Réussir lait 28 mars 2003 à 17h42 | Par Franck Mechekour

Vaches laitières en chaleurs - L´acceptation du chevauchement n´est pas le seul critère fiable

Une étude récente de l´Inra met l´accent sur de nouveaux comportements utilisables pour caractériser les chaleurs comme l´intérêt porté à la zone arrière d´une autre vache...

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Les vaches de la station Inra de Méjusseaume, en Ille-et-Vilaine, ont participé à leur insu à une version bovine de « Loft story », selon les propres termes de Jean-Michel Philipot, responsable reproduction à l´Urcéo ! En effet, pendant la durée de stabulation hivernale, six caméras ont filmé 24 heures sur 24 leurs moindres faits et gestes.

Des difficultés pour observer les chaleurs
Plus sérieusement, l´objectif de cette étude réalisée par l´Inra et ses partenaires(1) était de réactualiser nos connaissances sur le comportement des vaches en période optimale de mise à la reproduction, c´est-à-dire entre 50 et 70 jours après le vêlage.
En effet, « les éleveurs sont nombreux à rencontrer des difficultés à observer les chaleurs sur leurs vaches alors qu´elles sont pour la plupart cyclées », a expliqué Jean-Michel Philipot, lors de la journée départementale de la reproduction des vaches laitières organisée par les organismes professionnels du Finistère(2).
Les caméras ont permis de constater que 16 % (7/44) des vaches normalement cyclées et en période de chaleurs (très peu de progestérone dans le sang) n´ont pas changé de comportement. Ce sont les chaleurs dites silencieuses.
Plus de la moitié (59 %) ont été chevauchées et ont présenté des comportements sexuels actifs (chevauchement d´une autre vache, intérêt porté à la région arrière.).
Un quart des vaches cyclées et en chaleurs n´ont pas été chevauchées. Mais ces animaux ont exprimé un comportement sexuel actif : chevauchement d´une autre vache, pose du menton sur la croupe, reniflage ou léchage de la vulve.
©F. Mechekour


Un tiers des vaches ont un profil hormonal anormal
Conclusion de Jean-Michel Philipot : « Les signes de changement de comportement et notamment l´intérêt porté à la zone arrière d´une autre vache doivent maintenant être pris en considération. »
Cette conclusion est d´autant plus la bienvenue que les 26 vaches qui ont accepté le chevauchement l´ont en moyenne accepté 8 fois par chaleurs, et que la durée de chaque chevauchement n´a été en moyenne que de 6 secondes ! Pour peu que le phénomène intervienne la nuit...
A contrario, si la durée de l´intérêt porté pour la zone arrière d´autres vaches n´est pas vraiment plus longue (8 secondes), le phénomène s´est répété en moyenne 58 fois en 15 heures soit 4 à 5 fois par heure. La probabilité d´être là au bon moment est donc nettement plus élevée.
Malheureusement, nous ne sommes pas au bout de nos peines pour autant. En effet, ces résultats ne concernaient que les vaches normalement cyclées. Or, cette étude a également montré qu´un tiers des vaches présentait un profil hormonal (dosage de la progestérone) anormal.

Cette proportion minimise d´ailleurs le phénomène puisque les vaches ayant une métrite ou ayant fait l´objet d´un traitement à base de prostaglandines ont été écartées de l´étude.
Or, « lorsque le profil hormonal est anormal, les vaches sont plus difficiles à détecter en chaleurs entre 50 et 70 jours après le vêlage », a souligné Arnault Gatignon, responsable des inséminateurs au CIA de Plounévézel. En effet, sur les 35 % de vaches non observées en chaleurs, plus de la moitié présentait un profil hormonal anormal contre seulement un quart pour les vaches « à profil normal ».
Et comme un malheur n´arrive jamais seul, il s´avère que même lorsque ces vaches à cycles anormaux sont détectées en chaleurs, « leur résultat de reproduction n´est pas bon ». Le taux de réussite en première insémination a été de 33 % contre 60 % pour le groupe des vaches à bon profil hormonal.
Le déficit énergétique en début de lactation est le grand responsable de cette situation. « Les vaches cyclées anormalement et les vaches non cyclées à 50 jours ont maigri plus que les autres en début de lactation. »

(1) Urcéo, Ensar et les EDE de Bretagne.
(2) EDE, contrôle laitier, la coopérative d´insémination artificielle et le GDS du Finistère.

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