Réussir lait 06 avril 2018 à 18h00 | Par Costie Pruilh

Où placer le bloc traite ?

La place du bloc traite par rapport à la zone de couchage et d’alimentation est à raisonner en fonction de vos objectifs prioritaires et de vos contraintes. C'est un compromis à trouver.

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La conduite du troupeau est un critère déterminant du choix de la position de la salle de traite.
La conduite du troupeau est un critère déterminant du choix de la position de la salle de traite. - © C. Pruilh

Avec l’agrandissement des troupeaux, le bâtiment ne se conçoit plus de la même manière qu’il y a dix-vingt ans. « On raisonne par zone ou bloc : couchage, alimentation, traite, etc. Il ne faut pas s’interdire de ne pas tout mettre sous le même toit. Cela peut aller jusqu’à ne pas couvrir l’aire d’attente. Et on raisonne circuits, des animaux et des hommes », plantent les conseillers bâtiment contactés.

« Le fait de prendre indépendamment les blocs peut aussi être intéressant pour répartir les investissements dans le temps Et parmi ces blocs, la salle de traite est centrale.

« Pour un projet salle de traite et bâtiment, on part des objectifs des éleveurs : traire rapidement, améliorer le confort de traite et de déplacement dans le bâtiment pour l’éleveur, pouvoir trier seul ses vaches en sortie de traite, faire de la conduite en lots, etc. », indiquent les conseillers.

Selon Sylvain Kientz, de la chambre d’agriculture de Normandie, le premier critère qui détermine l’emplacement de la salle de traite par rapport au reste du bâtiment et au reste de l’exploitation, c’est la conduite du troupeau : en lots ou tout le troupeau, avec un système très pâturant ou pas.

Ensuite, ce sera l’environnement des bâtiments : la distance vis-à-vis d’autres ouvrages, des tiers, d’une route ou d’un cours d’eau, la topographie et son influence sur les coûts de terrassement mais aussi la qualité de la ventilation, l’accès de la laiterie pour le camion de collecte, etc.

Mais ce sera aussi la recherche de la meilleure circulation possible des animaux, à l’entrée et en sortie de traite ; une circulation des hommes aisée et sécurisée ; le tout, raisonné économiquement.

Cet ensemble de critères conduira l’éleveur à placer sa salle de traite : au milieu du bâtiment, au bout d’un des pignons, sur un des côtés latéraux, ou déconnecté du bâtiment.

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Autre élément déterminant, « il faut obtenir un bâtiment évolutif, et prévoir une possibilité d’extension des zones de couchage, de l’aire d’attente, de la salle de traite, de la laiterie, des box d’isolement, de la gestion des effluents », insiste Bertrand Flament, de la chambre d’agriculture des Hauts de France.

La salle de traite en pignon est un classique, très simple, où les vaches circulent bien. Pour une conduite en lots, on positionnera la salle de traite en position centrale (voir plus loin), avec deux couloirs de retour. Dans cette configuration, on se garde la possibilité d’allonger le bâtiment par l’autre pignon. On pourra étendre l’aire d’attente sur l’aire d’exercice. « Quand l’extension n’a pas été prévue (la fosse à lisier à un pignon, la salle de traite à l’autre pignon), la tendance est d’agrandir par le long pan. Élargir la partie couchage est déconseillé au-delà de 30 mètres de largeur, à cause des difficultés à ventiler le bâtiment. On peut le faire à condition d’avoir un environnement favorable (pas d’obstacle à la ventilation à proximité immédiate du bâtiment), d’ouvrir sur un des longs pans, de créer un décrochage de toiture pour créer un relais de ventilation, etc. », rappelle François Gervais, de l’Institut de l’élevage.

