Réussir lait 06 avril 2018 à 18h00 | Par Annick Conté

Réagir dès les premières mouches pour éviter la prolifération

Une lutte réussie contre les mouches doit être anticipée, commencer tôt et s’inscrire dans la durée. Il est illusoire de croire en l’efficacité d’un traitement réalisé en été ponctuellement.

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- © A. Conté

Beaucoup sont déçus par les résultats des traitements contre les mouches. Le problème, c’est qu’au moment où l’on réagit, il y a souvent 300 fois plus de larves en train de devenir adultes que de mouches adultes. Pour empêcher l’emballement estival, il faut agir dès le début du printemps au moment où les mouches qui ont hiverné se réveillent.

Car une fois démarré, le processus de multiplication croît de façon exponentielle. Une mouche pond entre 600 et 2200 oeufs au cours de sa vie, et son cycle de reproduction s’accélère au fur et à mesure que la température augmente. Quand il fait chaud et humide, il suffit de quelques jours !

Si l’on veut enrayer la prolifération, la pression doit s’exercer simultanément à plusieurs niveaux.

1 - Des abords et des bâtiments propres et secs

« Le cocktail favorable aux mouches, c’est de la chaleur, de l’eau et de la matière organique, explique Rachid Oualif, technicien Farago Rhône. La matière organique sert de lieu de ponte et de nourriture aux larves. La première mesure est donc de réduire au maximum ces lieux de ponte. Il faut être vigilant sur les abords des silos (refus d’ensilage décomposés) et stockage d’aliment, vider les fumières et aires paillées au printemps, nettoyer régulièrement les logettes.

L’idéal est d’éloigner les fumiers à plus de 300 m des animaux ; à défaut, il est conseillé de bâcher la fumière pour en interdire l’accès.

Il faut aussi assécher les zones mouillées, et bien ventiler les bâtiments pour enlever l’humidité. Et redoubler d’hygiène dans les nurseries, en éviter les restes de lait.

Il faut aussi brasser régulièrement la fosse à lisier (tous les quinze jours) et vidanger périodiquement en système caillebotis. « Ce sont les bâtiments sur caillebotis qui posent le plus de difficultés. À cause notamment des problèmes de vers à queue qui deviennent des éristales (faux bourdons). Même si ces mouches ne piquent pas les vaches, elles les stressent ».

2 - Lutte chimique : attaquez-vous très tôt aux larves et murs ensoleillés

Les mouches adultes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’utilisation seule d’adulticide est source d’échec car la population devient très vite incontrôlable. Il est primordial de s’attaquer aux larves : une larve non tuée en avril peut engendrer un million de mouches jusqu’au mois d’août !

Les larvicides inhibent la mue : ils empêchent la formation des pupes (le dernier stade larvaire). Il faut commencer le traitement dès le début du printemps dans tous les endroits où les larves sont susceptibles de se développer : sur les litières en zones non piétinées par les animaux (les bordures d’aires paillées et de logettes, près des murs et des cornadis, sous les abreuvoirs, autour des poteaux...), dans les fumières et les fosses à lisier, sous les caillebotis, dans les grilles d’évacuation des jus, sous les porte-seaux….

« Un traitement larvicide toutes les 3-6 semaines (cyromazine) est nécessaire sur les fumiers et lisiers (il faut recharger quand le niveau monte) ; sur les zones non piétinées un traitement toutes les 6-8 semaines peut suffire», préconise Jean-Marie Nicol, vétérinaire.

Les adulticides sont aussi à utiliser dès mars avril sur les murs ensoleillés où aiment se poser les premières mouches. Elles affectionnent généralement aussi le tour des portes et fenêtres, le haut des murs, les plafonds, les couvercles de seaux accrochés aux poteaux…. Ne cherchez pas à mettre du produit partout.

La propreté des parois est essentielle pour l’efficacité des insecticides. Les surfaces traitées ne doivent pas être lavées. Les produits avec excipient huileux sont plus efficaces car plus rémanents, mais ils sont aussi plus chers et se dégradent moins bien dans l’environnement.

Traitez en l’absence des animaux soit par pulvérisation ou en localisé sous forme de badigeon. Il faut varier les matières actives pour éviter l’apparition de résistance. Et bien se protéger lors de l’application des insecticides.

