Réussir lait 08 novembre 2018 à 12h00 | Par Costie Pruilh

Garder les sols propres

L'entretien des aires d'exercice est primordial pour que les vaches gardent les pieds propres et sains. Mais la conception des sols et la ventilation interviennent aussi.

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- © F. Mechekour

Avoir des sols propres et secs permet à l'éleveur de ne pas voir ses vaches glisser, et réduit au maximum les problèmes de pattes. Mais diminue aussi l'exposition de ses animaux, et la sienne, aux émanations d'ammoniac. On cherche également à conserver les qualités d'un sol au fil du temps, donc à l'user le moins possible. Le système doit conserver un coût raisonnable. L'aspect travail compte de plus en plus dans les choix.

« Il faut aussi une bonne ambiance générale du bâtiment, avec une bonne ventilation pour bien évacuer l'humidité au sol. Le nettoyage du sol n'est pas le seul facteur clé », rappelle François Gervais, de l'Institut de l'élevage.

Parmi les facteurs qui influencent la propreté des sols, il y a la qualité de réalisation des couloirs, pour éviter les flaques et une usure prématurée à certains endroits : qualité du béton, régularité, pentes, finitions... « En élevage, on constate souvent des défauts de régularité des sols, avec des flaques qui restent après le passage du racleur. Faire un sol bien régulier est plus difficile en l'absence de pente. Or, on voit encore des sols plats », pointe Bertrand Flament, de la chambre d'agriculture des Hauts de France. Effectivement, sur 87 élevages enquêtés dans le cadre du programme Sol VL en 2015, « la moitié des élevages avait une pente longitudinale inférieure à 0,5 % », rappelle François Gervais.

Une pente longitudinale suffisante, voire des pentes transversales

Des pentes suffisantes en sol plein et des rainures facilitent l'évacuation des jus. La première recommandation est d'avoir une pente longitudinale d'au moins 1 %, idéalement de 1,5 %. Ensuite, à cette pente peut s'ajouter une double pente transversale de 2,5 % vers le rail du racleur afin de récupérer les jus dans un drain central (lire page 43). « Les pentes transversales sont encore peu pratiquées, car plus techniques à réaliser et plus coûteuses. Mais elles donnent de très bons résultats pour évacuer l'humidité », souligne Bertrand Flament. L'inconvénient est que le risque d'asséchement des couloirs en été, et donc le phénomène de croûtage, est accru.

Dans les bâtiments existants, quand il reste des flaques et des morceaux de bouse après le passage du racleur, « il vaut mieux refaire un sol que de changer de racleur, qui ne fonctionnera pas bien à cause des défauts du sol », pointe Dominique Le Ruyet, de la chambre d'agriculture du Morbihan.

Sur caillebotis, le problème des émanations d'ammoniac

Caillebotis, béton plein rainuré, avec empreintes sur béton frais, asphalte, avec tapis... Chaque type de sol a ses avantages et inconvénients. Leur aptitude au nettoyage dépend de la qualité de réalisation du sol ainsi que du choix du type de racleur, et des conditions d'entretien (fréquence et vitesse de raclage, aspersion d'eau...).

« Les caillebotis présentent un avantage de taille pour des pieds propres, car les effluents sont évacués rapidement. Mais il faut quand même racler les caillebotis ! La propreté des sols et donc celle des pieds des vaches observée dans les élevages sans raclage des caillebotis n'était pas satisfaisante », rappelle François Gervais. Autre inconvénient : ce n'est pas le sol le moins cher. « Ce n'est pas non plus le plus confortable pour les vaches. Et les déjections sont stockées sous les animaux, avec des émissions d'ammoniac qui ont un impact sur la santé des animaux et des hommes, et sur la corrosion du matériel à long terme », explique François Gervais.

Les tapis pour caillebotis avec des clapets pour réduire les remontées d'ammoniac tentent de pallier ces inconvénients. « Il n'y a pas de sol parfait. Il faut toujours trouver un équilibre entre le type de sol choisi, la conception du bâtiment et le matériel d'entretien, pour optimiser le résultat. »

Racler le lisier toutes les deux heures sur sol plein

La qualité du raclage laisse souvent à désirer, d'après les conseillers bâtiment contactés. « Les fréquences de raclage sont souvent insuffisantes. Cela peut être lié à un manque de main-d'oeuvre quand on racle au tracteur, par exemple. Ou à un mauvais choix de racleur. Comme un racleur hydraulique en système lisier », pointe Hervé Josselin, conseiller bâtiment BCEL Ouest.

Le système de raclage doit être adapté au type d'effluent et donc à la fréquence optimale de raclage. En système lisier, il faut racler douze fois par 24 heures, autrement dit toutes les deux heures. L'objectif est que la vague de lisier mesure moins de 1 m ce qui permet à la vache d'éviter d'y mettre les pieds lorsqu'elle l'enjambe. Si on racle toutes les quatre heures, la vague atteint 1,50 m ; donc si la vache décide de l'enjamber, elle mettra un pied sur deux dans la vague de lisier.

