Réussir lait 20 septembre 2013 à 08h00 | Par Annick Conté

Le comté, une belle réussite d’organisation collective

50 ans de l’interprofession du comté. Pour préserver ses acquis — des ventes en constante augmentation et des éleveurs bien rémunérés — la filière devra faire preuve d’autodiscipline.

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Meules de comté au Marché international de Rungis. 52 000 tonnes de fromages ont été vendus en 2012.
Meules de comté au Marché international de Rungis. 52 000 tonnes de fromages ont été vendus en 2012. - © J.-C. Gutner

Avec 52 000 tonnes de fromages vendus en 2012, le maintien de 160 fruitières, un nombre d’emplois directs estimés à près de 7600 et au final un prix autour de 440 euros pour 1000 litres pour 2700 élevages, la filière comté a de quoi être fière. Claude Vermot-Desroches, président de l’interprofession du comté l’a affirmé haut et fort le 12 juillet dernier en plein cœur de l’AOP à l’occasion des 50 ans du CIGC(1). Il n’a pas manqué d’exprimer toute sa « gratitude aux générations précédentes qui ont su bâtir l’interprofession et doter le comté d’un cahier des charges exigeant et d’un mode d’organisation collective pertinent ».


Un mode de fonctionnement basé sur le consensus


Depuis 1990, une année charnière, les ventes de comté n’ont pas cessé de croître, affichant une progression de près de 80 % en vingt-deux ans. Plusieurs ingrédients expliquent cette réussite. D’abord, le plafonnement de la zone de collecte à un rayon de 25 kilomètres autour des fruitières, en 1994, qui a permis d’éviter une industrialisation excessive et d’ancrer le comté dans le territoire.
La filière a par ailleurs très tôt compris la nécessité de tout miser sur la qualité pour créer de la valeur ajoutée et a renforcé à plusieurs reprises son cahier des charges. La dernière mouture (décret du 11 mai 2007) introduit notamment le plafonnement des quantités de concentré à 1800 kg (déshydratés inclus), un plafonnement à 120 UN/ha SFP et à 4600 l/ha, l’interdiction des OGM et du report du lait froid au profit du lait rafraîchi (à partir du 31 décembre 2012). « Les négociations au sein de la filière ont été engagées dès l’année 2000. C’est clairement la perspective de fin des quotas (NDLR : pour éviter une explosion de la production suite à une intensification des pratiques) qui a motivé ce renforcement. Nous savions déjà en 2000 qu’ils étaient condamnés », souligne Jean-Jacques Bret, directeur du CIGC depuis 1983. Le décret est d’ailleurs toujours dans une phase d’explications auprès de la Commission européenne en vue de son agrément.
Autre élément clé : le plan de régulation de l’offre, autorisé sous contrat avec l’État à partir de la campagne 1995-1996, à la condition que l’interprofession se contraigne à une croissance et à une ouverture. Il n’a pas été un frein à la progression des tonnages de fromages, au contraire. Avant, les périodes d’excédents succédaient aux périodes de pénurie. « Depuis ces plans de campagne la croissance est régulière. » Enfin, citons également le fonctionnement démocratique de l’interprofession comté qui ne se contente pas de l’unanimité des trois collèges pour prendre ses décisions. « Le consensus est la règle, tout contestataire est reçu et entendu ». Le plan de campagne, par exemple, fait l’objet pendant plusieurs mois d’une négociation interne en commission économique jusqu’à l’obtention d’un consensus sur un tonnage et sur la délicate question de la répartition de la croissance (800 à 2000 t selon les années) entre les éleveurs et entreprises en place, les jeunes et les nouveaux, pour l’export (en plein développement). « Notre quotidien est émaillé de conflits et d’intérêts contradictoires, reconnaît Claude Vermot-Desroches mais « notre culture du collectif l’emporte toujours ». Notamment pour ce qui est du partage de la valeur ajoutée. « Il est arrivé que les affineurs soient confrontés à des difficultés financières, alors les producteurs ont su accepter une répartition différente de la valeur ajoutée ; la situation inverse s’est également présentée (en 2009) et les affineurs ont su renvoyer l’ascenceur. »


Éviter la surproduction et les imitations en interne


La fin des quotas fragilise l’équilibre de la filière. Même si le comté dispose d’un dispositif de régulation de l’offre de fromages (déposé à Bruxelles en mars dernier), le paquet lait interdit aux AOP toute régulation collective de la production laitière. « Il va falloir mettre en œuvre une politique de modération basée sur beaucoup de pédagogie pour que tous les acteurs privilégient la valeur ajoutée au volume, avance Jean-Jacques Bret. Une autre menace, en lien direct, pèse sur la filière : la prolifération des imitations en interne. L’augmentation de la production risque de « pousser grand nombre de laiteries à chercher des diversifications tous azimuts », alerte Claude Vermot-Desroches.
Le ministre de l’Agriculture avait fait le déplacement à Déservillers. Face à ces dangers qui menacent ce « formidable gisement d’emplois » qu’est la filière comté, le président du CIGC lui a demandé de faire preuve, « comme c’est le cas pour la filière bio, d’une solidarité publique beaucoup plus active en faveur des filières AOP-IGP ».

(1) Centre interprofessionnel du gruyère de comté.

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