Réussir lait 08 avril 2016 à 08h00 | Par A. Conté

Le quart des exploitations ont des revenus 2015 négatifs

Estimations sur les fermes des Réseaux d’élevage. Dans la plupart des systèmes, les revenus 2015 ont été divisés par deux par rapport à 2014. Ils sont inférieurs aux revenus 2009.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © Réussir Lait

À l’exception des montagnes de l’Est, les résultats courants avant impôts et cotisations sociales (RCAI) sont en moyenne inférieurs à 20 000 €/UMO. Cette moyenne masque des écarts de résultats très importants entre exploitations. « En plaine, le quart des exploitations dégagent un RCAI/UMO inférieur à 5 000 €, ce qui ne couvre pas les cotisations de l’exploitant. Leur résultat courant est donc négatif en 2015 », souligne l’Institut de l’élevage. Seul un quart des exploitations obtient un RCAI supérieur à 30 000 €/UMO.

En zone de montagne (hors montagnes de l’Est), le RCAI moyen ne dépasse pas 16 000 €/UMO, avec des écarts moins importants qu’en zone de plaine.

Dans la plupart des systèmes, les revenus ont été divisés par deux par rapport à 2014. Cette chute du résultat est en grande partie expliquée par l’évolution du prix du lait. Dans l’Est et le Sud, la sécheresse a amplifié les difficultés. La baisse des aides PAC contribue aussi à cette situation, hormis dans les zones défavorisées.

Les baisses des prix des concentrés et de l’énergie n’ont eu qu’un impact très limité. « Les estimations de revenu 2015 sont inférieures aux revenus 2009, alors que le prix du lait était supérieur de 35 €/1 000 litres en 2015 par rapport à 2009 », pointe l’Institut.

La hausse des coûts de production s’explique en partie par la hausse du prix des intrants (+11 % indice Ipampa lait de vache entre 2009 et 2015). Mais des hausses de volume de charges ramenées au volume produit sont constatées. « La hausse des coûts de production est donc aussi liée à des ruptures dans la conduite des exploitations. »

L’Institut de l’élevage constate par ailleurs que, malgré des prix du lait nettement plus élevés en 2014 par rapport aux années précédentes, les revenus en zone de plaine n’avaient alors pas véritablement augmenté. « Pour certaines exploitations, l’agrandissement a dégradé l’équilibre économique et fragilisé le système. Pour d’autres, le maintien d’une bonne efficacité économique et la maîtrise des investissements ont permis d’améliorer sensiblement les revenus en 2013 et 2014 et d’être plus résistantes en période de crise. »

Voici les grandes tendances par systèmes extraites du dossier annuel bovin lait.

Laitiers spécialisés de plaine : un revenu divisé par deux

Le RCAI des 105 spécialisés de plaine de l’échantillon passe de 34 500 €/UMO en 2014 à 16 200 €. Il est inférieur à celui de 2009 avec des exploitations aujourd’hui de plus grande dimension et malgré une productivité supérieure. La baisse du prix du lait a été amplifiée, dans le quart Nord- Est, par la sécheresse. Celle-ci a entraîné en moyenne une dépense supplémentaire de 10 000 euros pour compenser le déficit fourrager de l’ordre de 1 tMS/UGB.

Les écarts de résultats entre exploitations sont de plus en plus marqués. Le ratio EBE/produit du quart inférieur est de seulement 18 % (il baisse de 30-35 %) quand le quart supérieur affiche encore une efficacité de 32 %.

La crise révèle des difficultés structurelles (hausses des charges courantes, perte d’efficacité économique, calibrage des investissements, financement…). Les conséquences sont catastrophiques pour les exploitations les plus fragiles, notamment celles en phase de croissance qui ont mobilisé de la trésorerie pour financer les investissements et les stocks.

Lait et viande bovine : le plus mauvais de la décennie

Pour ces systèmes mixtes aussi le résultat est pire qu’en 2009. C’est avant tout la baisse du prix du lait (- 50 à - 60 €/1 000 l) qui est responsable de la baisse de 47 % du revenu moyen des 64 fermes. Cette baisse est plus importante à l’Est (- 60 %) qu’à l’Ouest (- 40 %) en raison de la sécheresse. La réforme de la PAC et la convergence se font également sentir avec une baisse de 6 % des aides du premier pilier. À cela s’ajoute le recul du prix de la viande.

Les écarts de revenus entre exploitations sont encore plus importants qu’en lait spécialisé. L’échantillon inclut à l’Ouest des systèmes engraisseurs ou naisseurs engraisseurs de taurillons où l’atelier lait est dominant, et à l’Est des systèmes avec des ateliers viande valorisateurs des surfaces obligatoirement en herbe où les ateliers sont plus équilibrés.

