Réussir lait 04 janvier 2018 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Multiplier les analyses de fourrages pour rationner au plus juste

Les technologies à infrarouge, qu’elles soient utilisées en laboratoire ou en ferme, permettent de faire régulièrement des analyses de fourrages pour piloter les rations avec précision.

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OLIVIER RAUX, AVEC UN APPAREIL AGRINIR. Il est calibré pour quinze
types de fourrages, concentrés et ration mélangée. Il pourra
bientôt traiter le sorgho BMR, le maïs en vert et les méteils.
OLIVIER RAUX, AVEC UN APPAREIL AGRINIR. Il est calibré pour quinze types de fourrages, concentrés et ration mélangée. Il pourra bientôt traiter le sorgho BMR, le maïs en vert et les méteils. - © C. Blanchard/Elvup

"On ne peut pas gérer ce qu’on ne mesure pas, affirme Olivier Raux, nutritionniste référent NIR à Elvup (Orne conseil élevage). Pour travailler correctement en alimentation, nous devons connaître les valeurs des fourrages et concentrés, les quantités distribuées et les résultats obtenus. »

« Il ne faut pas voir l’analyse de fourrage comme une charge directe mais comme un investissement, insiste Vincent Ballard, ingénieur au service ruminants de CCPA. Nous recommandons de faire au minimum une analyse tous les deux mois sur les principaux fourrages de la ration en essayant de faire correspondre l’analyse soit avec un type de variété soit un type de parcelle. »

La firme de services fait réaliser les analyses par six laboratoires de coopératives partenaires. Quant aux organismes de conseil élevage (OCL), nombre d’entre eux se sont équipés d’analyseurs AgriNIR à technologie infrarouge (31 appareils en France). Utilisables en ferme mais restant le plus souvent au siège de l’organisme, ils donnent des résultats rapides à coût peu élevé (environ 30 €/échantillon pour une analyse de valeur alimentaire contre 35 à 40 € en laboratoire).

Valeur alimentaire, DT amidon et IFG

Elvup propose un pack d’analyses « à volonté » pour la campagne (115 à 230 € selon le contrat). Cela commence par des matières sèches sur maïs plante entière, dans les trois semaines précédant la récolte, pour déterminer la date optimale. À la récolte, une analyse complète est réalisée par le laboratoire départemental car AgriNIR ne peut pas déterminer pour le moment les valeurs minérales. En cours d’année, plusieurs analyses AgriNIR sont réalisées pour suivre l’évolution des valeurs alimentaires.

LA FIABILITÉ
DU RÉSULTAT DE
L’ANALYSE est très
liée à la qualité de
l’échantillon. Pour
le maïs, veiller à
son homogénéité
en évitant que
les grains ne
tombent au fond
du récipient
de mélange.
LA FIABILITÉ DU RÉSULTAT DE L’ANALYSE est très liée à la qualité de l’échantillon. Pour le maïs, veiller à son homogénéité en évitant que les grains ne tombent au fond du récipient de mélange. - © B. Charruau/Elvup

« Pour le maïs, lorsqu’on ouvre le silo principal, nous recommandons de faire une analyse de valeur alimentaire classique, une DT amidon [dégradabilité théorique dans le rumen], pour savoir s’il est lent ou rapide, et un indice de fragmentation du grain (IFG), puis tous les mois, une nouvelle analyse de valeur alimentaire et de la DT », précise Olivier Raux.

La DT amidon permet d’évaluer le risque d’acidose et de choisir la complémentation énergétique en conséquence. Il est important de l’évaluer régulièrement car elle augmente en cours de conservation. L’IFG est un nouveau critère qui permet de déterminer si l’amidon est pleinement utilisable par le rumen, en fonction de son fractionnement, et donc l’impact sur la valeur UFL ; l’objectif est d’avoir 70 % des grains éclatés à moins de 4,75 mm.

La calibration demande une certaine technicité

Pour les ensilages et les enrubannages d’herbe, Olivier Raux conseille de faire « au moins une analyse par coupe et type de fourrage pour savoir à quels animaux on peut les distribuer, vaches ou génisses. » Les analyses peuvent être anticipées (par sondage), pour prévoir les besoins d’aliments complémentaires, ou réalisées juste avant l’utilisation de chaque type de fourrage pour le rationnement.

Il recommande enfin d’analyser les tourteaux de soja et colza à la livraison pour s’assurer de leur valeur réelle, notamment leur MAT et la DE1 (dégradabilité de l’azote) pour le colza, ainsi que le maïs (épi ou grain humide), pour vérifier entre autres la matière sèche.

La fiabilité des appareils AgriNIR est parfois contestée par rapport à des analyses de laboratoires. Ceux-ci travaillent aussi en spectométrie proche infrarouge (IR), mais avec des appareils sensiblement différents et surtout des bases de calibration davantage consolidées.

Les analyses chimiques, beaucoup plus coûteuses (de 60 à 100 €), sont réservées à la calibration des appareils IR ou à des demandes particulières. « La maintenance et la standardisation de nos appareils IR, la mise à jour de nos équations analytiques et de nos équations de calcul des valeurs alimentaires nécessitent une implication quotidienne et demandent de la technicité », affirme Nathalie Nouvel, responsable commerciale au Lial Massif central, un laboratoire interprofessionnel situé à Aurillac dans le Cantal.

Créer une dynamique autour de l’alimentation

De plus, contrairement aux appareils AgriNIR, qui analysent directement une matière brute, dans les laboratoires, les échantillons sont d’abord pesés, séchés et broyés. « La préparation de l’échantillon, notamment l’homogénéisation, est incontestablement un plus pour une analyse fiable et représentative », affirme Nathalie Nouvel.

« Le plus fiable, ce sont les analyses biochimiques, puis les analyses IR sur échantillon sec, reconnaît Olivier Raux. Avec AgriNIR, nous avons une imprécision supplémentaire de l’ordre de 1% liée au procédé. Mais, la simplicité de notre outil et les packs que nous proposons aux éleveurs leur permettent de multiplier les analyses. Le plus gros risque d’erreur venant de l’échantillonnage, en faisant cinq ou six analyses, on réduit ce biais. »

Référent national des appareils AgriNIR, au sein d’Elvup qui les distribue sur tout le territoire national, il insiste sur la qualité du protocole de maintenance. « Nous avons fait l’acquisition de cet appareil, d’une part, pour la réactivité qu’il permet, d’autre part pour son aspect pédagogique, souligne Philippe Andraud de l’EDE du Puy-de-Dôme. Le conseiller prélève les échantillons puis rappelle l’éleveur quelques jours plus tard pour commenter les résultats et recaler la ration. Par le biais de l’analyse et de leur multiplication (1 300 cette année), nous avons pu créer une dynamique autour de la conduite de l’alimentation. Le coût des analyses est inclus dans le service conseil élevage. L’outil reste très fi able et largement utilisable pour la conduite du troupeau. Et, le conseiller et l’éleveur sont capables de reprendre la main en fonction de la réponse des vaches. »

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