Réussir lait 14 novembre 2018 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Une vision globale de la nutrition avec "pAnser Vaches"

En Auvergne-Rhône-Alpes, la Fidocl a développé une expertise nutrition qui intègre l’observation du comportement alimentaire des animaux avec des caméras.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le relevé de tête des vaches est caractéristique d’une bonne ingestion sans tri. Des prises rapides et concentrées permettent de réduire le temps debout au profit du couchage.
Le relevé de tête des vaches est caractéristique d’une bonne ingestion sans tri. Des prises rapides et concentrées permettent de réduire le temps debout au profit du couchage. - © Rhône Conseil élevage

« La vache ne pense pas 'panse', donc il faut y penser pour elle », se plaît à dire Patrice Dubois, directeur de Rhône Conseil élevage. Lors du Sommet de l’élevage, il a exposé avec ses collègues de la Fidocl(1) leur vision de la nutrition des vaches laitières, qu’ils ont globalisé sous le concept « pAnser Vaches ». Une « philosophie » très pragmatique qui consiste à « caractériser les fourrages et à observer les animaux pour être capable de prédire leur réponse au régime alimentaire. Nous nous intéressons non seulement aux fourrages mais aussi à un ensemble d’éléments (tri, logettes, confort des animaux...) pour avoir une vision globale de la nutrition ». Bien au-delà d’un simple rationnement UF/PDI. « Nous sommes revenus à la caractérisation des fourrages, poursuit-il. Nous avons fait beaucoup d’analyses AgriNir qui nous ont permis de caractériser et classifier les différents types de fourrages par rapport à la réponse des vaches en termes de production. » L’idée est de « normer les aliments » à partir des valeurs chimiques délivrées par l’analyse infrarouge (MS, amidon, MAT, NDF, ADF, cellulose brute, digestibilité...) et « d’être capable de dire comment ils vont se dégrader dans la panse ». La fibrosité chimique, exprimée par le NDF, est aujourd’hui considérée comme un élément clé du bon fonctionnement du rumen (voir Réussir Lait n° 328, octobre 2018, p. 48). Cette approche n’empêche pas de continuer à utiliser les équations et valeurs Inra, et demain le système Systali.

Dans 75 % des élevages, la ration n’est pas disponible en permanence

L’autre grande idée est d’observer les vaches. À l’auge, pour voir si elles passent leur temps à trier la ration et délaisser la fibre au profit des particules fines, ou au contraire font des prises rapides et concentrées. Observer les vaches aussi dans la stabulation pour voir si elles respectent l’emploi du temps qui permet un bon fonctionnement du rumen, à savoir dix à douze cycles en 24 heures, dont 65 % de repos et 25 % d’ingestion et abreuvement. Le bon « film alimentaire », c’est d’être toutes les deux heures à table. Pour savoir comment les animaux se comportent, rien de mieux que de les filmer pendant... 24 heures. Les conseillers installent dans la stabulation des caméras time-lapse qui capturent des images à intervalles réguliers. Un logiciel restitue en temps raccourci le film de la vie du troupeau, qui s’avère riche d’enseignements et de voies de progrès (voir Réussir Lait n°327, septembre 2018, p. 70). « Dans 75 % des élevages, la ration n’est pas disponible en permanence », a observé Alexandre Batia, de Rhône Conseil élevage. Lorsque la ration est distribuée le matin, souvent elle n’est plus accessible pendant la nuit suivante. Le lendemain matin, les vaches ont un comportement boulimique et peuvent ingérer plus de 2 kg MS pendant le repas du matin. Le rumen fonctionne en accordéon, ce qui crée de l’instabilité ruminale.

Expertiser la conduite et le confort des vaches taries

Utilisées depuis huit mois, ces caméras ont déjà permis de produire trente films, qui ont une valeur pédagogique très forte. « Occupation du bâtiment, accessibilité à la ration et aux points d’eau, fréquentation et confort de couchage, circulation des animaux, tout est décrypté méthodiquement » avec l’éleveur ou dans des groupes de formation, « sans jugement, juste pour progresser », explique Patrice Dubois. Les éleveurs qui ont vu le film de la vie de  leur troupeau ont souvent été très surpris, et ils ont procédé à pas mal de modifications pour améliorer le comportement du troupeau, supprimer les causes d’inconfort... Rhône Conseil élevage envisage de travailler avec un fabricant de robot d’alimentation et de robot repousse-fourrage pour étudier à l’aide des caméras les pratiques d’utilisation les plus optimales de ces outils. Au cours de l’hiver qui vient, les conseillers vont expertiser également la conduite alimentaire et le confort des vaches taries.

(1) Fédération des organismes de conseil élevage d’Auvergne-Rhône-Alpes et quelques départements voisins.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Avez-vous trouvé des solutions pour pallier le manque de paille ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui