Réussir lait 07 novembre 2016 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Génisses : bien démarrer dans la vie

L’intérêt d’une croissance soutenue pendant les premiers mois de vie de la génisse a été rappelé par un chercheur espagnol lors d’un colloque organisé par la société Philéo.

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L'élevage de génisses est à considérer comme un investissement dans un nouveau produit.
L'élevage de génisses est à considérer comme un investissement dans un nouveau produit. - © A. Conté

On sait combien les conditions d’élevage de la génisse, du premier jour de vie jusqu’au vêlage, conditionnent la carrière de la future laitière et son coût de revient. « Les génisses sont plus souvent conduites au feeling que de façon méthodique sur la base de données chiffrées », regrette Alex Bach, chercheur espagnol (Irta Barcelone). Le chercheur fixe l’objectif technique d’un « premier vêlage à 23-24 mois avec un poids de 650 kilos et 137 à 147 centimètres de hauteur au garrot ». Faire vêler des génisses à 28 mois au lieu de 24 mois coûte 10 000 euros de plus par an pour un troupeau de 100 vaches et un renouvellement de 30 %. L’âge moyen au premier vêlage est de 27 mois aux États-Unis et de 25 à 29 mois en Europe. La compilation de nombreux travaux de recherche (métha-analyse) a montré que « chaque 100 grammes de GMQ additionnels pendant les deux premiers mois de vie permettent d’obtenir 225 kilos de lait supplémentaires en première lactation ». Selon le chercheur, pour faire une bonne génisse, la croissance jusqu’au sevrage ne devrait pas être inférieure à 750 grammes par jour.

« L’effet cure-dent » de la paille

Pour y parvenir, le veau doit consommer beaucoup de lait, mais pas trop non plus, et très rapidement de l’aliment concentré. Alex Bach situe le compromis à 6 litres de lait par jour s’il est distribué en deux repas : « le programme alimentaire idéal pour les veaux consiste à donner 6 litres de lait par jour dilué à 15 %. À 8 litres, on compromet la consommation de concentré et, si cette quantité est donnée en deux prises, on risque de favoriser l’insulino-résistance ». De plus, le gain de croissance peut être reperdu au sevrage. Au-dessus de 6 litres, il faut être particulièrement vigilant sur la consommation d’aliment en veillant à ce qu’il soit très appétent.

Un des plus sûrs moyens d’accroître la consommation de concentré consiste à distribuer de la paille broyée (2,5 cm), ou un fourrage pauvre, qui sera ingérée en quantité limitée (5 % à 7 % du total). Une récente étude démontre que cette pratique augmente de 23 % la consommation d’aliment. En revanche, de bons fourrages (luzerne) ont l’effet inverse. Le chercheur appelle cela « l’effet cure-dent. La paille a un effet physique qui nettoie les débris accumulés dans les papilles ruminales. »

Alex Bach, chercheur à l’Irta de Barcelone.
Alex Bach, chercheur à l’Irta de Barcelone. - © B. Griffoul

Sevrer les veaux quand ils consomment 2 kg d’aliment

Alex Bach a rappelé aussi combien le sevrage était un moment crucial. Il ne devrait pas intervenir avant 8 semaines et surtout pas avant que le veau ne consomme 2 kilos de concentré par jour. La distribution de lait doit être réduite au cours des deux à trois semaines précédant le sevrage et un repas supprimé à partir de la dernière semaine. Le chercheur a rappelé également l’intérêt d’élever les veaux en petits groupes constitués le plus tôt possible. Une de ses récentes études a ainsi montré qu’au moment du sevrage, les veaux déjà socialisés consommaient mieux l’aliment et avaient moins de troubles respiratoires que des veaux élevés en cases individuelles, à condition de les alloter selon un statut sanitaire identique vis-à-vis des maladies respiratoires. Celles-ci ont une forte incidence sur la carrière de la future vache, notamment sa longévité. « Quatre épisodes de maladies respiratoires réduisent la durée de production de la vache de 100 jours », a-t-il démontré.

Après sevrage, pour maintenir une croissance élevée, il recommande de démarrer la transition avec le même aliment et la même paille broyée pour passer progressivement à une ration qui devrait comporter 15 à 20 % de fourrage à l’âge de 4 mois. Il déconseille l’ensilage avant 5 à 6 mois. Enfin, conclut-il, « il ne faut pas avoir peur d’une croissance élevée (1,2 kg/jour) pendant la période pré-pubertaire. Plus la génisse fait de la croissance entre 160 et 230 jours, plus on gagne de la production laitière. Ce n’est pas l’alimentation mais l’âge qui conditionne le développement mammaire, à condition que cette croissance ne soit pas de la graisse mais de la carcasse. »

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