Réussir lait 07 décembre 2018 à 14h00 | Par Costie Pruilh

Sans OGM : le standard de demain ?

Le développement de lait de consommation et de fromages au lait issu de vaches nourries sans OGM se poursuit, pour les marchés français et allemand. Quel sera l’impact sur les élevages ?

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LE CONSOMMATEUR FRANÇAIS NE SEMBLE
PAS PRÊT À PAYER PLUS POUR LE SEUL
CRITÈRE « sans OGM », mais pour un
ensemble de promesses : pâturage,
bien-être animal... et sans OGM.
LE CONSOMMATEUR FRANÇAIS NE SEMBLE PAS PRÊT À PAYER PLUS POUR LE SEUL CRITÈRE « sans OGM », mais pour un ensemble de promesses : pâturage, bien-être animal... et sans OGM. - © P. Asset/Adocom/Cniel

Cela ne vous aura pas échappé : de plus en plus de transformateurs laitiers sollicitent des éleveurs pour produire du lait certifié issu de vaches nourries sans OGM. Ils lancent chacun à leur tour des collectes séparées, des lignes de transformation dédiées, un système de traçabilité et des contrôles internes et externes ; ce qui a un coût.

Ils répondent à la fois à la demande de clients allemands et de la grande distribution française. La difficulté est qu’il s’agit de deux marchés distincts, avec des réglementations et des cahiers des charges différents.

Le boom du sans-OGM interroge : ce critère deviendra-t-il un standard ? Tout dépendra du consommateur, répondent nos interlocuteurs dans ce dossier. Sera-t-il prêt à payer plus tous ses produits animaux ? Et si le coût du sans-OGM augmente, suivra-t-il ?

En Allemagne, plus de 50 % du marché est sans OGM

En Allemagne, « le sans-OGM représente plus de 50 % du marché des produits laitiers », indique Benoît Rouyer, économiste au Cniel. « Lidl ne propose dans ses rayons que du lait sans OGM », ajoute Philippe Leseure, de la Laiterie Saint Denis de l’Hôtel (LSDH). Dans d’autres pays européens, le sans-OGM représente aussi un gros marché. « Nos clients distributeurs tchèques ne proposent aux consommateurs que du sans-OGM. En République tchèque, il y a une forte orientation pour que tout le lait produit soit en filière sans OGM. En Autriche aussi, avec une forte proportion de bio, de lait de foin, de montagne et autres démarches, le « nourri sans OGM » représente une grosse part des produits laitiers. Idem en Europe du Nord », décrit Gérard Maréchal, de Lactalis.

« L’Allemagne est le premier client de la France à l’export, notamment pour les fromages. Cet engouement des consommateurs allemands est donc un enjeu majeur pour les transformateurs laitiers français », souligne Benoît Rouyer. Ces derniers ont donc mis en place des filières en « nourri sans OGM » pour avoir accès à certains marchés allemands. Il s’agit essentiellement de fromages de grande masse (emmental, pâtes molles), pas de produits laitiers de niche.

En Allemagne, le sans-OGM est un critère de différenciation fort. « Souvent, les produits destinés au marché allemand ne mettent en avant que le critère sans OGM », précise Florence Quioc, de Sodiaal.

Pour les marques françaises, un critère associé à d’autres...

Traditionnellement en France, les filières sans OGM existent depuis que les OGM existent. Le bio et beaucoup d’AOP laitières interdisent les OGM dans l’alimentation du troupeau laitier. Depuis 2017, le sans OGM est une garantie mise en avant sur les étiquettes des produits laitiers. Il est un critère de différenciation pour des laits conventionnels, c’est-à-dire hors signes officiels de qualité. En France, cette filière sans OGM n’en est qu’à ses débuts, contrairement à l’Allemagne.

Les rayons de la distribution arborent depuis peu plusieurs marques qui certifient que le lait utilisé est issu de vaches nourries sans OGM. Pour l’heure, ce sont essentiellement des laits de consommation : le lait «Vachement bon» de Gillot, le lait C’est qui le patron, les Laitiers responsables de Sodiaal, l’Appel des prés de Lactalis, le lait Prospérité fermière, des laits sous marque distributeur (MDD) Monoprix, Auchan, Lidl... Mais la gamme va vite s’étoffer, avec de la crème, des fromages – fromages Bel, emmental et pâtes pressées pour des MDD... pour valoriser au maximum le lait collecté pour cette filière.

Du pâturage, un retour de valeur vers l'éleveur...

Une des différences majeures avec l’Allemagne est que les produits laitiers destinés au marché français ne se contentent pas d’une promesse « sans OGM ». Ils mettent en avant d’autres atouts : pâturage des vaches, autonomie alimentaire des fermes, bien-être animal, caractère équitable du produit avec un retour de rémunération pour l’éleveur. « Les attentes des consommateurs français semblent plus complexes. Mettre en avant le seul critère sans OGM met trop le doute sur les autres produits laitiers. Et les distributeurs estiment que les consommateurs français ne sont pas prêts à payer plus pour ce seul critère », indique Arnaud Bernstein, de Sodiaal. « Il faut d’autres critères comme le pâturage et le bien-être animal qui sont bien supérieurs pour le consommateur », ajoute Gérard Maréchal.

