Réussir lait 06 janvier 2015 à 08h00 | Par Emeline Bignon

En Lettonie, un élevage de 400 vaches qui vise plus de 10 000 kg

Parmi les anciennes fermes d’État, certaines se sont modernisées et rivalisent de performances avec nos élevages. Visite de l’une des plus grosses structures du pays.

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Les installations ont coûté 2,5 millions d’euros. Le versement des primes PAC sur 1 900 hectares a donné un sacré coup de pouce pour financer le bâtiment…
Les installations ont coûté 2,5 millions d’euros. Le versement des primes PAC sur 1 900 hectares a donné un sacré coup de pouce pour financer le bâtiment… - © E. Bignon

Aux côtés de la Lituanie et de l’Estonie, la Lettonie fait partie des pays baltes. Traditionnellement, ces derniers constituaient « l’usine à lait » de l’ex-URSS. Et il y a quelques mois encore, la majorité de leurs produits laitiers était exportée vers la Russie. Depuis l’embargo russe, la filière laitière lettone (troisième place dans l’économie nationale) traverse une crise et demande le soutien de Bruxelles. Le prix du lait qui s’élevait à 310 €/1000 l avant l’embargo, a dégringolé à 210 €/1000 l. Dans ce petit pays — deux fois et demi la superficie de la Bretagne — une multitude de petits producteurs ne possédant qu’une ou deux vaches cohabitent avec des exploitations de 50 ou 200 vaches, voire plus. Cinq pour cent des élevages laitiers rassemblent 55 % de l’effectif de vaches laitières. Les éleveurs voient d’un bon œil la fin des quotas, instaurés il y a dix ans. « La moitié des élevages de grande dimension veulent doubler leur production, avance Vita Zalcmane de la société Dimela, un groupement vétérinaire local spécialisé dans le suivi des grands élevages(1). Ils disposent des surfaces nécessaires pour produire des fourrages et ne sont pas limités en surfaces d’épandage. » Pas étonnant que la production totale de lait augmente régulièrement et que les grandes fermes se développent. Il s’agit d’anciennes fermes étatisées reprises par les salariés qui se sont associés. « Sous l’ère soviétique, ces fermes collectives comptaient un effectif moyen de 600 vaches dont le rendement avoisinait les 4500 litres. Aujourd’hui, parmi les grosses structures laitières, certaines disposent encore de bâtiments entravés, peu ventilés et peu confortables, mais on trouve de plus en plus de bâtiments neufs construits à la mode hollandaise ou allemande, pour lesquels les exploitants perçoivent des subventions européennes. »

Un bâtiment trois étoiles


C’est le cas d’Egils Senkans à la tête d’une ferme privée de plus de 400 vaches hautes productrices, à Lestene, petit village à 80 km à l’ouest de Riga. Depuis le rachat des parts de ses associés il y a deux ans, il est seul aux commandes sur cette structure de 1900 hectares, employant 54 salariés dont 14 dédiés à l’atelier laitier. « Mon objectif est d’améliorer l’efficacité des animaux et la rentabilité de l’élevage ", indique ce manager, libéral dans l’âme. Les bâtiments, refaits à neuf en 2012, couvrent plus de 6200 m2. La stabulation des laitières, haute de 12 mètres, est divisée en quatre compartiments de 120 logettes sur matelas. Plus une aire paillée pour les vaches à problèmes ou fatiguées, et une nurserie adaptée aux besoins des veaux. « Nous avons conçu les bâtiments pour favoriser au maximum le confort animal », poursuit-il.



