Réussir lait 04 janvier 2018 à 08h00 | Par Annick Conté

Instrument de stabilisation du revenu : qu'aurait-il donné sur les dix dernières années ?

Dossier Atténuer les effets de la volatilité des prix. L'Institut de l'élevage a travaillé pour la filière laitière sur un instrument de stabilisation du revenu (ISR), basé sur l'indicateur de marge Milc.

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- © A. Conté

Le principe consiste à déclencher une compensation quand la marge se dégrade de façon importante, c’est-à-dire quand l’indicateur descend en dessous d’une valeur seuil. Ce seuil est égal à 80 % de sa moyenne triennale (glissante) comme le prévoit le cadre européen.

La compensation est alors égale à 70 % de l’écart entre la moyenne triennale et la marge calculée.

« Nous avons fait une simulation rétrospective de ce qu’aurait donné cet ISR de 2007 à mars 2016 à partir de 2 300 exploitations du Rica ayant produit du lait conventionnel, explique Christophe Perrot. L’outil est globalement intéressant. Il fonctionne plutôt bien pour une crise type 2009 courte, profonde et assez brutale (la perte dépasse très vite la franchise de 20 %). Le mécanisme se déclenche tôt et permet de verser une compensation signifi cative de 20 à 30 €/1 000 litres (en moyenne sur des exercices de 12 mois) selon les hypothèses retenues. 75 % des dépenses sont bien ciblées (sans surcompensation), au bon moment, dans des exploitations qui ont eff ectivement subi des pertes. En revanche, il fonctionne moins bien avec des crises comme celle de 2012- 2013 (envolée du prix des charges) ou 2015-2016 (crise plus longue et dont le début est moins net). La compensation ne se déclenche pas assez vite. Et même en 2009, la compensation est effectivement partielle (à hauteur de 25 à 40 % des pertes subies). »

Un outil intéressant qui demande des réglages

Pour disposer d’un outil opérationnel, suffisamment sensible pour détecter les crises avec les règles préétablies dans la définition d’un ISR, il reste donc des réglages à réaliser sur la définition du bon indicateur de marge. Il faut également travailler sur la fréquence à laquelle sont réalisées les comparaisons entre la marge et la référence.

Plusieurs effets pervers potentiels

Christophe Perrot souligne par ailleurs « plusieurs effets pervers potentiels » de ce type d’outil. « Comme il atténue le signal lié au prix, il incite à continuer à produire quand la situation des marchés se dégrade. Et risque également d’influer le comportement des acheteurs de lait. »

Du fait de la structure de notre aval, l’ISR est aussi plus compliqué à mettre en place en France qu’aux Pays-Bas et au Danemark (monopole coopératif) ou en Irlande (forte volatilité favorable au déclenchement de l’ISR). Il craint que « ces pays n’accroissent encore leur compétitivité avec un complément en conjoncture défavorable en se dotant d’un ISR efficace ».

Autre interrogation : « tous les secteurs de production agricole s’y intéressent ; il y aura forcément un prélèvement sur les DPB pour le financement, jusqu’où ira le pot commun ? »

A elle seule, la crise laitière de 2009 aurait conduit à verser entre 300 et 600 millions d’euros de compensations.

En tout cas « l’ISR ne peut être un outil universel qui règle tout et tous les types de crise. Les contrats avec les laiteries et l’épargne individuelle de précaution doivent pouvoir prendre le relais quand le seuil de 20 % n’est pas atteint : il reste à trouver la bonne articulation entre ces outils puisque le recours à l’intervention ou à la réduction subventionnée de la production semblent s’éloigner des projets de la Commission(1) ».

(1) D’après la récente déclaration de Phil Hogan en Irlande louant l’annonce de FrieslandCampina d’une probable limitation de leur production avec des prix dissuasifs.

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