Réussir lait 06 octobre 2016 à 11h00 | Par E.Bignon

Opter pour des sols préservés en 16 questions-réponses

Au Gaec de la Huberdière, la préservation des sols est devenue le fil conducteur de l’exploitation. Voire une philosophie pour ses trois associés : Vincent Bossard, sa femme Stéphanie et son frère Jérôme. Le passage au semis direct en 2010 n’a pas été simple pour autant. Les exploitants ont persévéré et appris de leurs erreurs. Depuis trois ans, la totalité des surfaces est en semis direct. Les bénéfices sur la rentabilité et le temps de travail sont au rendez-vous, même si les éleveurs estiment n’être qu’au début de cette aventure.

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Le Gaec de la Huberdière, à Saint-Hilaire-de-Loulay en Vendée, s'est lancé dans l'agriculture de conservation à partir de 2010.
Le Gaec de la Huberdière, à Saint-Hilaire-de-Loulay en Vendée, s'est lancé dans l'agriculture de conservation à partir de 2010. - © E. Bignon

1 - Comment se répartissent les cultures dans l’assolement ?

2- Vous dites que vos terres se prêtent bien au semis direct. Quel est le type de sols ?

3 - Avec le passage au semis direct, comment a évolué le parc matériel ?

4 - Comment s’est passée la phase de transition vers le semis direct ?

5 - Obtenez-vous les mêmes rendements qu’avec le labour ?

6 - Quels changements observez-vous au niveau du sol ?

7 - Vous adhérez à l’Apad. Que vous apporte le réseau ?

8 - Comment sont implantés les couverts ?

9 - Vous voulez semer du trèfle en couvert permanent?

10 - Vous utilisez aussi la féverole comme couvert ?

11 - Comment sont détruits les couverts ?

12 - Arrivez-vous à vous passer du glyphosate ?

13 - Comment semez-vous le maïs ?

14 - Les limaces posent-elles problème sur l’exploitation ?

15 - Comment se situent vos résultats économiques ?

16 - Quels sont vos projets ?

 

1 - Comment se répartissent les cultures dans l’assolement ?

Sur les 170 hectares, le Gaec cultive 20 hectares de céréales (blé, triticale, orge, en proportion différente d’une année sur l’autre), 34 ha de maïs, 7 ha de luzerne, 109 ha de prairies multiespèces de plus de cinq ans. Pour l’instant, il implante 15 ha méteil (120 kg/ha pois, 35 kg/ha vesce, 20 kg/ha févérole), 15 ha de féverole, (merci de me préciser les autres couverts et leurs surfaces: je vois dans la compta du trèfle incarnat dérobée 3 ha, du mélopro 6 ha ?). La surface en méteil va passer à 20-25 ha et l’objectif est de semer 15 à 20 ha de trèfle violet en vue de créer un couvert permanent.

2 - Vous dites que vos terres se prêtent bien au semis direct. Quel est le type de sols ?

Nous disposons de 130 ha à moins d’un kilomètre du siège d’exploitation. Il s’agit de limons sableux superficiels qui présentent très peu de réserve hydrique (25 cm de terre). Cela suppose de drainer l’hiver (90 % de cette surface) et d’irriguer l’été. Nous en irriguons une cinquantaine, sachant que cela est possible sur 80 ha environ. Le potentiel s’élève à 60 q/ha pour les céréales et 10 tMS/ha pour le maïs irrigué. L’année dernière, nous avons perdu une dizaine d’hectares l’an dernier, suite à l’extension de la zone industrielle qui se situe à 800 m de la ferme. En compensation, nous avons récupéré 35 ha à 4 km d’ici, car ce n’est pas du tout la même qualité de terre. Il s’agit de terres plus fortes, plus argileuses et plus profondes. Elle présente une meilleure réserve utile mais sont très humides l’hiver. Elles conviennent bien aux prairies.

3 - Avec le passage au semis direct, comment a évolué le parc matériel ?

