Réussir lait 13 août 2007 à 15h13 | Par Annick Conté

Exploitations danoises - Un financement favorable à l´agrandissement

Dans un contexte de hausse des prix du foncier, les éleveurs danois peuvent financer jusqu´à 70 % de leur capital par des crédits hypothécaires rechargeables.

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Au Danemark, l´investissement ramené à la tonne de lait atteint des records. Depuis dix ans, les éleveurs danois vivent une restructuration à marche forcée, décidée et accompagnée par le gouvernement et l´interprofession. Le modèle traditionnel avec un troupeau d´une quarantaine de vaches en étable entravée tend à disparaître au profit de troupeaux de 100-120 vaches en stabulation à logettes et en ration complète. En 2006, le quota moyen atteignait déjà 850 000 kg de lait. Pour 2015, le Danemark affiche haut et fort un objectif de 1,5 million de litres et 3000 exploitations laitières, soit moitié moins qu´en Ille-et-Vilaine pour un quota national équivalent à celui de toute la Bretagne. Comment les éleveurs danois font-ils donc pour faire face aux investissements nécessités par une évolution aussi rapide et radicale ?
Fonction de la valeur du capital
Ils disposent d´un système de financement particulier qui repose sur des établissements de crédits hypothécaires. Ces organismes, très anciens (plus de 200 ans) et quasi-coopératifs, ne sont pas réservés à l´agriculture ; ils financent par exemple beaucoup le logement. Ceci explique que d´une façon générale les Danois soient en moyenne quatre fois plus endettés que les français : ce n´est pas une particularité du secteur agricole.
« Ces crédits hypothécaires rechargeables ne sont pas accordés en fonction de la capacité de remboursement, comme c´est le cas habituellement pour les prêts bancaires. Mais en fonction de la valeur du capital, soulignent Cécile Coulomb et Christophe Perrot, du GEB-Institut de l´élevage. La loi autorise les éleveurs à financer jusqu´à 70 % du capital d´exploitation par des crédits hypothécaires (auxquels viennent s´ajouter 20 % par la banque). Le taux de marge perçu par ces organismes de crédits est très faible. » Au fur et à mesure que le capital prend de la valeur ou augmente, l´exploitant peut « recharger » ses crédits à hauteur de 70 %. Une des nombreuses options possibles permet de surcroît un différé d´amortissement de la dette de dix ans : pendant dix ans, l´agriculteur ne rembourse que des intérêts.
Un taux d´endettement de 70 à 75 % n´est pas rare parmi les agriculteurs danois. ©DR

Un financement très souple
Ce système très souple permet aux éleveurs de restructurer facilement leur dette. « La plupart du temps, ils financent la terre et les bâtiments par les crédits hypothécaires. » Le système fonctionne parce que le prix du foncier est en constante augmentation (+20 % en 2006) : tant que la valeur de la terre augmente, le risque pour les organismes de crédit est nul car ils sont sûrs de récupérer leur mise. La fiscalité danoise incite par ailleurs à ne pas afficher un résultat d´exploitation important : le taux d´imposition marginal est très élevé (70 %). Par contre, lors de la vente, le système fiscal permet d´étaler les plus-values et ainsi de s´assurer en quelque sorte un complément de retraite.
Ce système pousse les agriculteurs danois à passer d´une stratégie d´exploitation familiale à une logique d´entreprise à niveau élevé de capitaux. « Dans cette logique, il est normal de ne pas rembourser ses dettes : on revend l´entreprise, en bon état, avec des dettes. C´est un changement complet de mentalité. » Actuellement il existe encore une confrontation de deux générations, le Danemark vit une période de transition.

Une logique d´entreprise
Au moment de la revente, les agriculteurs « propriétaires » parviennent (du moins jusqu´alors) à dégager une plus-value souvent intéressante grâce à l´augmentation du prix du foncier. Le système n´est pas sans risque. Que se passera-t-il si le prix du foncier vient à baisser ?
« Au vu de ce qui s´est déjà produit dans les années soixante-dix (faillites d´exploitations), on peut penser que la société danoise est prête à en assumer les conséquences collectivement, estime Christophe Perrot. L´argent investi par les agriculteurs qui transite par les organismes de crédit hypothécaire provient largement des investisseurs institutionnels danois (assureurs, fonds de pension...) qui préfèrent la filière laitière danoise à la bourse de Taïwan. »
Une autre interrogation concerne la charge de travail liée à ces agrandissements. A long terme, on pourrait assister à un raccourcissement de la durée de carrière des exploitants. Les arrêts de production, qui permettent aux éleveurs de réaliser leur capital, se multiplient déjà.
De l´autre côté, l´existence de repreneurs est vitale. Aujourd´hui, le nombre de jeunes en formation semble suffisant, et il est de toute façon augmenté des éleveurs néerlandais coincés dans leur propre pays et qui préfèrent s´expatrier.

Source : Dossier économie de l´élevage : productivité et rémunération du travail dans les exploitations laitières du Nord de l´UE - Institut de l´élevage et Inra-SAE2 Nantes.

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