Réussir lait 25 octobre 2010 à 11h01 | Par E. Bignon

La mise en route du robot ne s’improvise pas

Le passage au robot nécessite de la méthode. Trois phases clés rassemblent les tâches incontournables pour passer ce cap dans les meilleures conditions.

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Quelques précautions au démarrage sont indispensables pour limiter le stress des vaches et des éleveurs.
Quelques précautions au démarrage sont indispensables pour limiter le stress des vaches et des éleveurs. - © E. Bignon
Le robot de traite est présent sur 2% des élevages français. La mise en route de cet équipement est délicate et son arrivée sur l’exploitation a de quoi déboussoler les éleveurs.
Un guide réalisé par l’Institut de l’élevage, la ferme expérimentale de Derval et Manche Conseil Elevage répertorie, à la façon d’une « check-list », les conseils utiles pour faciliter le passage à la traite robotisée. Il s’appuie sur le vécu de la station, équipée d’un robot depuis juin 2008, mais aussi sur divers retours d’expérience d’éleveurs et de techniciens. Il complète les conseils des constructeurs et intéresse les circulations libres et guidées.
Les quinze premiers jours suivant l’installation du robot sont intenses. « L’un des principaux risques est de focaliser son attention sur la machine et de négliger la gestion globale du troupeau, considère Vincent Corbet de l’Institut de l’élevage. Le volet technologique peut se montrer impressionnant au premier abord et les éleveurs risquent de concentrer leur énergie là-dessus. Mieux vaut pourtant au départ laisser la partie machine aux techniciens et se consacrer pleinement aux vaches. » D’autant qu’il sera toujours temps d’approfondir ses connaissances du robot au fil des mois.
Pour Thomas Huneau de la ferme de Derval, il faut aussi « prendre du recul et bien réfléchir en amont à l’ensemble des changements qu’implique le passage au robot ». Les conséquences sont d’ordre technique mais concernent également le travail quotidien et la répartition des tâches entre les différentes personnes travaillant sur l’exploitation. « Parfois, c’est la conception même du métier d’éleveur qui est remise en cause avec l’arrivée du robot… » Voici un inventaire chronologique des principaux conseils pour une mise en route en douceur. 

Une phase préparatoire d’environ six mois

■ Rencontrer des éleveurs déjà équipés pour bénéficier de leur retour d’expérience et éviter de reproduire les mêmes erreurs.
■ Réfléchir à la nouvelle organisation du travail. « Il faut se préparer à un changement de rythme et bien définir le rôle de chacun. La personne qui trait habituellement peut se sentir « évincée » par le robot, comme si sa place lui échappait. »
■ Définir un planning des nouvelles tâches liées au robot. Les deux traites quotidiennes ne rythmant plus la journée, les éleveurs sont un peu perdus dans l’enchaînement des tâches à réaliser.
■ Réaliser un bilan sanitaire avec le vétérinaire. « Une situation saine au départ donne plus de garantie de réussite sur le plan sanitaire à moyen terme. »
En dernier recours, réformer les vaches boiteuses et celles durablement infectées. Mieux vaut ne pas anticiper les réformes sur des critères de morphologie de la mamelle. «On est parfois surpris des performances du robot malgré une implantation des trayons pas forcément idéale. »
Tondre ou brûler les poils des mamelles et couper les poils de queue au plus court pour limiter les échecs de pose, une à deux semaines avant la mise en route.
Préparer la contention pour la gestion des lots de vaches. Suivant le type de circulation, installer des barrières de guidage à l’emplacement des nouveaux passages pour créer un effet entonnoir. Il sera ainsi plus facile de guider les vaches même pour une personne seule.
■ Prévenir la laiterie et le contrôle laitier. L’installation d’un robot nécessite une modification au niveau du tank à lait, ainsi qu’un équipement spécifique d’échantillonnage pour le contrôle de performance.

Une phase de transition de deux semaines

Familiariser les animaux à leur nouvel environnement (la semaine précédant le démarrage), en les faisant circuler par groupe de quatre ou cinq vaches dans toutes les directions en s’aidant des barrières de guidage. 
Ajuster la quantité de concentrés dans la ration à l’auge (5 kg au-dessous du niveau de production du troupeau) pour tenir compte de la complémentation individuelle distribuée au robot et de la quantité distribuée systématiquement pour « faire venir » les vaches.
■ Le jour J, il faut se rendre complètement disponible pour la traite en se faisant seconder à 100 % pour les autres tâches.
Organiser le premier passage des vaches dans le robot. La première traite demande du temps de paramétrage, ce qui limite la cadence de traite (4-5 vaches traites à l’heure). Veiller à ne pas être trop nombreux non plus auprès des animaux. Pas de cris, pas de chien.
■ Surveiller attentivement la deuxième traite pour vérifier le bon déroulement des opérations, vérifier la cohérence des paramétrages individuels sur l’ordinateur, et détecter les vaches réfractaires. « L’intervalle depuis la première traite peut être allongé en raison de l’organisation et la mamelle des vaches peut être gonflée, ce qui risque de compliquer la pose à la deuxième traite. » 
■ Laisser passer un maximum de vaches au robot. Ne pousser que les celles qui sont en fort dépassement de leur intervalle de traite, en visant deux traites par jour minimum pour toutes les vaches.

Une phase d’adaptation de près d’une année

Se rendre disponible chaque jour pour pousser les vaches qui doivent l’être suivant l’intervalle de traite et/ou la production laitière attendue. S’assurer que les animaux passent au robot toutes les 8 à 16 heures selon le stade de lactation et veiller à ne pas avoir à pousser plus de 5 % des vaches. Ne pas se décourager avec les résultats du premier contrôle. « Il faut s’attendre à une dégradation du niveau cellulaire, plus ou moins forte et durable (2 à 6 mois). En moyenne, il augmente de 100000 cellules/ml sur les dix premiers contrôles. La lipolyse augmente de 50 % et les butyriques de 30% en moyenne si les vaches sont sales. »
■ Surveiller les quantités de concentrés distribuées au robot pour ne pas augmenter les coûts alimentaires. Vérifier aussi régulièrement la précision du système de distribution, surtout si l’aliment change. ■

En savoir plus

Réalisé par l’Institut de l’élevage, la ferme expérimentale
de Derval et Manche Conseil Elevage, le guide
« Réussir la mise en route de son robot de traite »
s’accompagne d’une application Excel téléchargeable.
http://www.idele.fr/spip.php?action=redirect&id_article=18381

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