Réussir lait 26 janvier 2018 à 01h00 | Par Véronique Bargain

Réussir le semis et le désherbage de la betterave fourragère

Un temps délaissée pour des contraintes de mécanisation, la betterave fourragère intéresse à nouveau. Pour ceux qui voudraient se lancer, voici ce qu’il faut savoir sur la culture de la betterave.

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La maturité est atteinte quand les feuilles de la base du collet sont desséchées, vers le 15 octobre.
La maturité est atteinte quand les feuilles de la base du collet sont desséchées, vers le 15 octobre. - © V. Bargain

Une implantation idéale après prairie

La betterave peut s’implanter après n’importe quelle culture sauf maïs, colza et betterave (respecter un intervalle de 3-4 ans entre deux betteraves). L’implantation après prairie est idéale, la betterave valorisant bien l’azote libéré par un retournement de prairie. Le pH du sol doit être de 6,5 à 7. Un pH inférieur à 6 entraîne un risque de jaunissement physiologique avec ralentissement plus ou moins prononcé de la culture. Il faut donc chauler sur la culture précédente. Le chaulage ne doit toutefois pas être trop récent, ce qui peut provoquer un blocage du bore entraînant la maladie du cœur creux. « Il est important d’analyser le sol quelques mois avant le semis », insiste Élodie Tranvoiz, de la chambre d’agriculture de Bretagne. Les semences étant petites, le travail du sol doit produire une structure meuble et fine en surface. Il peut se faire par un labour de printemps ou un décompactage, suivi d’un passage de vibroculteur puis d’une herse étrille à vitesse moyenne. La culture étant sensible au lissage, semelle de labour, sol compacté, il est conseillé de ne pas semer si de fortes pluies sont annoncées.

Choisir une variété à teneur en MS moyenne

Le choix de la variété en vache laitière se fait surtout parmi les variétés fourragères-sucrières qui ont une teneur en matière sèche moyenne, sont moyennement enterrées et représentent un bon compromis entre UF/ha et facilité de consommation. « Plus le taux de matière sèche est haut, plus le rendement UF/ha est élevé mais plus les betteraves sont dures à consommer », signale la technicienne. Il est conseillé de choisir des variétés tolérantes à la rhizomanie, maladie d’origine virale qui entraîne la formation de nombreuses radicelles au détriment de la racine.

Assurer une levée rapide et homogène

Le semis est une étape clé. Il doit se faire sur un sol bien ressuyé et réchauffé (8 °C minimum). Des dégâts de gel sont possibles si la température descend sous - 3 °C. De plus, les semis précoces sont souvent la cible des limaces. Il faut donc être patient et semer entre fin mars et fin avril. Le semis se fait au semoir pneumatique pour les semences nues, au semoir pneumatique ou mécanique en semences enrobées, à 45-50 cm d'écartement et 16 à 19 cm entre graines. Pour une levée homogène, semer à 2-3 cm de profondeur et à vitesse lente (4 km/h). La densité de semis dépend de l’écartement choisi. Pour un écartement de 45-50 cm, elle est de 120-130 000 graines/ha, soit 90 000 à 100 000 plants/ha. Depuis peu, on trouve des plants de betterave fourragère en mini-mottes qui permettent de raccourcir la culture. Le coût des plants et le besoin en main-d’œuvre pour la plantation font toutefois que cette solution convient surtout en bio ( voir Des essais encourageants pour la betterave bio en mini-mottes ).

On trouve désormais des godets spécifiques qui nettoient, coupent et distribuent les betteraves.
On trouve désormais des godets spécifiques qui nettoient, coupent et distribuent les betteraves. - © V. Bargain

 

Pas d’apport d’azote après prairie

Les besoins en azote sont de 200 kg/ha maximum, surtout de juin à août. Pour un sol fournissant 100 UN/ha, on peut apporter 30-40 t/ha de fumier de bovin ou 30 m3/ha de lisier de bovin, puis 90-100 UN/ha d’azote. Après prairie, la betterave pouvant capter 300 kg N/ha, aucun apport n’est nécessaire. La culture est par contre exigeante en phosphore et en potasse. Selon les analyses de sol, on peut apporter 60 unités de P2O5 et 160 unités de K2O.

