Réussir lait 05 septembre 2016 à 08h00 | Par V. Rychembusch

Profitez des repousses d’herbe d’automne !

L’herbe d’automne a une bonne valeur alimentaire, contrairement à une idée répandue, et sa valorisation peut permettre des économies de fourrage et concentré. Conseils et mode d’emploi.

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MÊME DES VACHES HAUTES PRODUCTRICES
en début de lactation peuvent
profiter de l’herbe d’automne, bien
complémentaire du maïs.
MÊME DES VACHES HAUTES PRODUCTRICES en début de lactation peuvent profiter de l’herbe d’automne, bien complémentaire du maïs. - © V. Rychembusch

Ce n’est pas parce que vous avez rouvert le silo de maïs qu’il faut faire une croix sur le pâturage. Les repousses d’herbe d’automne constituent en effet une ressource fourragère qui ne manque pas d’intérêt. « Elles peuvent être plus ou moins abondantes en fonction de la date du retour des pluies et de leur importance, reconnaît Pascal Le Coeur, ingénieur au pôle herbivore des chambres d’agriculture de Bretagne. Il faut au moins 50 mm de pluie et des températures pas trop élevées, inférieures à 25 °C, pour bénéficier de repousses exploitables par les animaux. Mais si c’est le cas, la pousse, boostée par la minéralisation, peut être explosive. »

Et, contrairement à une courante idée reçue, la valeur alimentaire de cette herbe d’automne est tout à fait satisfaisante, proche de celle du printemps.

Pour un ray-grass anglais pur, on peut compter sur 1 UF, 110 g de PDIN et 90 de PDIE/kg de MS. Pour une prairie d’association ray-grass anglais et trèfle blanc, les valeurs avoisinent 1 UF, 140 g de PDIN et 100 g de PDIE. « Et grâce à sa richesse en azote soluble, l’herbe d’automne est très complémentaire du maïs. »

Un retour sur investissement exceptionnel

La place de cette herbe dans la ration va dépendre de la pousse et de la surface disponible. En système herbager, avec plus de 45 ares par vache et de bonnes conditions de pousse et de pâturage, l’herbe pâturée peut encore sur septembre-octobre assurer l’essentiel de la ration, avec des niveaux de production de plus de 22 kg. Sans aller jusque-là, en système moins herbager, l’herbe d’automne mérite d’être valorisée.

POUR BIEN VALORISER
L’HERBE D’AUTOMNE,
un seul mot d’ordre :
limiter les quantités
de fourrages stockés
distribués
aux vaches.
POUR BIEN VALORISER L’HERBE D’AUTOMNE, un seul mot d’ordre : limiter les quantités de fourrages stockés distribués aux vaches. - © V. Rychembusch

« Avec 25 ares par vache et une pousse de 25 kg/ha/jour, ce qui est une situation très courante à l’automne dans de très nombreuses régions, on a plus de 5 kg de MS à pâturer par vache et les valoriser va faire la différence », estime Pascal Le Coeur.

Ces 5 à 6 kg de MS d’herbe permettent en effet d’économiser 5 kg de MS de maïs et 1,5 kg d’un correcteur azoté type soja, sans affecter la production, « même pour des vaches hautes productrices en début de lactation, au contraire. Le fait de diversifier la ration avec un peu d’herbe pâturée apporte un plus. Et, en termes de coût alimentaire, le gain à attendre approche les 30 €/1 000 l."

En effet, en ration maïs plat unique (17 kg de MS à 45 €/t) équilibrée par 3 kg de soja à 400 €/t, le coût alimentaire pour 25 kg produits (24 l vendus) est de 85 €/1 000 l.

Si on intègre dans cette ration 5 kg de MS d’herbe pâturée, en complément de 13 kg de MS maïs et 1,6 kg de soja, le coût alimentaire diminue à 55 €/1 000 l. On retrouve bien les 30 € de baisse évoqués. Et pour un troupeau de 60 vaches traites, cela se traduit sur les deux mois d’automne — septembre et octobre — par une économie de plus de 2000 € !

« Je connais peu de pratiques qui ont ce retour sur investissement, analyse Pascal Le Coeur. La seule chose à faire, c’est de se donner les moyens de faire pâturer cette herbe. Et pour cela, le mot d’ordre est simple : rationner les fourrages distribués. C’est d’ailleurs souvent là que le bât blesse. Lorsque le silo de maïs a été rouvert, les quantités distribuées ne sont pas réajustées en fonction de l’herbe disponible dans les champs ».

Faire consommer 5 kg MS d’herbe pâturée

Or, pour faire consommer 5 kg de MS d’herbe pâturée, la quantité de maïs distribué ne doit pas dépasser 12-13 kg de MS. Ce maïs doit être apporté le soir, de façon à ce que lorsque l’éleveur sort ses vaches, après la traite du matin, elles aient faim et fassent un gros repas. Si une heure après avoir conduit vos laitières en pâture, vous les retrouvez tranquillement couchées à ruminer, c’est que la distribution de maïs a été trop généreuse.

Les seules situations où l’éleveur a intérêt à donner du fourrage à ses vaches le matin avant de les sortir, et dans ce cas plutôt un fourrage grossier de type foin ou enrubannage, sont les situations à risque de météorisation. Mais elles sont peu nombreuses. Elles concernent essentiellement les parcelles riches en légumineuses météorisantes, avec 50 % de trèfle par exemple.

Après un été sec, ne pas se précipiter !

Si le pâturage d’automne n’a que des avantages, après un été sec, il ne faut cependant pas se précipiter si on veut pouvoir vraiment en profiter. Il faut laisser aux prairies qui commencent à reverdir un temps de repousse suffisant, de façon à avoir une hauteur d’herbe de 9 à 10 cm avant d’y mettre les animaux.

Et pour les vaches qui étaient au maïs, une transition sur une bonne dizaine de jours avec réduction des quantités d’ensilage distribuées est nécessaire pour permettre une bonne valorisation de cette herbe par la flore du rumen.

Pâturage d’automne, les dérobées aussi…

Un colza fourrager implanté mi-août peut être pâturé 45 jours plus tard s’il y a un peu d’humidité. Par contre, il faut de bonnes conditions de portance et, pour les vaches laitières, le colza doit être rationné, avec un fil avant par exemple, ce qui demande un peu de travail. Concrètement, on peut y mettre les vaches après la traite du matin et les retirer de la parcelle entre 12 h et 14 h.

Le ray-grass d’Italie peut être pâturé deux à trois mois après semis, selon les conditions climatiques, mais il n’a pas besoin d’être rationné. Fertilisé avec un peu de lisier, l’éleveur peut en obtenir deux tonnes de MS avant l’hiver. Et ce RGI peut ensuite être repâturé pour redémarrer la saison en sortie d’hiver, avant d’être cassé pour y installer un maïs ou une prairie.

On peut associer les deux dérobées pour profiter des avantages du colza fourrager et du RGI. Le colza est pâturé d’abord puis le RGI prend le relais.

L’association RGI - trèfle incarnat est aussi intéressante. Le trèfle incarnat améliore la valeur azotée sans être météorisant. Par contre, comme la semence est assez coûteuse, il vaut mieux miser sur ce type de dérobée après une céréale de type orge qui libère la parcelle assez tôt et permet un semis fin juillet. À condition, bien sûr, qu’il y ait un minimum de précipitations.

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