Une forte densité animale et/ou de longs couloirs augmentent la taille des vagues de lisier en bout de course. Ainsi, il n'est pas rare de voir de grandes vagues de lisier en bout de couloir même avec des raclages toutes les deux heures. « Une possibilité pourrait être de scinder les aires de raclage en plaçant un canal à lisier en central », suggère l'Institut de l'élevage.

En système fumier, on peut racler moins souvent car le sol est moins humide. « Il faut raisonner le couple propreté-humidité. Certes, la propreté des pieds des vaches est moindre en système fumier, mais le soest moins humide, rappelle François Gervais. Le raclage est moins fréquent car l'objectif est de constituer un fumier compact où paille et effluent sont bien mélangés. Si on veut du fumier compact, il ne faut pas dépasser quatre passages par 24 heures. Plus on augmente la fréquence de raclage, plus on obtient un fumier mou qui nécessite du coup une grille d'égoutage en bout de couloir pour trier le fumier des jus. »

Des pièces d'usure sur les rabots pour le lisier

Pour un nettoyage efficace, les racleurs doivent bien épouser le sol. En système fumier, le nettoyage est plus efficace grâce à la paille qui agit comme une brosse. En système lisier, il faudrait systématiquement mettre une pièce d'usure en caoutchouc et/ou une brosse sur les racleurs pour améliorer l'adhérence entre le racleur et le sol. En outre, cette pièce de lien permet de moins user les sols.

Les conseillers constatent que « les racleurs ne sont jamais nettoyés. Un jet d'eau de temps à autre sur les volets serait pourtant très bénéfique ». En lisier, l'efficacité de nettoyage augmente lorsque le béton est recouvert d'un tapis, si le racleur est équipé d'une pièce d'usure adaptée.

Le tapis est une solution en rénovation car il compense en partie les défauts de planéité du sol, après un ragréage. « À condition que le sol soit pentu, insiste François Gervais. Nous déconseillons les tapis standard dans les bâtiments qui ont moins de 1% de pente, car sur un sol sans pente l'humidité s'évacue difficilement. Or, les tapis standard n'ont pas un bon effet sur les pattes dans ces conditions humides ; la corne des onglons est plus molle. »

Rarement pratiqué en bovin lait, le nettoyage en profondeur, voire la désinfection en cas de maladie infectieuse avérée, peut être réalisé par une entreprise. Il s'agit de retirer complètement les croûtes des sols, d'améliorer la propreté et l'ambiance dans le bâtiment. ?

Retrouver deux brochures de l'Institut de l'élevage :

La propreté des sols des bâtiments pour vaches laitières : préconisations d'entretien et perspectives d'amélioration

Les sols mixtes dans les bâtiments pour vaches laitières, la combinaison des avantages

- © C. Pruilh

Attention aux passages de logettes

Zones à forte densité animale, les passages de logettes sont souvent sales. À la conception d'un bâtiment, il faudra éviter les culs de sac ou les surfaces insuffisantes dans certains passages, qui peuvent être particulièrement souillés et difficiles à nettoyer. Surtout si l'on y met des abreuvoirs ou des brosses, où les vaches stationnent.

Ne pas stationner dans les passages

« On préconise de mettre les abreuvoirs dans les couloirs d'exercice, dans le prolongement des logettes par exemple. Dans des bâtiments existants, déplacer des abreuvoirs peut être compliqué. Une solution est de sacrifier deux logettes pour y installer un abreuvoir. Il faut réaliser un muret pour éviter de mouiller les logettes voisines et pouvoir amener l'eau », indique Bertrand Flament, de la chambre d'agriculture des Hauts de France.

Une autre piste est de pouvoir automatiser le nettoyage. « À la conception du bâtiment, le passage de logette peut être moins haut que le seuil de logette, en vue d'y passer plus facilement un matériel automoteur, avec une pente de 3 à 6 % pour évacuer l'humidité, expose Dominique Le Ruyet, de la chambre d'agriculture du Morbihan. Ou le passage peut être fait au même niveau que le couloir pour pouvoir automatiser le raclage, avec un robot ou un racleur à chaîne qui prend les angles. En plus, c'est mieux pour les vaches ; elles n'aiment pas les marches. Même avec un racleur droit classique, on peut réaliser un passage de logette au même niveau que le couloir, si le racleur passe toutes les deux heures. Les ailettes sur le racleur évitent que le lisier ne « déborde » sur le passage de logette. »

Dans les bâtiments existants, « il existe des petites astuces, comme disposer une raclette dans le passage pour le nettoyer quand on y passe », indique Dominique Le Ruyet.

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