Réussir lait 12 avril 2010 à 18h38 | Par A. Conté

En Nouvelle-Zélande - Une volonté de produire plus, pour exporter plus

Une augmentation de 3% par an de la production laitière : c’est ce que prévoient les néo-zélandais pour les dix prochaines années. Une dynamique qui risque d’être contrariée par les problèmes d’environnement.

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LA PRODUCTION LAITIÈRE a tout juste une centaine d’années en Nouvelle-Zélande. Celle-ci a su tirer profit des conditions naturelles très favorables en développant un système laitier original basé sur la pousse de l’herbe.
LA PRODUCTION LAITIÈRE a tout juste une centaine d’années en Nouvelle-Zélande. Celle-ci a su tirer profit des conditions naturelles très favorables en développant un système laitier original basé sur la pousse de l’herbe. - © A. Le Gall

La production laitière néo-zélandaise inquiète et fascine. Elle est pourtant relativement limitée avec 17 millions de tonnes annuelles. Mais c’est elle qui fait la pluie et le beau temps sur les cours mondiaux du beurre/poudre via ses marchés aux enchères sur internet(1). La Nouvelle-Zélande représente près de 40 % des échanges mondiaux de produits laitiers ! Elle affiche une volonté de croissance implacable. Sa production de lait a doublé en vingt ans malgré la suppression de toutes les aides en 1985. Ces dix dernières années, elle a progressé de 50%! Et les projections sur la prochainedécennie tablent sur une augmentation de 3 % par an. Une production que les producteurs néo-zélandais, très confiants dans l’avenir, entendent bien écouler sur le marché du Sud-Est asiatique.

Les Néo-Zélandais recherchent des vaches qui se reproduisent bien

Le système technique néo-zélandais est très original : du pâturage, beaucoup de lait par hectare mais peu de lait par vache. La Nouvelle-Zélande est un paradis pour l’herbe; les sols d’origine volcanique sont bien portants et le parcellaire bien groupé. « Le système est bien organisé et très cohérent avec des besoins calés sur la pousse de l’herbe », affirme André Le Gall de l’Institut de l’élevage qui vient de participer à une mission d’étude pour le Cniel. L’herbe représente 90 % de la ration; le maïs ensilage a commencé à faire son apparition (500 kg MS/vache et par an complémenté par 100 à 200 kg de tourteau de palme). Les vêlages sont groupés et la salle de traite est fermée pendant deux mois. Les Néo-Zélandais recherchent des vaches qui se reproduisent bien et recourent à des croisements Holsteinx jersiaise (vache Kiwi). « La production par vache, ils ne connaissent pas. » Les charges opérationnelles et les investissements sont très limités. « La majorité des troupeaux ont entre 100 et 400 vaches. Mais les troupeaux de 800-1 000 vaches (conduits en un lot ou deux lots) sont de plus en plus nombreux, surtout dans l’île du Sud. La productivité du travail est impressionnante : 600 000 litres par UTH. L’essentiel du travail tourne autour de la traite (2 fois 3 h 30-4 heures par jour) ». Quant aux génisses, elles sont élevées en pension chez des éleveurs viande.

60 % du lait sont produits sur quatre mois de l’année

La production laitière a la cote en Nouvelle-Zélande. « Elle est considérée par les éleveurs de moutons et vaches allaitantes comme un ascenceur social car plus rentable », constate André Le Gall. Dans la compétition pour accéder à la terre, le lait sort gagnant : 800 000 ha ont été conquis par l’élevage laitier depuis 1990. Le prix de la terre ne cesse de grimper pour atteindre aujourd’hui 15 000 €/ha alors que le pays est grand comme la moitié de la France, avec seulement 4 millions d’habitants ! Tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas l’environnement. « On sent une pression de plus en plus importante, affirme André Le Gall. Une pression liée au développement du tourisme international qui représente en Nouvelle-Zélande une activité économique aussi importante que le lait. » Les teneurs en nitrates ont augmenté dans les principales régions laitières. Les néozélandais travaillent pour limiter les pertes d’azote: systématisation du bilan de l’azote avec un objectif de 26 kg/ha, épandage des effluents de salle de traite, utilisation d’inhibiteurs de nitrification, temps de pâturage hivernal limité à 4 heures par jour avec l’installation des premiers bâtiments tunnels (800 €/vache)… La filière laitière est également en première ligne pour ce qui est des engagements internationaux sur le changement climatique. Il est question de mettre en place des taxes (1,20 €/1000 l en 2010, 4 € en 2013, 12 € en 2025). « Les coûts de production ont donc tendance à augmenter même s’ils vont rester modestes", conclut André Le Gall qui estime, dans les années qui viennent, le prix taquet autour de 220 €/1000 litres avec un point mort proche de 170-180 €. L’objectif d’augmenter la production de 30% en dix ans sera-t-il atteint ? L’île du Nord est saturée. Dans l’île du Sud, il ne reste plus beaucoup de terre à prendre aux moutons.

 

- © R. Lemoine

Fonterra à la conquête du marché mondial

La coopérative Fonterra détient un quasi-monopole. Elle collecte 92 % du lait néo-zélandais. C’est le premier collecteur laitier au monde et le cinquième groupe laitier au niveau du CA. « Son palmarès est impressionnant » souligne Philippe Chotteau de l’Institut de l’élevage : première entreprise néo-zélandaise, 22 % des exportations du pays, 10 500 éleveurs actionnaires, 15 600 salariés, une présence dans 140 pays. Fonterra ne se limite pas à la production néo-zélandaise. Elle a une stratégie très agressive sur le marché mondial par le biais de filiales et joint-ventures sur les cinq continents. Pour entrer dans la coopérative, l’éleveur doit acheter des parts sociales correspondant au volume livré (4,52 Nzdollars/kgMS en juin 2009). Elle a récemment augmenté son capital en proposant aux coopérateurs des achats de parts sociales « sèches » (sans lait supplémentaire) rémunérées.

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