Le bloc traite disposé sur le long pan permet l’extension du bâtiment par les deux pignons. L’aire d’attente peut s’étendre sur l’aire d’exercice. « J’ai un exemple d’agrandissement dans cette confi guration. La salle de traite a été agrandie sur la laiterie. Et la laiterie a été déplacée sur la façade latérale de la salle de traite. Cela a permis de ne pas toucher à la nurserie située à côté de la salle de traite. C’est un cas de figure transposable dans bon nombre de fermes », raconte Bertrand Flament.

Le bloc traite indépendant est rare en France, et se rencontre plus fréquemment dans les grands troupeaux d’Europe du Nord gérés en lots. Des couloirs de circulation non couverts relient le bloc traite aux blocs couchage et alimentation. L’intérêt est que l’évolution future de l’élevage est aisée et illimitée. « Économiquement, cela vaut le coup en cas d’évolution future » indique le conseiller.

Un cas particulier est la laiterie à quelques dizaines de mètres de la stabulation où se trouve la salle de traite. Un transfert de lait est aménagé. « J’ai un exemple où l’objectif était d’optimiser la circulation des animaux et des hommes autour de la salle de traite, et que les circuits (du lait, des déjections, de l’alimentation) ne se croisent pas. Si la laiterie avait été collée au bâtiment, le circuit du lait croisait celui des déjections. Donc elle a été déconnectée du reste du bâtiment », cite Sylvain Kientz.

- © J. L. Ménard

Attention à la circulation des vaches et des hommes !

Un objectif commun à tous les projets est la circulation rapide et fluide des vaches. Sinon l’éleveur est obligé d’intervenir.

«Si un couloir (ce peut être un couloir d’alimentation ou d’exercice) amène les vaches jusqu’à l’aire d’attente, pour faciliter la circulation et prévenir les blessures, il faut éviter toute forme d’obstacle, chicane, ou de parties saillantes. L’idéal est d’avoir une continuité de largeur entre ce couloir et l’accès à l’aire d’attente. Si un rétrécissement de couloir est inévitable, surtout ne pas le faire dans un angle, le réaliser en ligne droite et progressivement, par exemple de 4,50 mètres de large à 3,50 m », insiste François Gervais.

Dans un couloir de retour plus étroit (0,90 m), les angles à 90° ne posent pas de problème. Comme autre obstacle, « on évitera les marches. S’il faut en faire, l’idéal est de combiner pentes et petites marches de 5 à 7 cm de haut». Il faut chasser les zones sombres et de lumière. « La règle d’or est une paroi pleine non réfléchissante et une lumière régulière sans zone d’ombre, pour ne pas perturber la vision de la vache. »

Éviter les couloirs de retour trop larges

Attention aux couloirs trop larges en sortie de salle de traite. « Trois mètres de large c’est bien pour sortir vite, mais attention à la propreté de la zone ! Si c’est trop large, les animaux peuvent se mettre à tourner en rond. On prévoira un entonnoir pour rétrécir rapidement le couloir de retour. Les vaches sortent bien même avec une porte de sortie de 0,90 m en bout de quai. Pour réussir la sortie de salle de traite, la formule est la suivante : largeur de la porte de sortie + largeur du couloir de retour après la porte = 2 mètres. Donc avec une porte de 0,90 m, le couloir de retour fait 1,10 m de large après la porte et se réduit ensuite en entonnoir jusqu’à 0,90 m. »

Avec l’agrandissement des troupeaux, les locaux d’isolement deviennent fondamentaux. En sortie de salle de traite, il faut prévoir un ou deux couloirs de retour. Ces couloirs doivent être étroits (0,90 m de large) si on utilise des portes de tri automatiques, pour que les vaches restent bien l’une derrière l’autre. Il faudra bien placer les portes de tri en bout de couloir, avant ou après un angle, pour ne pas perturber la circulation des animaux.

Enfin, attention à ne pas oublier la circulation des hommes. « J’ai vu dans plusieurs élevages avec conduite en lots, un couloir d’homme avec des passages d’homme, en parallèle du couloir des vaches, pour que ce dernier reste accessible aux éleveurs pendant la traite », termine François Gervais.

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