Réussir lait 02 décembre 2005 à 17h56 | Par Denis Lucas

Réduire la facture énergétique - Le gasoil est cher, économisons-le !

Du choix du tracteur à sa conduite, en passant par le réglage des outils, de nombreux aspects de l´utilisation du tracteur peuvent être des sources d´économie de carburant.

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Utiliser un tracteur adapté au travail à réaliser et organiser efficacement son travail
La consommation est proportionnelle à la puissance du moteur. Il faut donc adapter la puissance au travail à réaliser. Eviter par exemple d´utiliser un tracteur de 120 chevaux pour tracter une presse à balles rondes alors qu´un quatre cylindres de 90-100 chevaux pourrait suffire. Eviter aussi d´utiliser un tracteur à six cylindres pour « bricoler » dans la ferme, car pour une même utilisation, la différence de consommation par rapport à un quatre cylindres est d´autant plus importante que le moteur du tracteur est peu sollicité.
Il faut organiser le travail de manière à éviter de laisser le tracteur tourner au ralenti inutilement. Le gain peut être important, pour les tracteurs de cour de ferme.
Vouloir travailler au champ à vitesse élevée avec un outil de faible largeur (et donc moins cher) pour avoir un débit de chantier élevé peut se révéler être un mauvais calcul.

Pour travailler plus vite, on peut être amené à augmenter le régime du moteur (notamment si l´étagement de la boîte de vitesse n´est pas adapté) ce qui augmente non seulement la consommation par hectare mais aussi l´usure des outils, qui s´accroît par exemple de 50 % lorsque l´on passe de 8 à 10 km/h. Utiliser un outil plus large en travaillant moins vite, mais à pleine charge permet de rentabiliser le tracteur en ayant le même débit de chantier tout en avançant moins vite et donc en réduisant la consommation et l´usure.
Il faut aussi se poser la question s´il est toujours nécessaire de rouler à la vitesse maximale sur la route. Entre 30 et 40 km/h, la différence de consommation pour un même tracteur peut atteindre 10 %. Prenons l´exemple d´un chantier de transport d´ensilage : si arrivé au champ, le chauffeur doit attendre son tour avant de charger, le gaspillage de gasoil est double. A la fois au niveau du gasoil consommé en plus pour rouler plus vite sur la route et du gasoil consommé par le tracteur au ralenti pendant le temps d´attente.
Pour passer moins souvent à la pompe, il est possible de conduire le tracteur de manière économique. ©S. Leitenberger

Adopter une conduite économique
La pratique d´une conduite économique passe par la connaissance des caractéristiques du moteur (courbes de puissance, de couple et consommation)(1). Il faut éviter de travailler dans la zone de charge partielle (entre le régime maximal et le régime nominal) où la consommation spécifique peut être très importante. La zone de pleine charge (entre le régime nominal et le régime de couple maximum) présente une consommation spécifique assez stable, qui atteint un minimum au voisinage du régime de couple maximum.
Pour pouvoir exploiter les caractéristiques du moteur et faire correspondre le régime de fonctionnement optimal avec la vitesse d´avancement souhaitée, il est nécessaire d´avoir une boîte de vitesses comportant suffisamment de rapports et un étagement des rapports adapté. De ce point de vue, les transmissions à variation continue apportent une grande souplesse d´utilisation avec une gestion moteur-transmission optimisée.

Les transmissions actuelles permettent aussi de rouler sur la route à la vitesse maximale avec un régime moteur de seulement 1900 voire 1500 tr/min. La consommation de carburant peut ainsi être réduite de 25 %. A noter que le gain est plus important à vide que lorsque le tracteur tire une charge.
L´utilisation des régimes de prise de force économiques du tracteur (lorsqu´ils existent) permet aussi de diminuer la consommation.
Il est aussi possible d´adopter quelques astuces : utiliser la prise de force 1 000 tr/min en laissant le tracteur tourner au ralenti pour entraîner le compresseur d´une tonne à lisier à 540 tr/min lors du remplissage.