Sans OGM rimera avec plus d’autonomie alimentaire

Dans les élevages, le sans-OGM implique donc souvent une recherche d’autonomie alimentaire, avec un développement des fourrages riches en protéine et de l’herbe, notamment pâturée. Les cahiers des charges des laiteries engendrent des surcoûts, surtout sur les exploitations qui ne sont pas très herbagères et autonomes. Et le changement climatique corse l’équation pour tous.

La grande majorité des laiteries fait un complément de 10 euros pour 1 000 litres pour couvrir le surcoût aux éleveurs qui s’engagent sur le critère sans OGM uniquement. Quand il y a des exigences pâturage et bien-être animal, les systèmes de rémunération sont diff érents selon les laiteries, avec parfois une notion de prix garanti.

En élevage, le coût du sans-OGM est surtout lié au changement de complément alimentaire, qui doit être certifié « sans OGM ». La principale matière première concernée est le tourteau de soja, qui en filière conventionnel est OGM et importé. Étant donné le prix du tourteau de soja certifié sans OGM, les fabricants d’aliment et les éleveurs cherchent d’autres matières premières riches en protéines garanties non OGM.

Une prime de 10 euros qui pourrait évoluer à l’avenir

Or, toutes les filières animales (bovin, volaille, porc...) développent des démarches du type « nourri sans OGM ». La question de la disponibilité et du prix des aliments certifiés est sur toutes les bouches.

« Aujourd’hui, l’alimentation animale française a encore de la marge pour répondre aux demandes en sans-OGM. Mais demain, il y aura un manque de disponibilité pour des matières premières françaises riches en protéines. Veut-on développer le sans-OGM à coût raisonnable en acceptant des matières premières importées ? Ou veut-on de la protéine française qui a un coût ? », a lancé Sébastien Windsor, vice-président de la FOP(1), lors d’une conférence-débat au dernier Space à Rennes. Dans ce dernier cas, si le surcoût est répercuté au consommateur, il y a un risque qu’il se détourne au profit d’aliments sans exigence vis-à-vis des OGM. Et les filières auront tout perdu. À l’inverse, si la prime aux éleveurs n’évolue pas, « il y aura des déconverdéconversions d’exploitations », prédit Philippe Leseure.

On le voit bien, l’essor de ces filières reste encore incertain. « Aujourd’hui, nous parvenons à répercuter tous les coûts sur le produit final car c’est un produit spécifique. Demain, si on passe sur un marché plus important, avec beaucoup de concurrents, ce sera plus compliqué », considère Arnaud Bernstein. Or, c’est ce qui se profile, avec de nombreux produits laitiers qui arriveront dans les rayons de supermarché en 2019. « Si le consommateur considère le sans-OGM comme indispensable, il faudra que le prix lui soit répercuté », insiste Gérard Maréchal. Sinon, les laiteries réduiront la voilure du sans-OGM.

Le consommateur aura le dernier mot. C’est son acte de consommation qui fera que le sans-OGM deviendra ou non un standard à l’avenir. Selon les laiteries interrogées, il semble qu’il tend à devenir un standard des signes de qualité et des laits différenciés pour lesquels le consommateur sera prêt à payer.

Le Cniel prépare un cahier des charges

Dans le cadre du plan de filière et de sa démarche France Terre de lait, le Cniel prépare un référentiel français pour le lait issu de vaches nourries sans OGM qui concernera les éleveurs, transformateurs, fabricants d’aliments. Ainsi qu’un autre référentiel pour le lait de pâturage. « Tous les acteurs de la filière veulent une définition commune pour ces deux critères de différenciation, pour créer de la valeur ajoutée. En effet, trop de cahiers des charges différents tuent la différenciation, rappelle Caroline Le Poultier, directrice générale du Cniel. L’interprofession doit aboutir en fin d’année ou début 2019. »

3 mois de conversion pour l'Allemagne, 6 mois pour la France !

Pour le sans-OGM, « l’Union européenne permet des règlementations différentes selon les États membres. Le Cniel plaide pour une harmonisation européenne. Il y a quelques différences entre la France et l'Allemagne qui peuvent être sources de distorsion de concurrence. Aujourd’hui en France, pour qu’un lait soit certifié issu de vaches nourries sans OGM, il doit provenir d’animaux ayant été nourris sans OGM depuis au moins six mois. En Allemagne, la durée de conversion est de trois mois. Or, il n’y a pas de différence entre un lait issu de vaches nourries avec ou sans OGM ! Au nom de quoi les filières françaises continueraient-elle à subir ce surcoût ?

En attendant l'harmonisation des règlementations, le label allemand de Vlog n’a pas d’équivalent en France. "La France a besoin d’un cahier des charges national, pour permettre une reconnaissance mutuelle entre nos deux pays. L’idée n’est pas forcément de faire un copier-coller du contenu du Vlog », indique Caroline Le Poultier.

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