Pour avoir des résultats, il faut être rigoureux. «Le calendrier des traitements doit être respecté, insiste Rachid Oualif. Et plus on commence tôt, mieux c’est. Si aucune action n’est réalisée lors de l’apparition des premières mouches, les tentatives de régulation en cours de saison auront peu de chance de réussir».

Farago a suivi l’année dernière sept élevages habituellement confrontés à une très forte pression de mouches : «ceux qui n’ont pas été envahis sont ceux qui ont traité tôt et tous les 21 jours, sans louper un ou deux traitements».

- © Réussir d'après MSD santé animale

3 - Lutte biologique : une alternative efficace

La lutte biologique repose sur l’utilisation de prédateurs des oeufs ou des pupes ; ils ne s’attaquent pas aux mouches adultes. Elle est efficace, à condition là aussi d’être rigoureux dans le suivi du protocole et d’intervenir très tôt. «Nous proposons deux types d’auxiliaires, explique Damien Morel de la société Appi. Le premier, ce sont des acariens qui mangent les oeufs. Ils s’installent très bien dans la paille. Il faut traiter les lieux de ponte une ou deux fois par an. Nous proposons également un larvicide : il s’agit de mini-guêpes (sans dard). Elles consomment les pupes des mouches qui se développent dans les fumiers».

Le produit contient des pupes de mouches parasitées par des mini-guêpes. Une fois libérée dans l’élevage, chaque mini-guêpe va rechercher des pupes, les perforer et y déposer 4-5 oeufs. Les adultes issus de ces oeufs vont parasiter d’autres pupes de mouches, et les mini-guêpes vont ainsi prendre la place des mouches en empêchant leur éclosion. Elles ne sont pas envahissantes, elles volent quelques centimètres au-dessus de la litière. «Ces insectes, tout comme les acariens, sont naturellement présents sur le territoire français. Les produits sont contrôlés et certifiés ; ils sont inoffensifs pour l’homme, l’animal et l’environnement. »

Vidéo sur Appi wasp

Ces prédateurs sont commercialisés via des distributeurs, comme Terrena. La coopérative propose par ailleurs un troisième auxiliaire pour traiter les liquides (fosse à lisier, fosse sous caillebotis). « Il s’agit d’une mouche qui mange les larves des autres mouches», explique Christelle Grellier de Terrena. Cette mouche ne vole pas vraiment, elle reste 10-15 cm au-dessus de la litière ». Vidéo de Terbiozz

Les apports de ces larvicides biologiques doivent être très réguliers (tous les mois) pour casser le cycle de développement de la mouche.

«Quand il y a des problèmes d’efficacité, c’est très souvent un souci au niveau du bâtiment, pas assez ventilé, lié à une litière très humide : il suffit souvent de mettre un asséchant ou de revoir le paillage.»

L’idéal est de faire venir des prédateurs dans la nurserie : «c’est l’endroit où il y a le plus de larves.» Terrena commercialise ces produits par contrat à l’année : « c’est indispensable car ils sont vivants, on ne peut pas faire de stocks. La durée de conservation est limitée» Leur mise en place est très simple et rapide, et elle ne nécessite pas de protection de protection spécifique.

«Pour protéger les animaux au pâturage,l’utilisation d’un pour-on est compatible, si nécessaire.» Il existe des produits à base d’huile essentielle, qui ont une action répulsive vis-à-vis des mouches adultes, mais leur rémanence est moyenne et ils nécessitent un bâtiment fermé.

4 - Des moyens mécaniques de lutte complémentaires

Les pièges collants permettent capturer dès le printemps les mouches qui ont survécu à l’hiver. Mais leur efficacité est limitée en période d’infestation massive. Il existe aussi des destructeurs électriques : les mouches attirées par la lumière du néon (à remplacer tous les ans) sont électrocutées.

En salle de traite, un ventilateur dont les pales rabattent l’air sur les animaux permet d’avoir des vaches plus calmes. Le flux d’air doit souffler face aux vaches lorsqu’elles arrivent dans l’aire d’attente de façon à repousser les mouches. Mais le trayeur n’apprécie pas toujours le courant d’air !

Une autre solution est d’installer une brumisation d’eau à l’entrée de l’aire d’attente. De l’eau est pulvérisée à haute pression formant ainsi des microgouttelettes qui rafraîchissent l’air sans mouiller. C’est délicat à régler mais très efficace. La couleur des murs a aussi son importance : les teintes bleues et vertes ont tendance à faire fuir les mouches alors que les teintes beiges et orangées les attirent.

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