Réussir lait 14 décembre 2018 à 08h00 | Par Annick Conté

Un modèle de développement humainement usant

Quatorze élevages entre 65 et 160 vaches ayant arrêté le lait ont fait l’objet d’une étude. Objectif : mieux comprendre les causes et facteurs de risques.

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La remise en cause vient aussi du rapport avec l’aval des filières, du manque d’autonomie par rapport aux laiteries.
La remise en cause vient aussi du rapport avec l’aval des filières, du manque d’autonomie par rapport aux laiteries. - © DR

« L’étude a été menée auprès d’élevages confrontés à un problème de non-renouvellement de main-d’œuvre suite au départ en retraite des parents, au départ précoce d’associés, ou au départ de salariés, précise Sophie Madelrieux, de l’Irstea, qui a réalisé les entretiens(1). Les exploitations enquêtées ont en moyenne 98 vaches et sont situées dans l’Ouest de la France, l’Est et le Massif central. Dans six d'entre elles, il s’agit d’un « arrêt du lait subi. Le départ d'associés a plongé les exploitations dans d'importantes difficultés financières, du fait notamment du rachat des parts de capital ". Dans le cas où il y avait eu un investissement préalable dans un robot de traite, à un moment où le prix du lait s'est mis à baisser, cela a aggravé la situation. Dans un cas, le départ d’un associé a conduit au démantèlement de l’exploitation.

Des arrêts choisis dans plus de la moitié des cas

Mais « dans huit exploitations, il s’agit d’un arrêt du lait choisi et non d'une obligation économique », souligne Sophie Madelrieux. Ce choix est lié à la difficulté de trouver un remplaçant, ou à la non-motivation des associés restants pour la production laitière, ou encore au décalage entre la charge de travail, la difficile gestion du salariat et une rentabilité en baisse de l’atelier lait. Dans cinq cas, l’arrêt a été favorisé par la possibilité de vendre les contrats de lait. Dans six cas, ceux qui restent sur l’exploitation avaient moins de 45 ans. Tous partageaient le souhait d’avoir plus de temps libre et de temps pour la famille. Et tous ont mentionné les risques accrus dans les grandes exploitations, qu’il s’agisse de risques financiers, climatiques, sanitaires et humains. Comme l’expriment les éleveurs enquêtés : « on n’a pas droit à l’erreur et les erreurs arrivent plus vite » ; « plus on grossit, plus on est vulnérable, c’est une multiplication des risques à chaque fois ». C’est aussi davantage de stress  « même en vacances » ; « on n'arrive plus à suivre les animaux » ; « le moindre retard et c’est foutu, ça met la pression ». Aucun en tout cas ne regrette son choix au vu des évolutions ultérieures du prix du lait et du gain de qualité de vie.

Sophie Madelrieux, Irstea : "  Pour ceux qui l'ont choisi, c'est l'anticipation des difficultés à venir (conjoncture et incertitudes, charge de travail) qui a conduit à l'arrêt du lait. "
Sophie Madelrieux, Irstea : " Pour ceux qui l'ont choisi, c'est l'anticipation des difficultés à venir (conjoncture et incertitudes, charge de travail) qui a conduit à l'arrêt du lait. " - © DR

« C’est au projet humain qu’il faut penser »

Si certains mettent en avant les avantages à travailler à plusieurs (week-ends et vacances, échanges, travail en groupe…), les difficultés énoncées ont été plus nombreuses. « Tous les exploitants rencontrés ont remis en cause ce modèle de développement. Il leur est apparu humainement usant ", résume Sophie Madelrieux, en citant les éleveurs : « l’élevage va droit dans le mur si on ne pose pas en premier l’humain. Les jeunes ne tiendront pas cinquante ans comme ça ! » ; « avant le projet économique, c’est le projet humain qu’il faut penser » ; « faut-il des grandes structures ? Souvent, on le fait malgré nous en entrant dans la spirale ». Le bilan est sans appel : « quand on a arrêté le lait, on avait le même revenu que douze ans en arrière. Mais on était plus gros, on avait investi. On avait plus de produits, mais aussi beaucoup plus d’emprunts, de charges, de travail, et plus du tout de temps libre ».

La remise en cause vient aussi du rapport avec l’aval des filières. Du manque d’autonomie par rapport aux laiteries : « on n’est plus libre de rien, on ne fixe pas nos prix ». Et de l’absence de considération : « on est depuis toujours chez eux, et ils ont juste rayé le nom de la liste ». Aucune des laiteries n’a essayé de retenir les exploitants rencontrés : même être un gros apporteur n’a pas joué. Mais surtout, conclut Sophie Madelrieux en citant l’un d’eux, ces structures laitières ne sont pas transmissibles : « qui aura les reins pour reprendre ça ? ».

(1) Dans le cadre du Casdar Orgue (Organisation du travail, durabilité sociale et transmissibilité des grandes exploitations laitières) coordonné par l'Institut de l'élevage. Étude présentée début décembre 2018 aux Rencontres recherche ruminants.

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BERTRAND (40) | 22 décembre 2018 à 11:12:35

L'arrêt de la production laitière tient à une sous rémunération du prix du lait. Il y a de la main d'?uvre lorsqu'il y a de l'argent et des revenus..Des jeunes s'installeraient encore si il y avait de la monnaie à la clé. Lorsqu'il y a des revenus, on peut partir 8 jours à la montagne et 15 jours à la mer en se faisant remplacer. Tout les reste c'est du blablas.. les entreprise qui gagnent de l'argent payent très bien leurs salariés pour faire 30 heures de travail /semaine payé 35h..Non le problème qui manque à notre agriculture ce sont ses retards mentaux et culturels. L'union fait la force mais on a toujours cherché à vous disperser. Voir élection chambres actuelle

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