Egils Senkans, manager de l’exploitation, et la stabulation de 480 logettes
conçue 
pour offrir 
un maximum 
de confort aux Red lettones croisées avec des Holsteins.
Egils Senkans, manager de l’exploitation, et la stabulation de 480 logettes conçue pour offrir un maximum de confort aux Red lettones croisées avec des Holsteins. - © E. Bignon

Plus de lumière, donc plus de lait


Ce qui frappe en pénétrant dans la stabulation, c’est le calme et la clarté qui y règnent. Les conditions d’ambiance sont maîtrisées et les équipements adaptés aux conditions climatiques locales. Certaines nuits d’hiver, la température extérieure peut descendre jusqu’à - 30 °C alors qu’elle atteint les 40-45 °C en été ! Le bâtiment dispose de ventilateurs et d’extracteurs d’air. Les deux longs pans sont équipés de rideaux amovibles à commande électrique. « Tout est géré automatiquement en fonction de l’humidité et de la température. » La toiture métallique est isolée avec des panneaux de 30 mm d’épaisseur. Un système de chauffage par le sol, alimenté par l’énergie du méthaniseur et constitué d’un réseau de résistances coulées dans le béton, permet de lutter contre le gel. « L’hiver dernier, il faisait - 10 °C à l’extérieur et 0 °C à l’intérieur sans que les rideaux ne soient complètement fermés », témoigne Egils Senkans.
Pour booster la production des vaches, l’élevage mise aussi sur un éclairage high tech. « D’octobre à mars, nous avons opté pour un éclairage de 200 lux qui fonctionne 16 heures par jour. Depuis, nous parvenons à maintenir un taux de fertilité correct malgré la baisse de la durée du jour. »



Aucune vache ne change de lot en cours de lactation


Le troupeau est scindé en quatre lots : les primipares, deux lots de multipares (un lot haut et un lot bas) et les vaches taries. « Ce fonctionnement évite de pratiquer des changements de lot, en cours de lactation, sources de stress pour les animaux », indique Philippe Arzul de Vitalac, qui suit également le troupeau depuis plus d’un an. Chaque lot reçoit la même ration mélangée à base d’ensilage de luzerne, d’ensilage de maïs, de tourteau de colza et de céréales inertées. Seules les primipares et les vaches adultes en début de lactation reçoivent une complémentation au DAC avec un concentré qui titre à 19 % de protéine et 1 UFL. « Le DAC est le meilleur investissement réalisé, estime Egils Senkans. Sa programmation tient compte de la production des trois derniers jours. » « La fibrosité de la ration est aussi l’une des clés de la réussite, considère Philippe Arzul. À l’auge, les brins ne dépassent pas 2 cm ; cela contribue à former un matelas flottant au dessus du liquide ruminal. » Des conseils qui commencent à porter leurs fruits. Sur les douze derniers mois, le troupeau affiche une moyenne de 9 400 kg par vache. Alors qu’il ne s’élevait encore qu’à 6700 kg l’année précédente ! « Le principal facteur limitant tient désormais au potentiel laitier, Nous poursuivons nos efforts de sélection en multipliant les croisements avec des semences américaines en Holstein rouge ou noire. »

Les vaches passent dans la TPA 2X16 postes deux fois par jour avec trois trayeurs dans la fosse. Le taux cellulaire moyen ne dépasse pas 200 000 cellules.
Les vaches passent dans la TPA 2X16 postes deux fois par jour avec trois trayeurs dans la fosse. Le taux cellulaire moyen ne dépasse pas 200 000 cellules. - © E. Bignon

Une détection précoce des mammites

 

La salle de traite est équipée du mini-laboratoire Herd Navigator. Celui-ci analyse tous les matins les échantillons de lait de chaque vache et fournit quatre paramètres : la LDH (lactate déshydrogénase) pour la détection des mammites, la progestérone pour les chaleurs, gestation… les corps cétoniques et l’urée. « Via l’ordinateur, je connais la situation du troupeau et je repère facilement les vaches à problèmes, apprécie le manager. Le Herd Navigator est un très bon système pour détecter les mammites subcliniques avant apparition des symptômes. Cela nous permet d’anticiper, ce qui contribue à améliorer la qualité du lait. Nous avons seulement deux à trois cas de mammites par mois. »

(1) Lors d’un voyage d’études organisé par Vitalac.

La production lettone en quelques chiffres


• 871 000 tonnes de lait produit
• 736 000 tonnes de lait collecté
• 30 000 fermes produisant du lait, dont 10 000 avec un quota livraison
• 165 000 vaches laitières
• 5300 kg/VL
• 315 €/1000 l en 2013
• 39 laiteries


Source : Eurostat

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