Nous avons acheté en 2008 un semoir SD John Deere 750A d’occasion pour un montant de 20 000 €. Nous l’avons choisi pour sa polyvalence. Nous semons toutes nos cultures avec, soit une centaine d’hectare par an entre les cultures et les couverts. Nous avons vendu l’ancien semoir et la herse, mais pas la charrue que nous avions déjà achetée d’occasion. Autrement le parc se limite à deux tracteurs d’occasion : un 80 cv à 8 500 h et un 100 cv à 6 500 h. Nous faisons 1200 h/an avec les deux tracteurs. La traction de la ferme représente donc 1 cv/ha. Plus une désileuse pailleuse, un pulvérisateur (15 m), un semoir à engrais (15 m). Tout le reste du matériel que nous utilisons provient de la Cuma.

4 - Comment s’est passée la phase de transition vers le semis direct ?

Nous avons commencé par les céréales. Nous avons pris de belles gamelles au début, avec des rendements de 30-40 q/ha, contre 60 q/ha en labour. Heureusement qu’à l’époque, les prix étaient bons. Cela nous a aidés à passer le cap des premières années. La première année, les résultats se tiennent à peu près car on profite encore du travail du sol réalisé précédemment. La deuxième et troisième année sont plus compliquées. Le sol se recompacte. Les rendements chutent. C’est à ce moment-là qu’il faut insister et ne pas se décourager. Le système racinaire n’a pas encore pris sa place. C’est pourquoi, il est primordial de recourir à des couverts dotés de racines pivotantes pour casser la semelle de labour.

5 - Obtenez-vous les mêmes rendements qu’avec le labour ?

Après les 3-4 premières années un peu chaotiques, nous sommes revenus en céréales à des rendements moyens de 55 q/ha, soit 5 q/ha de moins qu’avant. Cette année, nous avons même produit 70 q/ha pour l’orge. Mais par contre, travailler en semis direct a réduit les charges (mécanisation, désherbage) et nous fait gagner un temps précieux. Quand on sème, on consomme par exemple 4 l de fioul par hectare, contre 25 l/ha auparavant. Sur blé, la fertilisation azotée se limite à 120 unités/ha. Pour le maïs, nous tournons 10 tMS/ha en moyenne en recourant seulement à 25 tMS/ha de fumier. Nous sommes descendus à 8 tMS/ha les premières années. L’irrigation compense un peu les levées moins homogènes et la densité de peuplement moins élevée et permet d’assurer une belle bosse.

6 - Quels changements observez-vous au niveau du sol ?

La première chose visible, c’est que les sols portent mieux. A l’automne, sur labour je roulais dans les passages pour pouvoir passer au printemps, maintenant je peux aller sur les parcelles quand je veux. Même cette année. S’il pleut beaucoup, les sols se ressuient mieux. Finalement, nous sommes moins soumis aux aléas. Et bien sûr, l’activité biologique du sol s’est améliorée. On l’observe dès la première année. Si on nourrit le sol en restituant régulièrement de la matière organique, les vers reviennent !

7 - Vous adhérez à l’Apad. Que vous apporte le réseau ?

Travailler en réseau permet de démultiplier les expériences et d’avancer plus vite dans la démarche. Bien sûr, il n’y a pas de recette, ce qui marche le mieux chez un producteur, ne marchera peut-être pas aussi bien chez quelqu’un d’autre. Mais en tout cas, échanger permet d’éviter quelques erreurs. Au sein du groupe, on n’apprend pas ce qu’il faut faire, mais plutôt ce qu’il ne faut pas faire. Si on reste tout seul chez nous, on est forcément plus limité car on bénéficie seulement d’une seule expérience par an.

8 - Comment sont implantés les couverts ?

Les couverts sont installés le plus tôt possible, avec le semoir SD. Généralement entre le 15 septembre et le 15 octobre pour veiller à la meilleure implantation possible. En juillet-août, c’est trop sec, l’implantation du couvert fonctionne seulement une année sur cinq. S’il y a besoin d’un désherbage avant le semis, nous passons 1 l/ha de glyphosate pour nettoyer la parcelle.

9 - Vous voulez semer du trèfle en couvert permanent ?