Optimiser la liaison tracteur-outil et le réglage des outils
Le réglage de l´attelage trois points et de sa convergence permet une bonne exploitation du tracteur.
Dans la majorité des cas, la convergence longue est la plus appropriée car elle offre la meilleure efficacité du relevage (plus grande capacité de relevage et dégagement). Elle donne aussi un meilleur comportement à l´outil (moins de variations de profondeur) et améliore sa pénétration en terre. La convergence courte n´est à utiliser qu´avec un outil supporté par des roues et attelé en position flottante (sans contrôle de position ni d´effort). On a ainsi un meilleur transfert de charge de l´outil vers le tracteur et un meilleur report de charge de l´avant du tracteur vers l´arrière.
Le réglage des outils est aussi à prendre en compte. Si l´on prend l´exemple de la charrue, le réglage du dévers de pointe vise à corriger les effets du désaxage de la ligne de traction et ainsi éviter d´avoir à braquer les roues vers le labour, une source de surconsommation.

Il convient aussi d´adapter la profondeur de travail des outils. Plus on brasse un volume de terre important, plus cela nécessite de l´énergie. Il n´est pas nécessaire par exemple de faire travailler une herse rotative à plus de 10 cm de profondeur. Pour le déchaumage, un travail de surface est suffisant si l´on souhaite faire un faux-semis.
L´entretien des outils tranchants, qui pénètrent dans le sol ou coupent des tiges, est aussi une source d´économie de carburant.
Le réglage des outils a aussi un effet sur la consommation de carburant. ©B. Compagnon

Adapter la pression des pneus et le lestage du tracteur
Le bloc de masses qui reste à l´avant du tracteur alors qu´il n´est pas nécessaire est à proscrire. Le poids mort du tracteur influence fortement la consommation. Il faut notamment éviter le gonflage à l´eau. Avoir un tracteur léger et lui ajouter des masses uniquement lorsque cela est nécessaire est plus logique à priori. Cependant, s´il est facile d´enlever des masses placées sur un relevage avant, il est plus difficile d´enlever les masses placées sur les voiles de jantes à l´arrière, étant donné leur poids important.
Le poids idéal du tracteur par rapport à l´outil est un compromis entre les pertes par roulement (proportionnelles au poids) et les pertes par patinage (inversement proportionnelles au poids). Dans le cas des tracteurs à roues, les pertes par roulement sont prépondérantes. Un tracteur qui ne patine pas (dans la limite de 15 %) est un tracteur trop lourd par rapport à l´outil qu´il tracte.

Adapter la pression des pneus à chaque utilisation permet aussi un gain de consommation. Dans l´idéal il faudrait pouvoir diminuer la pression pour la traction au champ, et l´augmenter pour le transport. Des systèmes de télégonflage existent mais leur rentabilité est à évaluer suivant les conditions d´utilisation car l´investissement est élevé.
Entretenir le tracteur
La vérification des niveaux, la vidange et le changement des filtres selon les préconisations du constructeur sont un minimum, de même que l´entretien du filtre à air (surconsommation de 7 % avec un filtre colmaté à 10 %). Un entretien plus poussé (la vérification des injecteurs notamment) doit être effectué régulièrement.
Le contrôle des performances des tracteurs par les bancs d´essai, que ce soit chez les concessionnaires ou avec les bancs mobiles(2), permet de détecter des disfonctionnements et surconsommations. Sur les 700 à 800 tracteurs contrôlés chaque année dans le grand Ouest par l´association Aile, plus de la moitié présente une surconsommation qui est en moyenne de 1,5 litre par heure.

Les carburants et lubrifiants utilisés sont aussi à prendre en compte. Des pétroliers proposent des gasoils spécifiques, différents du fioul traditionnel, qui facilitent les démarrages à froid et sont plus adaptés aux moteurs à injection à haute pression. La meilleure combustion peut permettre de réduire la consommation de 3 à 10 %. Ces carburants étant plus chers, l´idéal est de tester l´économie possible dans ses propres conditions d´utilisation.
Des lubrifiants adaptés permettent aussi une économie de carburant grâce à une réduction des frottements des pièces en mouvement et à un meilleur rendement. Enfin, le moyen le plus évident d´économiser du carburant, c´est de moins utiliser son tracteur, par exemple en réduisant le nombre de façons culturales.


(1) Plusieurs sites internet fournissent les résultats d´essais officiels de tracteurs avec les courbes des moteurs :
www.fat.admin.ch/f/publi/tbon/
www2.oecd.org/agr-coddb/index_fr.asp
www.dlg.org/fr/tests-pour-l-agriculture/rapports.html (en allemand)
(2) Aile dans le grand Ouest, la Chambre régionale d´agriculture de Poitou-Charentes, Top Machine Aquitaine, l´Arpe/FRCuma Est et la FRCuma Rhône-Alpes.

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