Réussir lait 05 juin 2014 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Les graminées sélectionnées sur leur valeur alimentaire

Évaluées jusqu’à présent sur le rendement et des caractères agronomiques, les variétés de graminées sont maintenant inscrites avec des critères supplémentaires caractérisant leur valeur alimentaire.

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Rémy Delagarde, Inra de Rennes : « Le poids donné à la valeur alimentaire permettra de prévenir une perte de qualité qui pourrait être liée à un très fort rendement. »
Rémy Delagarde, Inra de Rennes : « Le poids donné à la valeur alimentaire permettra de prévenir une perte de qualité qui pourrait être liée à un très fort rendement. » - © Inra

Cela répond à coup sûr à une attente des éleveurs. La cotation des nouvelles variétés de graminées fourragères inscrites au catalogue officiel français intègre désormais trois critères de composition chimique caractérisant leur valeur alimentaire : la matière azotée totale (MAT), l’ADF (acid detergent fiber) et les sucres solubles. Ce qui est déjà le cas des légumineuses, depuis plusieurs années, pour les deux premiers critères.

Orienter la sélection des espèces fourragères

Jusqu’alors, l’inscription des graminées était fondée sur deux grands groupes de critères, d’une part le rendement, d’autre part des caractères agronomiques (souplesse d’exploitation, résistance aux maladies, flexibilité du feuillage, pérennité…). Désormais s’y ajoute le groupe des critères de composition chimique.

Les variétés candidates à l’inscription sont comparées pendant trois ans à des variétés témoins dans des stations d’expérimentation supervisées par le Groupe d’étude et de contrôle des variétés et des semences (Geves), selon un protocole très strict.

Chaque critère est pondéré par un coefficient selon l’importance qu’on veut lui accorder dans la cotation. Cette pondération des critères suscite des débats passionnés au sein du CTPS car elle oriente la sélection des espèces fourragères et donc les caractéristiques des variétés mises sur le marché. « Le poids des différents critères dans la cotation doit en permanence être adapté pour inciter les créateurs de variétés à prendre en compte les besoins d’aujourd’hui et surtout pour anticiper les besoins de demain, car le temps de la sélection est long », explique Christian Huygues, président du comité scientifique et de la section plantes fourragères et à gazon du CTPS.

Débat sur le poids à donner à chaque critère

Les trois nouveaux critères de composition chimique ont pour l’instant été mis sur un pied d’égalité. Par rapport aux autres groupes de critères (rendement, caractères agronomiques), la pondération dépend des espèces. « Pour le raygrass, la valeur alimentaire aura sensiblement le même poids que le rendement dans la cotation finale, précise Rémy Delagarde, de l’Inra de Rennes. Mais les caractères agronomiques conservent une place prépondérante, de l’ordre des deux tiers. »

« Aujourd’hui, il y a un débat très important sur le poids à donner à chacun des trois critères de valeur alimentaire, reconnaît Vincent Gensollen, secrétaire technique de la section plantes fourragères du CTPS. La façon dont on va régler le curseur doit à la fois répondre à un intérêt économique pour l’éleveur et avoir un effet incitatif vis-à-vis des obtenteurs pour qu’ils orientent la sélection dans la direction souhaitée. » Le débat porte notamment sur les sucres solubles, qui seront sans doute surcotés pour les espèces les moins pourvues (dactyle, fétuque) où le potentiel de gain génétique est le plus important…

Les trois critères de composition chimique

■ La MAT est un indicateur de la valeur protéique bien connu.

L’ADF a été retenu pour évaluer la valeur énergétique des variétés. C’est l’un des critères qui quantifie la part de fibres dans les fourrages. C’est un peu l’équivalent de la cellulose brute. Or, plus l’aliment contient de la fibre, moins il est digestible et plus sa valeur énergétique est faible. La digestibilité est caractérisée par la dMO (digestibilité de la matière organique). « La dMO n’est pas facile à mesurer en routine par analyse infrarouge alors que l’ADF l’est beaucoup plus. Même s’il aurait été mieux de prévoir la dMO, les experts du Comité technique permanent de la sélection (CTPS) ont estimé qu’il était plus raisonnable de se baser sur l’ADF, sachant qu’il y a une corrélation très forte entre la teneur en ADF et la digestibilité », explique Rémy Delagarde, de l’Inra de Rennes et membre de la section plantes fourragères du CTPS.

Les sucres solubles n’entrent pas à proprement parler dans le calcul de la valeur alimentaire mais « ils sont un excellent critère pour déterminer la capacité de la plante à être transformée en ensilage », poursuit le chercheur.

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