Réussir lait 04 mars 2014 à 08h00 | Par Christophe Reibel

Fin de la lutte obligatoire pour la chrysomèle

L'Union européenne vient de retirer la chrysomèle de la liste des insectes de quarantaine. Pour autant, des recommandations de lutte sur maïs vont être établies dans chaque pays.

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La chrysomèle est installée définitivement 
en Europe, mais ses dégâts restent encore limités.
La chrysomèle est installée définitivement en Europe, mais ses dégâts restent encore limités. - © J.-B. Thibord / Arvalis

« La population de chrysomèles est maîtrisable grâce à la diversité des solutions techniques disponibles et à condition de les adapter à la situation de chaque exploitation, a souligné Christophe Terrain, président d’Arvalis, lors du colloque européen sur la chrysomèle organisé le 28 novembre à Strasbourg par Arvalis. Pour sa part le Copa-Cogeca(1) plaide depuis longtemps pour une sortie de la chrysomèle de la liste de quarantaine de l’Union européenne. Le 19 décembre, le Comité permanent phytosanitaire de l’UE a accédé à cette demande qui se heurtait depuis des années à l’opposition de pays membres qui craignaient une extension rapide des zones infestées une fois les mesures de lutte obligatoire levées. L’exclusion de Diabrotica de la liste des espèces de quarantaine se traduit par l’abrogation de la directive européenne sur les mesures de lutte obligatoire contre l’insecte. C’est donc désormais à chaque État membre de définir sa propre stratégie.


Il n’y a pas encore de quoi vraiment s’alarmer


En France, la discussion va s’engager entre les pouvoirs publics et la filière maïs. « Comme le pays n’est infesté que partiellement, il faudra rester vigilant », souligne l’AGPM qui se dit très satisfaite de cette décision car elle va permettre de dédramatiser la présence de l’insecte sur le territoire. Les discussions vont porter sur les moyens de lutte à mettre en œuvre (rotation, traitements, etc.) en fonction de la pression de Diabrotica, le mode de suivi des populations, mais aussi le devenir du fonds d’indemnisation.
Diabrotica virgifera est donc installée pour toujours en Europe. Mais pas encore de quoi vraiment s’alarmer. En France, les captures concentrées en régions Alsace et Rhône-Alpes sont stables depuis trois ans. Elles ont atteint 1444 individus en 2013 contre 1941 en 2012.
La situation est un peu plus sérieuse de l’autre côté des Alpes. « 89 % des 1,2 million d’hectares de maïs italien sont concernés. Le nord du pays est le plus atteint. Les dégâts sont localisés » a détaillé Gianluca Governatori, de l’Agence régionale pour le développement rural. En Allemagne, en 2013, l’insecte a été essentiellement piégé le long du Rhin, en face de l’Alsace (2125 captures) et dans l’est et le sud de la Bavière (192 captures). En Pologne, où les autorisations temporaires de larvicides n’ont pas été renouvelées, Diabrotica virgifera progresse depuis le sud du pays. La Hongrie est le seul pays où des dégâts significatifs sont enregistrés. Mais sur un millier d’hectares seulement, cela reste gérable. Aucun autre pays ne fait état de pertes de rendement. Et en Italie, la pyrale fait perdre largement plus d’argent que la chrysomèle…


La rotation culturale efficace entre 96 et 98 %


En Allemagne et en Italie, la rotation reste considérée comme la meilleure arme contre la chrysomèle. Outre-Rhin, la règle est de ne pas semer du maïs une année sur trois en territoire de confinement. Autrement dit, 33 % des surfaces ne portent pas de maïs, un taux deux fois supérieur au choix français (17 %). « C’est pratique et simple. Le taux d’efficacité est de 96 à 98 % » juge Peter Baufeld de l’Institut Julius Kühn à Berlin. « Le tout est de l’appliquer. En 2011 et 2012, tous les agriculteurs concernés n’ont pas joué le jeu et les captures ont dépassé les 6 000 adultes par an. En 2013, la discipline a été davantage respectée et ce chiffre a été presque trois fois inférieur ».

 


(1) Comité des organisations professionnelles agricoles. Confédération générale de la coopération agricole.

Imaginer les parades de demain

 

Les chercheurs rivalisent d’imagination pour trouver de nouvelles parades à la chrysomèle. En Allemagne, l’université de Göttingen expérimente le dépôt dans le lit de semences de capsules qui émettent du CO2 censé attirer les larves avant de libérer de l’insecticide. L’ONG Cabi teste la capacité de la mouche d’origine mexicaine Celatoria compressa, prédateur naturel de Diabrotica virgifera, de parasiter les adultes en pondant dans leur corps. Elle affirme par ailleurs déjà disposer d’une solution opérationnelle, à savoir l’injection dans le sol d’eau contenant des milliards de nématodes qui se nourrissent des larves de chrysomèle. Selon ses résultats l’efficacité sur larves varie de 40 % à 80 %. Dans le même temps, Monsanto annonce la mise au point d’une nouvelle génération de maïs OGM qui tue l’insecte par suppression de l’un de ses gènes.

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