Réussir lait 21 avril 2009 à 16h27 | Par A. Conté

SUR LA FERME ROTSCHILD (1) - « Tout découle de la gestion de la main-d’oeuvre »

Thierry Singeot a été pendant cinq ans responsable d’un troupeau de 210 vaches à 10 000 litres. Cet éleveur passionné (2) nous livre le fruit d’une expérience exceptionnelle.

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« La clef de la réussite, c’est de passer du
temps avec les animaux. Notre organisation
nous permettait d’avoir en permanence une
personne dans le bâtiment. »
« La clef de la réussite, c’est de passer du temps avec les animaux. Notre organisation nous permettait d’avoir en permanence une personne dans le bâtiment. » - © DR

Comment gère-t-on un grand troupeau ?

Le facteur essentiel est la gestion de la main-d’oeuvre et l’organisation du travail; tout le reste en découle. L’important est d’avoir une équipe très motivée, très soudée et que tous travaillent de la même façon. La conduite en lots devient nécessaire dès lors qu’on ne peut plus gérer correctement le troupeau en conduite traditionnelle. Pour moi, la barre se situe à un million de litres, mais cela dépend aussi du niveau de production.

En combien de lots aviez-vous réparti vos 210 vaches ?

Nous avions quatre lots de vaches traites. Un lot « début de lactation » de 20 à 40 vaches, jusque 3 semaines à 1 mois après vêlage. Un lot de 70 primipares, un lot de 70 « vaches adultes » et un lot de vaches en fin de lactation. S’y ajoutait un lot de taries.

L’organisation de la traite (dans une tandem) en découlait. Nous travaillions en équipe en 2x8 heures. Un premier salarié (spécialisé traite) arrivait à 4 h le matin, commençait la traite à 4 h 30 et finissait sa journée à 12h30. Un deuxième salarié (spécialisé traite) prenait le relais à 12h et repartait après la traite à 20h30. La traite des quatre lots durait 4 heures, avec un nettoyage entre chaque lot. C’est un vacher spécialisé qui s’occupait de la distribution de l’alimentation, de façon à être rigoureux dans les quantités distribuées.

Cette organisation permettait d’avoir en permanence une personne présente dans le bâtiment. La clef de la réussite, c’est de passer du temps avec les animaux.

Quel était votre objectif de production ?

Quand on emploie des salariés, la rentabilité passe avant tout par l’optimisation du coût de la main-d’oeuvre et donc par un niveau de production optimum. En cinq ans, l’élevage est passé de 245 vaches traites à 210 vaches pour la même quantité de lait produite. Nous sommes ainsi descendu de 9 à 7 UTH (un départ en retraite et un départ volontaire) grâce à une augmentation de la productivité de la main-d’oeuvre.

À mon départ (en 1997), le coût de production par litre de lait était de 2,10 francs dont 30 % pour la maind’oeuvre et 30 % pour l’alimentation. Pour moi, en dessous de 300 000 litres de lait pour une UTH salariée, la production laitière n’est pas rentable.

Pour cela, il est essentiel d’avoir des vachers bien payés, compétents, sur qui on peut se reposer à 100 %, avec des relations basées sur la confiance mutuelle.

Combien étaient payés vos salariés ?

À l’époque, ils gagnaient 8 000 F nets auxquels s’ajoutait le logement sur place (en région parisienne), pour 39 heures par semaine avec 4 heures payées en heures supplémentaires. Chaque salarié travaillait deux week-ends par mois qui étaient payés en heures supplémentaires et récupérés.

Le planning mensuel des salariés était organisé de la façon suivante :

- une semaine de traite (ou alimentation),

- une semaine de travaux divers (avec comme horaires 8h-12h - 14h-18h) : curage des vaches, nettoyage entretien du matériel, travaux de récolte… 

- une semaine de traite (ou alimentation),

- une semaine de récupération et de congés.

Le fait de diminuer l’effectif des vaches a permis de faire passer la durée de traite de 5 à 4 heures, de limiter le temps de paillage… Il a permis d’améliorer l’organisation du travail, et surtout de réduire le nombre de personnes de permanence le week-end de 3 à 2.

Comment conduisiez-vous l’alimentation et la repro ?

La conduite en lots permettait d’optimiser les rations. Les lots primipares et multipares recevaient une ration haute énergie (1UF- 17à 18 de MAT- 110 PDI) avec deux distributions par jour pour optimiser l’ingestion (+25 kgMS/jour pour les multipares !). Les fin et début de lactation avaient une ration plus fibreuse et un seul repas par jour.

Seules les fin de lactation et les taries allaient en pâture mais les autres lots étaient affouragés en vert. Côté repro, la conduite en bandes (comme en élevage porcin) nous a permis de gagner 15 points de réussite en première IA. On inséminait toutes les trois semaines 20-25 animaux qui vêlaient sur une période de dix jours. Pendant dix jours, nous n’avions donc plus de vêlages, ce qui permettait de faire un vide sanitaire et d’avoir moins de travail, puis ensuite d’avoir des lots de génisses homogènes.

La conduite en lots a-t-elle d’autres avantages ?

Oui. Elle permet de respecter chaque animal et en particulier les primipares. En réduisant l’effectif à des lots de 70 vaches, on limite la concurrence. Elle permet aussi de limiter la taille du parc d’attente pour la traite, donc il y a moins de béton, un temps de nettoyage réduit…

Entre chaque lot trait, le vacher fait une pause, s’aére en allant chercher le lot suivant, ce qui le rend beaucoup plus disponible pour observer les animaux pendant la traite. Quand on a passé 120 vaches d’affilée, on ne voit plus les mammites ! Le lot des débuts de lactation, les animaux plus à risques, est trait en premier quand le vacher est au mieux de sa forme. Et la conduite en lots, à chaque fois qu’on conduit les animaux à la traite, amène du mouvement. ■ Propos recueillis par Annick Conté

(1) La ferme Rotschild produisait environ 2 millions de litres de lait essentiellement transformé en Brie de Meaux fermier (AOC). Il a reçu des visiteurs d’une cinquantaine de pays !

(2) Il est aujourd’hui installé avec sa femme en Ille-et-Vilaine avec un quota de 443 000 litres de lait et une cinquantaine de vaches.

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