est plus efficiente. Pour y arriver, il fallait la bonne ration en face.
Avec une moyenne d’étable à 40 kilos par vache laitière par jour, la ration comporte 15 kilos MS d’ensilage maïs, 2 kilos MS d’ensilage herbe, 0,35 kilo de paille broyée, 3,5 kilos de correcteur et 1,5 kilo de maïs grain broyé. De l’eau est ajoutée dans la mélangeuse, afin de lier les particules les plus fines. Avec une coupe fine et des particules de la même taille, la ration est homogène et les vaches ne trient pas. Cette ration homogène, combinée aux passages fréquents du robot repousse-fourrage, permet un apport alimentaire linéaire dans la journée. Le rumen a donc un fonctionnement optimal. Ce qui se traduit par plus de lait dans le tank."