Être rigoureux sur le désherbage

La couverture du sol étant assez lente et le rendement pouvant être très affecté par les adventices, le désherbage est un poste essentiel mais compliqué, du fait notamment de la sensibilité de la betterave aux herbicides. Les principales espèces visées sont la matricaire, la renouée des oiseaux, l’amarante, la renouée persicaire et le fumeterre. La lutte commence avant le semis par un travail du sol et éventuellement un faux-semis. Après prairie, il est conseillé de casser celle-ci assez tôt. Le désherbage chimique peut se faire en pré-levée (importance de l’humidité) et post-levée, avec plusieurs combinaisons possibles. Il peut aussi se faire uniquement en post-levée, avec alors la nécessité d’intervenir sur adventices très jeunes, par temps poussant et bonne hygrométrie, ce qui implique une surveillance de la parcelle tous les deux jours. Le désherbage mécanique, pratiqué notamment en bio, peut se faire à la herse étrille si la graine est enterrée profondément (3-4 cm) puis par binage dès l’apparition des rangs. Trois passages de bineuse sont nécessaires, le dernier étant associé au buttage pour étouffer les adventices sur le rang.

Éliminer les betteraves montées à graines

Il est aussi impératif d’éliminer les betteraves montées à graines pour éviter les repousses très abondantes dans les cultures suivantes, le plus simple étant de les arracher dès la floraison. La betterave est par ailleurs peu sensible aux aléas climatiques. La suppression en septembre 2018 des traitements de semences pourrait toutefois entraîner plus de dégâts de taupins et de mouches. « L’important est d’attendre pour semer que le sol soit assez réchauffé pour limiter le développement des ravageurs », conseille Élodie Tranvoiz. Le rendement, supérieur de 30-40 % à celui du maïs, est assez régulier, d’en moyenne 15-20 t MS/ha.

 


Le chargement doit permettre de limiter la présence de pierres et de terre, même si celle-ci n'entraîne pas de butyriques. Certains éleveurs construisent aussi des systèmes d'épierrage basés sur la flottaison des racines.
Le chargement doit permettre de limiter la présence de pierres et de terre, même si celle-ci n'entraîne pas de butyriques. Certains éleveurs construisent aussi des systèmes d'épierrage basés sur la flottaison des racines. - © V. Bargain

Une culture désormais bien mécanisée

Si les contraintes de mécanisation ont un moment freiné le développement de la betterave, des solutions existent aujourd’hui en culture, récolte et distribution.
• Pour la récolte, la solution la plus économique est le pâturage (2 rangs et 2 heures par jour), à réserver aux parcelles portantes. Mécaniquement, la récolte se fait en trois étapes : effeuillage, arrachage, chargement. Elle peut se faire avec le matériel de l’exploitation ou en Cuma. La plupart des entreprises de travaux agricoles disposent aussi aujourd’hui d’automotrices qui réalisent les trois étapes en un passage. Le stockage en tas (3-4 m de large x 1,80 m de haut maxi) peut se faire dans un hangar ou à l’extérieur, si possible sur une dalle en béton. En cas de gel inférieur à - 3 °C, il est conseillé de couvrir le tas de 5-10 cm de paille et d’une bâche, à enlever dès que le risque est passé pour permettre à la betterave de respirer.
• La distribution peut se faire à la désileuse ou au godet désileur. On trouve aussi désormais des godets spécifiques qui séparent la terre et les pierres, découpent les betteraves et les distribuent.

La betterave a de multiples intérêts

La betterave fourragère permet de diversifier les rotations avec une espèce d’une autre famille que les cultures habituelles, ce qui présente des intérêts au plan sanitaire. Elle valorise très bien l’azote issu d’effluents et du retournement d’une prairie, ce qui la rend notamment intéressante dans les zones à problèmes de nitrates. Elle est peu sensible aux aléas climatiques, récupère bien après une sécheresse et assure un rendement régulier. Riche en énergie, appétente, elle permet d’équilibrer une ration à base d’herbe, peut permettre un gain de 1 à 1,5 point de TP et 1 à 3 points de TB et a des effets positifs sur la santé. Elle peut servir de troisième culture dans le cadre des aides PAC. Enfin, si les charges à l’hectare sont assez élevées (900-1 000 €/ha), le coût de la tonne de matière sèche est similaire à celui du maïs et elle améliore le coût alimentaire.

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