Réussir lait 08 juin 2018 à 11h00 | Par Bernard Griffoul

La brumisation, un petit confort supplémentaire

Couplée à une ventilation efficace, la brumisation peut réduire la température de quelques degrés. Mais l’effet réel des différents systèmes, au niveau de la vache, est assez mal connu.

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L’HYGRODISK D’ORELA est piloté par
la régulation du brasseur — il se
déclenche quand il a atteint 80 % de
sa vitesse pour être sûr que l’eau est
pulvérisée dans le flux d’air — et par une
temporisation.
L’HYGRODISK D’ORELA est piloté par la régulation du brasseur — il se déclenche quand il a atteint 80 % de sa vitesse pour être sûr que l’eau est pulvérisée dans le flux d’air — et par une temporisation. - © Orela

Le jeu de mots est un peu facile. Mais, reconnaissons-le, le monde de la brumisation est quelque peu nébuleux. C’est un des rares domaines techniques où aucune étude ou essai ne s’est penché sur la réelle efficacité des équipements proposés ou sur la meilleure manière de les configurer dans une stabulation

Des fournisseurs annoncent des réductions de température de 8 à 10 °C. Jacques Capdeville, spécialiste de l’ambiance des bâtiments à l’Institut de l’élevage, avance des performances beaucoup plus modestes. « Avec une brumisation bien faite, c’est-à-dire une complète transformation des très fines gouttelettes d’eau en vapeur, dans un air sec, on peut obtenir une baisse de température de 1,5 à 2 °C. Dans le meilleur des cas, le ressenti au niveau de la vache sera peut-être de 3 à 4 °C. Rajouté à une ventilation rapide, qui permettra un ressenti de 5-6 °C de moins, ça commence à être conséquent. Installer une brumisation, sans qu’elle ne soit couplée à un flux d’air, est une erreur technique. Il faut d’abord améliorer le confort par la ventilation. La brumisation n’est que le plus final. »

Ne pas brumiser dans un air très chargé en humidité

L’étude sur les équipements de lutte contre le stress thermique, qui démarre ce printemps pour deux ans, permettra d’y voir un peu plus clair. Des mesures précises seront réalisées. En revanche, une chose est certaine : vaporiser de l’eau dans un air déjà très chargé en humidité est pire que tout. « La combinaison la plus pénible pour une vache, c’est une température et une humidité élevées, rappelle Jacques Capdeville. Le mode d’emploi de la brumisation n’est pas bien connu et surtout pas bien respecté. Quoi qu’il en soit, il vaut mieux des séquences courtes et fréquentes que des séquences trop longues qui risquent de faire couler de l’eau sur le sol et les animaux. »

Les techniques de brumisation en stabulation reposent soit sur des rampes de buses qui parcourent le bâtiment dans sa longueur, soit sur des systèmes installés autour des ventilateurs. Les rampes à basse pression sont à exclure car les gouttes sont trop grosses pour pouvoir s’évaporer entièrement avant de retomber sur le dos des animaux. Les rampes à haute pression (plus de 50 bars) crachent des microgouttelettes qui s’évaporent instantanément en prélevant des calories dans l’air, qui ainsi se refroidit.

Des offres avec ou sans ventilation

Si les composants se ressemblent (voir ci-contre), les configurations des installations proposées, justifiées par des argumentaires parfois contradictoires, posent davantage question. Certaines sociétés reconnaissent à mi-voix que les projets sont souvent faits en fonction du budget de l’éleveur et des offres concurrentes. Le secteur est très concurrentiel. D’un côté, pour faire simple, on trouve des spécialistes de la ventilation, qui ont une offre couplée. Ils sont distribués par un réseau de concessionnaires qui peuvent assurer la pose si l’éleveur le souhaite. De l’autre, il y a des sociétés spécialisées dans la brumisation, qui opèrent souvent directement sur Internet et commercialisent des kits à poser soi-même.

LA RAMPE BRUMEST, équipée de buses
tous les mètres, créé un tunnel
de brume au-dessus des animaux
pour les inciter à venir au cornadis.
LA RAMPE BRUMEST, équipée de buses tous les mètres, créé un tunnel de brume au-dessus des animaux pour les inciter à venir au cornadis. - © Brumest

Voici quatre exemples d’équipements qui reflètent la gamme des systèmes que l’on trouve sur le marché.

