Réussir lait 16 février 2017 à 08h00 | Par A. Conté

Les fermes seront-elles capables de continuer à investir ?

Une étude du BTPL sur plus de 300 exploitations en suivi Écolait montre qu’en 2015 une exploitation sur deux ne peut pas payer les annuités et la main d’oeuvre.

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- © Réussir

La volatilité atteint des niveaux que très peu d’élevages peuvent encaisser. Tel est le constat du BTPL suite à une étude sur plus de 300 exploitations en suivi Écolait, des exploitations pourtant dites « d’avenir ».

Dans cette étude présentée lors de son assemblée générale le 14 décembre dernier, le BTPL s’est intéressé à deux critères clés vis-à-vis du revenu : l’EBE lait hors main-d’oeuvre (MO ) en €/1 000 l qui traduit l’efficience technico-économique, et le volume de lait produit/UMO lait. Il a réparti les exploitations en neuf groupes en croisant ces deux critères, et comparé les résultats de ces groupes (1).

L’étude a porté sur 2014 (334 ateliers) et 2015 (391 ateliers), deux années entre lesquelles le prix du lait a dégringolé de 51 €/1 000 l. Une chute du prix du lait qui s’est traduite, en moyenne, par une baisse de l’EBE hors MO de 41 €/1 000 l entre 2014 et 2015.

Comment dimensionner l’exploitation ?

Le BTPL tire de cette étude plusieurs enseignements.

1 : L’efficience technico-économique a un rôle capital : il existe une forte variabilité de l’EBE hors MO. « L’écart entre le tiers supérieur (194 €/1 000 l en 2015) et le tiers inférieur (101 €/1 000 l) est proche de 100 €/1 000 litres », souligne Michel Deraedt ingénieur BTPL. « Améliorer l’efficience nécessite un travail de fond, une adaptation permanente, pas de relâche et parfois des investissements. »

2 : Un grand volume/UMO n’est pas toujours gage d’un meilleur revenu : on trouve plus de meilleures efficiences dans les groupes des petits volumes/ UMO (en moyenne 260 000 l en 2015) que dans les grands volumes (en moyenne 510 000 l). Les plus petits volumes/UMO dégagent 20 à 25 €/1 000 l d’EBE en plus. « Le volume produit est loin d’être une garantie absolue, mais il est un frein s’il n’est pas suffisant. »

3 Le poids des annuités/1 000 l n’est pas plus faible là où le volume par UMO est plus grand : il est très proche dans toutes les classes d’exploitations (50 à 65 € suivant les groupes).

4 En 2014 et a fortiori en 2015, l’EBE hors MO ne suffit pas toujours à payer les annuités et la MO. C’est ce que montre le calcul de la CAF nette (capacité d’autofinancement) qui est égale à l’EBE hors MO moins les annuités lait et le coût de la MO lait(2). « En 2014, la CAF est négative dans les exploitations où l’efficience est plus faible, mais en 2015, elle est négative dans plus de la moitié des cas. Avec une annuité de 65 €/1 000 litres, plus de 80 % des élevages restent bénéficiaires en 2014, mais seulement 50 % en 2015 (voir tableau 1). »

Et en 2016, extrapole le BTPL, avec 35 €/1 000 l en moins sur le prix du lait, 5 € en moins sur la viande, 10 à 20 € d’aides PAC en moins en plaine, 15 € de charges de concentrés/engrais en moins… seulement moins de 20 % des élevages resteraient bénéficiaires.

5 Quel niveau maximum d’annuités pour éviter les déficits ? Le BTPL a calculé les annuités pour que la CAF soit nulle (voir tableau 2). Il conclut qu’en 2015, une baisse du niveau des annuités peut difficilement éponger les déficits dans un cas sur deux. « Il n’y a pas un niveau d’annuités à ne pas dépasser pour l’ensemble des ateliers lait, souligne Michel Deraedt. Celui-ci doit être en cohérence avec la capacité à rembourser. »

Mais quel plafond d’annuités se fixer pour de futurs investissements ? Doit-on se baser sur une année de type 2014 en prenant un risque énorme, de type 2015 plus proche de la moyenne, ou de type 2016 en jouant la sécurité mais avec des investissements limités ? Faut-il ralentir le rythme des investissements ?

... (1) Prix d’équilibre lait standard (méthode Institut de l’élevage). (2) Salariés, rémunération standard 1,5 Smic et MSA réelle.

Trois critères stratégiques à forte variabilité

■ L’efficience économique : EBE lait hors main-d’oeuvre (MO). Elle est

fortement conditionnée par le travail de tous les jours, et la maîtrise des

charges et l’optimisation des produits.

■ Le coût de rémunération de la main-d’oeuvre :

volume lait produit/UMO lait. Le dimensionnement de

l’atelier lait est un choix stratégique

(accroissement ou non du volume, équipement/automatisation/MO).

■ Les charges d’investissement :

annuités lait/1 000 l. Le financement

doit être cohérent avec la capacité à créer du revenu.

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