Après une paille, quand on veut semer un couvert à l’automne, il arrive que le sol se soit refermé et qu’on patine un peu… C’est pour ça que j’ai essayé de semer du trèfle en couvert permanent, en même temps que le méteil à l’automne. Le méteil est ensilé fin avril. Le trèfle peut alors se développer et donne une coupe en juin, voire une seconde en septembre. A l’automne, je sème une céréale. Le trèfle se développe une fois la céréale récoltée. Et peut-être même que je pourrai le conserver une année de plus encore en resemant une céréale dedans. Je compte pratiquer comme ça sur 15-20 ha. Cela permettra aussi de réduire le salissement.

10 - Vous utilisez aussi la féverole comme couvert ?

J’utilise la féverole car sa racine pivot descend profondément dans le sol (à plus de 25 cm), ce qui améliore sa structure. C’est un super précédent à maïs. J’ai pu comparer plusieurs précédents la même année, et il n’y a pas photo : derrière une féverole, le maïs est toujours vert et il pousse mieux. De plus, comme toute légumineuse, elle restitue de l’azote grâce à ses nodosités. Je sème dense (240 kg/ha). Cette année, 4 à 5 tMS/ha ont été restitués au sol.

11 - Comment sont détruits les couverts ?

J’utilise 1 l/ha de glyphosate. Mon but est de réussir à faire sans pour la moitié des couverts. Le glyphosate est surtout intéressant pour détruire les graminées (1 l/ha), auquel j’associe 0,3 l d’hormones (contre les dicots). Cela permet un nettoyage complet et laisse la parcelle propre pour semer les cultures.

12 - Arrivez-vous à vous passer du glyphosate ?

Oui, ce printemps, j’ai détruit mécaniquement la féverole. Vu la densité du couvert, la parcelle était propre. J’ai semé mon maïs dans une féverole qui faisait 1m60 de haut. C’était impressionnant ! Puis j’ai effectué un simple roulage après semis du maïs. Cela a permis de bien rappuyer le sol, d’atteindre quelques limaces, et de refermer la ligne de semis. Le maïs a bien levé derrière.

13 - Comment semez-vous le maïs ?

Nous le semons après méteil ou féverole. Nous avons tendance à repousser les semis en mai car le sol est plus chaud et la levée plus rapide. Et l’irrigation permet de pallier un éventuel manque d’eau. Nous semons 100 000 graines/ha, sans recourir à l’engrais starter. L’intégralité des surfaces en maïs est irriguée.

14 - Les limaces posent-elles problème sur l’exploitation ?

En 2014 et 2015, nous avons systématisé l’anti-limaces au semis (2 kg/ha) (sur céréales et maïs ? oui). Il était incorporé dans la ligne du semis. Ce printemps, nous n’en avons pas mis en préventif. Sur les 34 ha semés, 15 ha ont été traités dès l’apparition des limaces. Cela a concerné les parcelles où il y avait des résidus de fétuques. Nous avons été moins embêtés avec le précédent féverole. Globalement, nous avons plus de souci de limaces s’il y a des résidus de graminées.

15 - Comment se situent vos résultats économiques ?

Aujourd’hui, nous arrivons à un système relativement calé. Sur les trois derniers exercices (clôture 31/12), l’EBE a varié entre 120 000 et 145 000 euros, soit 40 000 à 48 000 €/UMO. Sur l’exercice 2015, avec un prix moyen du lait de 305 euros/1000l, l’exploitation continue de dégager une capacité d’autofinancement, sans réduire les prélèvements privés. En comparaison, il y a quatre ans, nos résultats économiques étaient moins bons malgré de meilleurs prix. En 2016, nous sommes juste au prix d’équilibre.

16 - Quels sont vos projets ?

Nous voulons semer davantage de méteil et limiter la luzerne qui multiplie les petits chantiers et se montre plus exigeante en eau. Nous allons augmenter la surface en prairies de 3-4 ha et développer le pâturage dynamique l’an prochain. Nous voulons aussi travailler avec deux périodes vêlages : 50 % à l’automne et 50 % au printemps pour étaler la production, le travail, et limiter la pression en bâtiment l’hiver. Aujourd’hui nous sommes plutôt à 60% à l’automne et 40 % au printemps. Enfin, nous avons intégré un projet de méthanisation avec une dizaine d’exploitations. L’unité devrait démarrer en 2017.

Lire aussi "Vincent Bossard : La préservation des sols est au coeur de notre système"

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