Des couronnes haute pression à l’avant des ventilateurs

Agriest Élevage ne propose « jamais de brumisation seule sauf en salle de traite et aire d’attente, affirme Anthony Ginès, commercial. Avec la ventilation, on abaisse la température ressentie par les animaux de 4 à 5 °C et, quand la température dépasse 27-28 °C, la brumisation apporte un supplément de confort en refroidissant l’air pulsé. »

La brumisation est assurée par une couronne de 8 buses fixée à l’avant des ventilateurs. Les buses sont montées sur un tuyau polyamide. Tous les ventilateurs sont équipés afin de « ne pas créer de disparité de confort dans le bâtiment ». Idéalement, un bâtiment à logettes devrait être équipé de deux rangées de ventilateurs, une par couloir de raclage, sachant qu’un ventilateur est efficace sur une surface de 15 x 15 m. Pour un bâtiment équipé de 8 ventilateurs, le surcoût de la brumisation est de l’ordre de 5 000 euros. « Ce qui coûte le plus cher, c’est le module haute pression et le système de gestion. Équiper un ventilateur sur deux d’une couronne de buses n’apporterait pas un gain énorme. »

Un contrôleur de température assure la régulation de l’ensemble. Une sonde hygrométrique peut être intégrée à ce système de régulation pour empêcher la brumisation de démarrer au-delà d’un certain seuil d’humidité.

Un disque qui pulvérise l’eau dans le flux du brasseur

La société Orela équipe également ses ventilateurs d’une option brumisation, mais de conception complètement différente. L’eau est amenée jusqu’au ventilateur en basse pression. Elle est projetée sur un disque qui tourne à 3 000 tours/min et la pulvérise en gouttelettes de moins de 10 microns. Par rapport à de la haute pression, le risque de bouchage est moins important lorsque l’eau est chargée en calcaire par exemple. « Le brassage d’air reste la priorité, affirme Jean-Marc Cazée, chef produits Orela. C’est la vitesse de l’air qui créé le plus de confort. Il peut être amélioré par la brumisation."

"Mais, contrairement à un bâtiment volailles, dans une stabulation ouverte et de grand volume, où l’air n’est pas canalisé, il est difficile de faire chuter la température de 5 à 7 °C car on n’amène pas assez d’eau. Dans les meilleures conditions, on gagne 2 à 3 °C en température ressentie et on apporte un peu d’humidité sur l’animal qui souffre de la chaleur. Le kit installé sur le brasseur est plus efficace qu’une rampe seule car il propulse l’eau dans le flux d’air. »

En général, seuls les brasseurs d’air de la zone de raclage-alimentation sont équipés. Le coût de l’option brumisation pour quatre ventilateurs est de 2 500 euros.

Une rampe de brumisation au-dessus des ventilateurs

La société Hydroclean, spécialiste de la haute pression (lavage…) propose une offre couplée de ventilation et rampes de brumisation à haute pression tout inox (tuyau, câble de suspension, buses). « Jusqu’à 13-14 mètres de largeur, on installe une seule ligne de ventilateurs et, au-delà, on passe sur deux lignes, explique Olivier Léon, directeur commercial. Les ventilateurs sont installés 1,80 m au-dessus du dos des vaches et la rampe de brumisation 50 à 70 cm au-dessus des ventilateurs. Les buses sont montées à droite et à gauche du tube et inclinées de 150 degrés pour qu’elles brumisent vers le bas. Nous mettons une buse par vache, d’un débit maximum de 10 l/h. Elles sont réparties sur les rampes sans dépasser 3 mètres entre buses. »

La pompe peut être équipée de deux sorties, l’une pour la brumisation, l’autre pour le lavage, mais ne sont pas utilisables simultanément. Le coût de l’ensemble (ventilateurs et brumisation) est de l’ordre de 250 euros par vache. La société indique un coût de fonctionnement de 4,5 €/VL pour la ventilation et autant pour la brumisation (1 € d’électricité et 3,5 € d’eau).

Un tunnel de brumisation au-dessus du cornadis

La société Brumest commercialise directement par Internet des kits de brumisation haute pression (70 à 80 bars). « Nous recommandons d’installer une ligne au-dessus du cornadis, avec une buse tous les mètres, pour créer un tunnel de brume sur 3 mètres de largeur, qui abaisse la température de 8 à 10 °C et sous lequel les animaux vont pouvoir continuer à manger. Plus la brumisation va être dense, plus la température va baisser », explique Deny Simon, son PDG.

Le kit, pour équiper un cornadis de 40 mètres, coûte 2 500 euros. « Nous pouvons faire deux rangées de buses, ajoute-t-il. Nous proposons aussi de la ventilation. Mais tout est une question de budget. Si nous installons des ventilateurs où si l’éleveur est déjà équipé, nous mettons des couronnes de 8 à 10 buses devant les ventilateurs plutôt que des lignes. Pour un cornadis de 100 m de long, avec 8 ventilateurs, il faut compter 10 000 € pour l’ensemble ventilation et brumisation. »

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