- © Réussir Lait

Lait et cultures de vente : après le rebond de 2014, la chute

Les 46 exploitations de l’échantillon ont été touchées de façon très inégale par la sécheresse : les rendements fourragers et céréaliers sont variables selon les zones. Dans le nord Aquitain les rendements ont pu chuter de moitié par rapport à 2014. Le prix du lait, l’un des plus faibles des systèmes étudiés (314 €/1 000 l, soit - 57 €/2014) explique principalement le repli du résultat.

Le résultat de l’atelier cultures n’est pas exceptionnel, mais avec 32 % du produit brut, il a un effet stabilisateur. Ce système mixte connaît lui aussi une chute du résultat importante (- 48 %/2014) mais avec un résultat de 21 300 €/UMO, un peu plus élevé que les autres systèmes (hors montagnes de l’Est).

Lait de montagne avec maïs : année catastrophique

Après une bonne année 2014, les élevages spécialisés de montagne avec maïs subissent une violente chute de revenu. Le RCAI passe sous la barre des 15 000 euros. La sécheresse et la canicule ont été particulièrement sévères sur l’Est du Massif central. Certains éleveurs ont ensilé le maïs dès la fin juillet et les vaches sont passées au régime hivernal durant l’été. Certains éleveurs ont restreint leurs effectifs d’animaux pour limiter les achats de fourrages. La production des vaches a aussi été pénalisée. Après la hausse de 2014, la prodution laitière n’a pas évolué en 2015.

Le produit brut de l’atelier lait a baissé de 15 % (- 58 €/1 000 l sur le prix du lait et - 5 % sur les cours de la viande). La revalorisation des aides PAC (+ 1 à + 3 %) pèse peu ; au final le produit global baisse de 10 %. Les charges restent souvent stables (hormis pour celles contraintes d’acheter des fourrages), la baisse du prix du carburant (- 14 %) venant compenser la hausse de 1 à 2 % des prix des engrais, des frais vétérinaires et de l’électricité. Les trésoreries sont souvent très dégradées.

Herbagers du Massif central : en plus les campagnols !

L’année est tout aussi noire pour les herbagers du Massif central. Les conséquences de la très forte baisse du prix du lait (- 57 €/1 000 l) ont été aggravées par les fortes chaleurs, la sécheresse estivale et le printemps froid. Très tôt les prairies en altitude se sont transformées en paillasson.

À cela s’est ajoutée dans certains secteurs une forte pullulation des campagnols qui ont réduit à néant les premières coupes d’herbe et empêché la repousse d’automne. Les stocks d’avance permis par l’année 2014 ont pu compenser une partie du déficit, estimé entre 0,5 et 1 tMS/UGB selon les secteurs. La réforme de la PAC plutôt favorable n’a pas encore produit son effet et on ne devrait pas constater en 2015 d’augmentation moyenne des aides.

A. Conté, d’après le dossier annuel bovins lait

A savoir

L’Institut de l’élevage a établi des estimations du revenu 2015 à partir de 311 exploitations des réseaux d’élevage. Il s’agit d’une estimation du résultat courant avant impôt et cotisations sociales (RCAI) qui est toujours supérieur au revenu disponible. Elle est réalisée à structure constante à partir des résultats 2014 (cheptel, surface, main-d’oeuvre endettement…).

L’objectif est d’évaluer l’impact de la conjoncture sur les systèmes de production à partir d’indices de prix et de volumes de lait appliqués sur les postes de charges et de produits de l’année 2014.

Une valorisation en AOP et IGP déconnectée du prix du lait standard

À l’inverse des autres systèmes, les 26 exploitations des montagnes des Alpes et du Jura de l’échantillon voient leur résultat courant avant impôt et cotisations sociales (RCAI) progresser à 46 300 €/UMO grâce à une excellente valorisation en AOP et IGP.

L’écart avec le lait standard s’est creusé jusqu’à 140 €/1 000 litres. Les revenus ont accentué en 2015 la hausse constatée en 2014, faisant de 2015 une année record en termes de revenu.

Ce sont toutes des exploitations herbagères, et l’année fourragère leur a été propice. Le printemps (et l’automne) a été particulièrement favorable au pâturage et à la récolte de foins de qualité, et la sécheresse estivale a peu affecté ces systèmes de montagne. Les exploitations ont maintenu leur volume de lait produit.

La réforme de la PAC est par ailleurs en général favorable à ces systèmes de montagnes herbagers et relativement extensifs.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Parvenez-vous à effaroucher les oiseaux sur la ferme ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui